Intel vient de nommer le remplaçant de Pat Gelsinger au poste de PDG. C’est Lip-Bu Tan, un entrepreneur à l’expérience très robuste, qui a été sélectionné. Et sa nouvelle mission pourrait lui donner du fil à retordre, tant la situation du fabricant de puces est préoccupante.
Autrefois leader mondial incontesté dans le secteur des puces électroniques, Intel vit aujourd’hui une crise sans précédent. Tandis que sa capitalisation boursière ne cesse de dégringoler, elle a enregistré des pertes hallucinantes de 19,2 milliards de dollars l’année dernière.
En cause, notamment, la mauvaise santé du marché du PC, filière de prédilection de la société : ses puces équipent environ 75 % des ordinateurs portables dans le monde. Mais ce n’est pas tout, sa reconversion dans les activités de fonderie, c’est-à-dire la fabrication de processeurs pour le compte d’autres entreprises, peine à porter ses fruits. La direction a même envisagé d’abandonner ce projet qui était si cher à Pat Gelsinger – et qui lui a probablement valu son départ.
La situation d’Intel peut aussi être attribuée à son incapacité à prendre rapidement le virage de l’intelligence artificielle (IA). La technologie a chamboulé la demande sur le marché des puces en faveur des unités de traitement graphique (GPU) fabriquées par NVIDIA. Et malgré des investissements majeurs pour rattraper son retard, l’entreprise demeure à la traîne par rapport à ses principales concurrentes. Dans un contexte si houleux, Lip-Bu Tan saura-t-il répondre aux attentes ?
Un parcours académique prestigieux
Né en 1959 à Muar en Malaisie, Lip-Bu Tan a suivi sa scolarité à Singapour. Il y a obtenu un Bachelor of Science en physique à l’Université Nanyang. Poursuivant ses études aux États-Unis, il a décroché un master en génie nucléaire au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Néanmoins, l’accident nucléaire de Three Mile Island en 1979 a considérablement réduit les opportunités dans le secteur nucléaire, l’incitant à réorienter sa carrière. Il a alors rejoint l’Université de San Francisco où il a obtenu un master en administration des affaires, marquant ainsi le début de son parcours dans le monde des affaires.
Pionnier du capital-risque asiatique
En 1987, Lip-Bu Tan a fondé Walden International, une société de capital-risque spécialisée dans les semi-conducteurs, les énergies alternatives et le numérique. Elle se démarque par une philosophie d’investissement à contre-courant inspirée du livre Walden de Henry David Thoreau.
L’homme d’affaires a joué un rôle clé dans le financement d’entreprises innovantes comme Annapurna Labs et Nuvia, respectivement rachetées par Amazon et Qualcomm. Il est considéré comme un pionnier du capital-risque asiatique.
Un PDG émérite
En 2004, Lip-Bu Tan a rejoint le conseil d’administration de Cadence Design Systems, une société de premier plan spécialisée dans les logiciels d’automatisation de la conception électronique, le matériel et la propriété intellectuelle. Il en devient le PDG en 2009 pendant 13 ans, alors que la firme se trouve dans une situation difficile.
Son mandat fut un succès retentissant : Lip-Bu Tan a transformé Cadence en un leader de l’industrie de l’automatisation et de la conception de systèmes intelligents. Sous sa direction, la société a doublé son chiffre d’affaires, consolidant sa réputation d’expert en redressement d’entreprise.
Il a siégé chez Hewlett Packard et SoftBank
Une expérience saluée dans l’industrie. Tan a siégé au conseil d’administration de plusieurs entreprises, à l’instar de Hewlett Packard, Schneider ou encore du conglomérat japonais SoftBank. Il possède, en effet, des connaissances approfondies dans la conception de semi-conducteurs, en plus d’entretenir des relations fortes avec de nombreux acteurs majeurs dans l’écosystème technologique.
Chez Intel depuis 2022
C’est donc tout naturellement qu’il a été nommé au conseil d’administration d’Intel en 2022. Un an plus tôt, le PDG Pat Gelsinger s’était donné pour mission de retrouver sa place de premier fabricant de puces au monde, alors que la concurrence de géants asiatiques comme TSMC l’avait fortement affaiblie.
En 2023, Intel a étendu les responsabilités de Lip-Bu Tan à la supervision des opérations de fabrication. Mais il a décidé de quitter son poste au conseil l’année dernière, en raison de désaccords sur la stratégie à adapter pour redresser l’entreprise. Il semble, finalement, avoir eu le dernier mot.
Sa vision chez Intel
Attendu au tournant dans un moment critique, Lip-Bu Tan ne devrait pas céder l’activité de fonderie comme cela a été envisagé. Dans une lettre adressée aux employés, il emboîte le pas de son prédécesseur et réaffirme son intention de rétablir Intel comme leader mondial.
Tan promet de créer un « nouvel Intel » en se concentrant sur l’innovation. « Nous apprendrons des erreurs du passé, utiliserons les revers pour renforcer notre détermination et choisirons l’action plutôt que la distraction pour atteindre notre plein potentiel. Ensemble, nous travaillerons dur pour restaurer la position d’Intel en tant que société de produits de classe mondiale, pour nous établir en tant que fonderie de classe mondiale et pour ravir nos clients comme jamais auparavant. C’est ce que ce moment exige de nous, alors que nous refaisons Intel pour l’avenir », écrit-il.
Si les investisseurs ont salué sa nomination, reste désormais à voir la manière dont il entend remettre Intel sur les bons rails.
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