Outre-Atlantique, les voix s’élèvent contre Meta, TikTok, Snap et YouTube. Les entreprises sont accusées par 1 200 districts scolaires d’avoir délibérément rendu leurs plateformes addictives. Leurs mécanismes, pensés pour maximiser le temps passé en ligne, provoqueraient anxiété, dépression et automutilation chez les jeunes utilisateurs. Et ce sont les écoles qui en payent les conséquences.
Mais Meta vient d’emboîter le pas à TikTok, Snap et YouTube en concluant un accord avec le district scolaire de Breathitt County, dans le Kentucky, mettant fin à une procédure judiciaire qui devait s’ouvrir le 15 juin prochain devant un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie. Si les termes financiers de l’accord n’ont pas été divulgués, c’est une décision hautement stratégique de la part du géant du Web.
Car ce district rural situé dans les Appalaches, qui scolarise environ 1 600 élèves, devait faire office affaire-test, ce que les juristes américains appellent un « bellwether », pour représenter l’ensemble des écoles engagées dans des poursuites similaires. L’idée était de trancher une première fois pour orienter les autres décisions à venir.
Breathitt County réclamait plus de 60 millions de dollars, destinés à financer un programme de santé mentale sur quinze ans, et couvrir les coûts déjà engagés par l’école pour faire face aux conséquences supposées des réseaux sociaux sur ses élèves. Le district exigeait également que les plateformes modifient leurs algorithmes pour réduire leur caractère addictif.

Des milliers d’affaires
C’est un phénomène qui prend de l’ampleur outre-Atlantique, plus de 5 700 affaires étant actuellement pendantes en Californie. Outre les districts scolaires, des États, des municipalités et des particuliers dénoncent les agissements des géants en ligne. Tous réclament des comptes pour les dommages causés à la jeunesse américaine.
En mars dernier, un jury de Los Angeles a condamné Meta et YouTube à verser 6 millions de dollars à une jeune femme de 20 ans, connue sous le nom de Kaley G.M, qui affirme être devenue accro aux réseaux sociaux dès l’enfance, développant anxiété et dysmorphie corporelle. C’était la première fois qu’un jury reconnaissait la responsabilité des plateformes dans ce type de préjudice individuel.
Dans la foulée, un tribunal du Nouveau-Mexique a condamné Meta à payer 375 millions de dollars à l’État, qui l’accusait d’avoir laissé des prédateurs accéder aux enfants via ses applications.

Les plateformes nient
Les plateformes continuent pourtant de nier. Meta, TikTok, Snap et YouTube maintiennent qu’il n’existe aucun lien scientifique établi entre l’usage de leurs applications et des troubles mentaux. De son côté, Meta met en avant ses comptes Ados, un outil lancé il y a deux ans pour protéger les adolescents des contenus nuisibles et donner aux parents un meilleur contrôle.
Mais les critiques ne faiblissent pas. Des chercheurs pointent les limites du dispositif, incapable selon eux d’empêcher les jeunes utilisateurs de tomber sur des contenus liés au suicide ou à l’automutilation. « Quand vous concevez des produits pour maximiser la capture de l’attention, certaines personnes vont entretenir une relation néfaste avec eux », résume Arturo Béjar, ancien ingénieur de Meta devenu lanceur d’alerte.
Un nouveau procès impliquant un district scolaire de Tucson, en Arizona, est prévu dès le mois d’août. Et des centaines d’autres devraient suivre.
Notre analyse
Le règlement à l’amiable s’avère comme une stratégie maligne. Mieux vaut payer discrètement, sans reconnaissance de responsabilité, que d’offrir aux plaignants une jurisprudence en béton.
Mais cette stratégie a ses limites. Avec plus de 1 200 districts scolaires, des dizaines d’États et des milliers de particuliers encore en lice, régler au cas par cas semble assez complexe. À noter qu’en amont, ces mêmes plateformes sont sous le feu des projecteurs en Europe, où le Digital Services Act (DSA) leur impose des obligations strictes en matière de protection des mineurs.
- Meta a conclu un accord amiable avec le district scolaire de Breathitt County, évitant un procès de grande ampleur.
- L’entreprise est accusée d’avoir délibérément rendu ses applications addictives, causant anxiété, dépression et automutilation chez les jeunes.
- Malgré ces règlements, la vague judiciaire est loin d’être terminée : d’autres procès sont prévus.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
