Entre les personnes ultra-actives qui vous jurent que cinq heures leur suffisent à être reposés, celles qui ne décollent pas de leur matelas avant d’avoir dormi neuf heures, les recommandations de l’Inserm et leurs « 7 heures minimales quotidiennes » ou les fameuses huit heures qu’on vous a ressassées depuis l’enfance, difficile de savoir à quelle horloge se fier. Le sommeil est l’activité la plus naturelle qui soit pour un être humain, mais tout le monde semble se contredire sur le quota physiologique requis pour une récupération optimale.
Dans l’idée de faire mieux que les conseils de médecine grand public, des chercheurs ont publié le 13 mai dans la revue Nature, une étude portant sur près de 500 000 participants issus de la UK Biobank. Plutôt que de mesurer leur ressenti subjectif, ils ont croisé la durée de sommeil de chacun avec des marqueurs biologiques du vieillissement de différents organes. Une approche strictement objective, qui permet de décorréler la perception individuelle de la réalité biologique.
La fenêtre idéale : entre 6,4 et 7,8 heures
Ce sont des chercheurs du MULTI Consortium qui sont à l’origine de cette étude, un des plus grands regroupements internationaux de chercheurs spécialisés dans la santé multimorbide et le vieillissement. Pour évaluer le vieillissement de chaque participant, ils ont utilisé 23 horloges biologiques réparties en trois familles : onze construites à partir des protéines présentes dans le sang, cinq à partir des métabolites (molécules produites par l’activité chimique de vos cellules) et sept à partir d’examens IRM couvrant des organes aussi différents que le cerveau, le foie, le cœur ou le pancréas.
Une méthodologie qui leur a donné les moyens d’aborder la question de la durée du sommeil sous l’angle du vieillissement, indépendamment de ce que les participants déclaraient ressentir au réveil.
La durée de sommeil idéale pour le cerveau, par exemple, se situe autour de 6,5 heures s’il est évalué par IRM, un outil qui photographie l’état général de l’organe. Lorsqu’il l’est par protéomique plasmatique (analyse à grande échelle de toutes les protéines présentes dans la partie liquide du sang), cette durée monte à 7,7 heures chez les hommes et 7,8 heures chez les femmes. Deux résultats en apparence contradictoires, mais qui s’expliquent par la nature des deux outils, qui sondent différemment le cerveau.
Le système endocrinien (régulateur de la production des hormones) se montre un peu moins gourmand en sommeil : sa durée optimale descend à 6,1 heures chez les hommes et 6,7 heures chez les femmes.
Sur l’ensemble des 23 horloges étudiées, la plage dans laquelle le vieillissement biologique est le plus faible s’étend donc de 6 à 8 heures, avec une concentration des valeurs optimales autour de 7 heures.
Selon les auteurs, dormir régulièrement moins de 6 heures par nuit est associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de dépression, d’anxiété et de troubles digestifs.
Mais attention à ne pas trop faire la marmotte : si vous avez pour habitude de dormir plus de 8 heures, gardez à l’esprit que les auteurs interprètent ce surplus comme un marqueur potentiel de déclin biologique latent, plutôt que comme sa cause première. Il semble se manifester en priorité dans la sphère neuropsychiatrique : les personnes dormant chroniquement plus de huit heures présentent des corrélations génétiques avec plusieurs conditions ou pathologies : schizophrénie, trouble bipolaire, dépression ou TDAH (Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité).
Comme toute étude, elle a toutefois ses limites : même si l’approche biologique permet d’éviter certains biais, toutes les données récupérées par les auteurs proviennent des déclarations des participants. Ce qui peut induire certaines inexactitudes que seule une mesure objective par polysomnographie ou actigraphie aurait pu éviter. Ensuite, la cohorte était majoritairement composés d’individus d’origine européenne, ce qui limite donc toute extrapolation de ses résultats à la population générale. Mais au vu du nombre de personnes étudiées et de la méthodologie d’analyse très robuste, cette étude représente à ce jour l’une des cartographies les plus rigoureuses reliant la durée du sommeil et la dégradation biologique des organes. Si vous ne deviez retenir qu’un seul enseignement de celle-ci : les nuits trop longues (au-delà de 8 heures) ou trop courtes (en dessous) favorisent un vieillissement plus rapide que la normale.
- La durée de sommeil idéale se situe entre 6,4 et 7,8 heures par nuit pour un vieillissement biologique optimal.
- Dormir moins de 6 heures augmente le risque de maladies, tandis que plus de 8 heures peut signaler des problèmes de santé sous-jacents.
- L’étude, portant sur 500 000 participants, souligne l’importance d’une durée de sommeil équilibrée pour maintenir une bonne santé.
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