Nous passons, en moyenne, près d’un tiers de notre vie à dormir, mais ce n’est pas pour autant que nous comprenons réellement ce qu’il se passe durant nos nuits, une fois nos paupières closes. Le sommeil est un phénomène qui se prête très naturellement aux interprétations naïves et il est fort probable que vous ayez déjà entendu au moins une fois l’un de ces mythes que l’on s’empressera de démonter, preuves scientifiques à l’appui. Installez-vous confortablement, et plongez avec nous dans le monde merveilleux de la désinformation !
Votre séance de sport nocturne n’a jamais saboté vos nuits
« Faire du sport le soir empêche de dormir » : une croyance assez répandue, mais complètement erronée. Elle se justifierait par le fait que, si vous vous adonnez à votre pratique sportive le soir venu, votre fréquence cardiaque augmenterait, et qu’une fois glissé sous la couette, celle-ci peinerait à redescendre. Néanmoins, la littérature scientifique n’a jamais montré que c’était effectivement le cas.
Cette étude publiée dans la revue Sleep Health en août 2019 affirme qu’il n’existe aucune donnée montrant qu’il faudrait espacer le sport et le sommeil. « Selon des données recueillies auprès d’adultes américains, l’exercice nocturne n’était pas associé à des troubles du sommeil pour la majorité des individus », écrivent les chercheurs. Ils ajoutent également que d’autres études expérimentales ont donné les mêmes conclusions. Vous pouvez donc continuer à pratiquer votre jogging de 21 h en toute quiétude.
Le petit verre d’alcool du soir pour bien dormir ? La pire des bonnes idées
Par son effet dépresseur, l’alcool peut vous donner l’impression qu’il vous aide à dormir et c’est normal. Son action pharmacologique ralentit l’activité du système nerveux central, ce qui facilite l’endormissement, mais perturbe gravement la nuit qui suivra.
En réalité, ce « sommeil » induit par l’alcool s’apparente davantage à une sédation superficielle, qui réduit la continuité du sommeil et raccourcit ses cycles. Une fois l’effet dépresseur dissipé, le système nerveux se réactive (c’est le rebond gabaergique) et vous réveillera plusieurs fois dans la nuit et accélérera votre rythme cardiaque. Selon la dose ingérée, le réveil peut être même plus difficile, donc évitez au possible de le considérer comme un somnifère ; il n’en est pas un.
Vous vous souvenez bien de vos rêves ? Un indicateur qui ne veut rien dire
On entend souvent que se souvenir de ses rêves serait un signe de mauvaise nuit, parce que cela voudrait dire que votre sommeil paradoxal a été interrompu. D’autres personnes affirment exactement l’inverse : si vous vous souvenez de vos rêves, c’est que vous avez traversé beaucoup de phases de sommeil paradoxal, donc vous avez bénéficié d’un sommeil de qualité. Deux théories invalidées par le consensus scientifique actuel.
Pourquoi ? Parce que le fait de se souvenir de ses rêves dépend d’un mélange de facteurs qui n’ont rien à voir entre eux : la proportion de sommeil paradoxal compte bien sûr, mais vos capacités mnésiques, le moment exact où vous sortez du sommeil, ainsi que d’éventuels micro-réveils imperceptibles facilitant la mémorisation des rêves pèsent autant dans la balance.
La mémoire onirique n’est donc en aucun cas une mesure pertinente ou un critère fiable pour savoir si votre nuit a été réparatrice ou non. Ces chercheurs l’ont d’ailleurs très bien démontré dans la même étude citée plus haut : ils n’obtiennent des récits de rêves clairs qu’en réveillant les volontaires en plein sommeil paradoxal ou en les questionnant dès leur réveil. Preuve que, même si vous vous souvenez parfaitement de vos rêves, c’est surtout parce que vous vous êtes réveillés au bon moment.
Avaler des araignées en dormant : la légende la plus stupide du web
Vous avez forcément entendu quelqu’un vous dire un jour, très fier de connaître ce soi-disant fait scientifique inconnu : « Tu savais qu’en moyenne, tu avalais cinq araignées par an pendant que tu dors ? ». Sans surprise, c’est absolument faux et aucun cas n’a jamais été documenté par une étude, même dans les pays où les araignées sont plus nombreuses qu’ailleurs.
Biologiquement, c’est déjà fortement incohérent, puisque la plupart des gens dorment la bouche fermée. Éthologiquement parlant, ça l’est encore plus, puisque les araignées, malgré leur triste réputation, évitent les humains comme la peste. Elles nous perçoivent comme des prédateurs, elles n’auraient donc aucun intérêt à venir se promener dans notre lit et encore moins à se loger dans notre bouche.
En plus de cela, si un tel événement devait se produire, nous le sentirions forcément passer : les récepteurs tactiles de la bouche sont hypersensibles, il serait de ce fait impossible d’avaler quoi que ce soit sans qu’ils réagissent. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles sans craindre qu’une créature à huit pattes s’incruste dans votre paisible nuit.
Voilà une piqûre de rappel qui ne fait jamais de mal : fiez-vous aux observations scientifiques, et non aux affirmations à la hâte que l’on peut entendre partout. Cela vaut pour le sommeil, comme ici, mais pour tous les autres sujets réclamant un minimum de rigueur et de lucidité. Les croyances populaires ont tendance à l’emporter là où certaines vérités demandent un effort de compréhension, laissant ainsi ce genre de mythes se propager alors qu’ils n’ont aucun fondement scientifique. Dormez donc tranquille : une fois l’esprit débarrassé de ce genre de rumeur, il ne sera plus parasité par ces peurs imaginaires.
- L’activité physique en soirée ne dégrade pas le repos nocturne selon les études : aucun lien établi entre sport tardif et mauvaise nuit.
- L’alcool facilite seulement l’endormissement mais perturbe ensuite profondément les cycles du sommeil, rendant la nuit moins réparatrice.
- Se souvenir d’un rêve ne signifie rien sur la qualité du sommeil : ce rappel dépend surtout du moment précis du réveil.
- L’idée d’avaler des araignées en dormant est infondée : aucun mécanisme biologique ou comportemental ne la rend plausible.
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