La quatrième édition de ce baromètre sur les usages des écrans fait renaître le débat sur l’interdiction ou non des réseaux sociaux aux plus jeunes. Les résultats de l’étude sont pour le moins surprenants. Avec 73% des sondés favorables à une telle interdiction, on constate une volonté claire de la part des Français de protéger les plus jeunes des potentiels dangers liés à une utilisation précoce des réseaux sociaux. Cette position fait écho aux récentes déclarations du Président Emmanuel Macron, qui a évoqué l’idée d’une “majorité numérique à 15 ans” lors d’une conférence de presse en avril dernier.
Le soutien à cette mesure s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question de la place des écrans dans la vie des enfants et des adolescents. L’étude révèle également que 9 Français sur 10 sont favorables à l’interdiction des écrans dans les lieux collectifs de la petite enfance et dans les écoles maternelles. Plus surprenant encore, 84% des répondants se disent prêts à renoncer à l’achat d’un téléphone portable pour un enfant avant l’âge de 11 ans, un chiffre qui reste élevé (69%) pour les moins de 13 ans.
Une mise en oeuvre complexe
Malgré ce soutien populaire, la mise en application d’une telle mesure soulève de nombreux défis techniques et juridiques. En premier lieu, la vérification de l’âge des utilisateurs reste un obstacle majeur. Les solutions technologiques permettant de s’assurer de l’âge réel des internautes sont encore en développement et soulèvent des questions de protection des données personnelles.
Par ailleurs, le cadre juridique européen complique considérablement la mise en place d’une législation nationale sur ce sujet. La directive sur le commerce électronique, datant de 2000, stipule que les plateformes de réseaux sociaux doivent se conformer à la législation du pays où elles sont établies, généralement l’Irlande ou les Pays-Bas pour les géants du secteur, plutôt qu’aux lois des pays où leurs services sont disponibles. Cette réalité juridique a d’ailleurs été soulignée par Thierry Breton, commissaire européen, qui a exprimé ses réserves quant à une loi française spécifique. Selon lui, une telle mesure risquerait de fragmenter le marché unique européen, allant à l’encontre des efforts d’harmonisation portés par le Digital Services Act.
La France se trouve donc dans une position délicate, entre la volonté populaire exprimée dans ce sondage et les contraintes du droit européen. Une loi adoptée en 2023 visant à encadrer l’usage des réseaux sociaux par les mineurs n’a toujours pas vu ses décrets d’application publiés. De quoi renforcer l’idée qu’une telle mesure est difficilement applicable.
En attendant une éventuelle solution législative, l’étude souligne l’importance de l’éducation et de l’accompagnement des jeunes dans leur utilisation des technologies numériques. Les parents et les éducateurs ont un rôle crucial à jouer dans la sensibilisation aux risques et aux bonnes pratiques en ligne. Mais pas seulement. Les marques qui ont pignon sur rue se doivent aussi de participer à cet effort de prévention et de pédagogie. Apple commence déjà à le faire en proposant des ateliers de sensibilisation à l’usage de l’iPhone chez les jeunes. Mais l’entreprise communique assez peu sur ce dispositif et reste isolée dans cette démarche pourtant salutaire.
- 73% des Français sont favorables à l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.73% des Français sont favorables à l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
- La mise en œuvre d’une telle mesure se heurte à des obstacles techniques et juridiques, notamment au niveau européen.
- Les acteurs du marché se doivent aussi de participer à l’effort de prévention
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