Il est 10h22, Yang Jun nous accueille dans une arrière-cours discrète au détour d’une ruelle de Dongguan, ville mitoyenne à la célèbre Shenzhen, aussi surnommée la « Factory of the World ». Aux côtés de géants de la technologie Huawei, OPPO ou Vivo qui y ont établi leur QG ultra-moderne, la ville recense des milliers de PME en forte croissance, attirant les talents des quatre coins de la Chine continentale.
Le regard vif, le jeune entrepreneur au gabarit frêle nous invite à pénétrer dans son usine – un hangar simple recouvert de taules dont les quatre ventilateurs ne permettent pas d’oublier le chaleur étouffante de la saison. « Vous, les européens, vous aimez le soleil. Nous, on le fuit », dit-il en rigolant avant de jeter sa cigarette d’un geste sûr.
Dans son bureau minimaliste, seule pièce climatisée de l’usine, Yang nous installe autour d’une table en bois sombre avant d’enchaîner méticuleusement les gestes de la cérémonie du thé. Chaque gorgée avalée par ses convives sera compensée dans la foulée, sans interrompre le fil de la conversation. “Cette tradition est très spécifique à la région, c’est un signe de respect”, nous explique Haiwen Li, notre interlocutrice chez AliExpress.
La vingtaine de salariés d’EKX eBike se presse aux fenêtres du bureau pour apercevoir les « occidentaux », « les premiers depuis que je suis arrivée » nous confie une collaboratrice enthousiaste, à l’anglais parfois hésitant.

La nouvelle génération d’entrepreneurs
Yang Jun n’est jamais sorti de Chine, ne parle pas l’anglais mais il a su s’adapter à la demande des clients du monde entier. Son amour pour la pédale – il a été responsable d’un club de cyclisme d’une centaine de personnes – lui a permis de mettre au point des produits haut de gamme, mettant au placard le cliché (erroné) du “Made in China”.
Le jeune patron incarne la nouvelle génération des entrepreneurs de l’empire du Milieu. Après avoir longtemps servi comme simple sous-traitant dans l’ombre et l’anonymat, il a fini par se mettre à son compte en créant sa propre marque pour remonter la chaine de valeur et mieux maitriser les clés du succès. “En tant que simple OEM (sous-traitant, ndlr), il était impossible de prévoir notre volume d’activité au fil des mois”, ajoute-t-il.
Originaire de la province du Hunan comme le fondateur d’Anker Steven Yang, l’une des fiertés du pays, il a tout quitté pour tenter sa chance à Dongguan dans la riche province du Guangdong où le climat des affaires est plus favorable. D’ici, il peut facilement trouver la majeure partie des pièces pour assembler ses vélos électriques dont le prix public oscille entre 500 et 2 000 euros pièce.
Si sa femme gère aujourd’hui la finance et le commercial, Yang Jun maitrise parfaitement les opérations – et il nous le démontre avec brio. L’assemblage des composants, qu’il a lui-même sélectionné auprès de ses fournisseurs, est assuré par son équipe au milieu de l’entrepôt dans un exercice de précision.
Tout a été réfléchi pour optimiser la livraison : « notre premier carton mesurait 2 centimètres de plus que le modèle actuel, et il nous coûtait le double du prix ». EKX eBike a alors décidé de démonter le guidon et la roue avant pour réduire le volume du contenu, confiant cette dernière étape aux clients.

Une ouverture indispensable
Nombreuses sont les marques d’origine chinoise à connaitre un vif succès à l’international – à défaut d’avoir su convaincre le marché local. Comme EKX eBike, des entreprises réputées comme Roborock ou Oclean ont préféré s’attaquer au reste du monde plutôt que d’affronter les défis locaux. Dans le cas d’EKX eBike, la démocratisation des vélos électriques en libre-service a définitivement mis un terme à ses ambitions en Chine continentale.
Après quasiment une décennie à tenter de se faire une place sur son marché, Yang Jun s’est finalement résolu à se tourner vers l’international avec le soutien de plateformes comme eBay ou AliExpress. Cette dernière, qui lui assure aujourd’hui 80% de ses revenus, a ouvert la porte à des milliers de marchands sur sa marketplace – dont EKX eBike. Pour l’heure, il n’est pas encore question de mettre au point un site e-commerce pour vendre ses produits en direct. Grâce à ses quelques entrepôts stratégiquement placés, la jeune pousse est en mesure de livrer ses vélos électriques partout dans le monde en quelques jours.
L’Europe, les Etats-Unis ou la Russie sont devenus le terrain de jeu d’EKX. Avec le sourire, le fondateur admet que les paysages de la vidéo promotionnelle de ses vélos tout terrain n’ont pas été capturés aux Etats-Unis, comme les images le laissent croire, mais bel et bien sur le campus OPPO à quelques pas de son usine.

Une stratégie nationale
Derrière les géants chinois du secteur de la technologie, ce sont 140 millions d’entrepreneurs et autres PME qui animent le tissu économique local – et international. Si la peur de l’échec reste encore un sujet sensible en Chine, la multiplication des success stories dans le monde de l’entrepreneuriat incite la jeune génération à se lancer dans l’aventure.
Li Keqiang, qui a été Premier ministre de la République jusqu’en mars dernier, a été l’un des grands artisans de cette tendance – inscrivant “l’entrepreneuriat de masse et l’innovation” dans la stratégie économique nationale.
Avant de repartir, Yang Jun tient à nous remercier en nous emmenant dans un champ de litchis, alors que la (courte) saison de ces petits fruits aromatiques bat son plein. Au passage, il en profite pour nous partager sur son smartphone dernier-cri l’historique des ventes générées sur la plateforme AliExpress – qui lui permettent d’envisager l’avenir sereinement.
Réglementation sur les vélos électriques en France
En France comme en Europe, les vélos à assistance électrique doivent respecter 3 règles principales. Les conséquences du non-respect de ces règles feront entrer le cycle dans la catégorie des cyclomoteurs, impliquant une assurance spécifique, le port du casque, l’obligation de détenir le brevet de sécurité routière pour l’utilisateur et l’immatriculation du vélo.
Les 3 règles pour être considéré comme un vélo :
- La puissance nominale du moteur électrique ne doit pas dépasser 250 Watts
- L’assistance dégagée par le moteur doit s’interrompre au-delà de 25 km/h
- L’assistance ne doit se déclencher que si le pilote pédale et doit se couper lorsque le pédalage s’arrête
A l’heure actuelle, la gamme de vélos d’EKX eBike oblige donc les clients français à enregistrer leur bicyclette dans la catégorie “cyclomoteurs” pour se conformer aux règles. Son modèle le moins puissant, le EKX XT-5 (qui a l’avantage d’être pliant) offre un moteur électrique de 500 Watts. Les versions plus élaborées comme le X20 ou le plus récent X21, qui dépassent les 1 000 euros, vont jusqu’à 55 km/h pour une puissance de 2 000 Watts.
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C’est vraiment beau ce qu’ils ont fait