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Il y a 10 ans, ce discret rachat changeait tout pour Amazon

La « sauce secrète » d’Amazon Web Services.

Lorsque l’on évoque Amazon, on pense forcément au mastodonte du commerce en ligne, devenu un acteur incontournable dans le monde entier et particulièrement en France. Mais il fait savoir que l’entreprise tire une grande partie de ses profits d’Amazon Web Services (AWS), sa branche dédiée aux services cloud. Numéro 1 du secteur, la plateforme doit en très grande partie cette performance à un rachat opéré en 2015, dans la plus grande des discrétions.

Annapurna, une startup qui opère dans l’ombre

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, AWS a dépassé les 100 milliards de dollars de revenus, représentant plus de la moitié des bénéfices d’Amazon. À elle seule, la division fait mieux que d’autres grands noms de l’industrie. Car la firme fondée par Jeff Bezos détient, ce que l’on appelle, une « sauce secrète » : Annapurna.

En 2013, un ingénieur réputé chez Amazon, James Hamilton, soumet l’idée à sa direction de fabriquer ses propres semi-conducteurs. Objectif : fournir plus d’options, ainsi que des prix plus attractifs, aux clients d’AWS. Le tout en ayant un meilleur contrôle de la chaîne d’approvisionnement. Le géant jette alors son dévolu sur une jeune pousse fondée en 2011 par des entrepreneurs accumulant des dizaines d’années d’expérience dans le secteur des puces.

Annapurna, dont le nom est inspiré par un majestueux massif de montagnes de l’Himalaya, est peu connue et agit surtout dans l’ombre : elle n’investit quasiment pas dans le marketing. Son activité se concentre avant tout sur la conception de puces et de matériel d’infrastructure, un domaine moins glamour à l’époque, mais crucial pour le fonctionnement des services cloud.

Pressentant que la demande pour des infrastructures toujours plus puissantes et spécialisées va exploser, Amazon décide d’investir dans la startup. Andy Jassy, alors à la tête d’AWS, joue un rôle clé dans la transaction malgré le scepticisme initial de beaucoup. Annapurna est rachetée en 2015 pour environ 350 millions de dollars.

Amazon
© bluestork / Shutterstock

Vitesse et fiabilité

Une décennie plus tard, celui qui est devenu le PDG d’Amazon estime qu’il s’agit de l’une des opérations les plus importantes de son histoire. Elle lui a permis, entre autres, de confectionner ses puces en interne. Un luxe que très peu d’acteurs peuvent se permettre, d’autant plus dans le secteur ô combien concurrentiel du cloud computing. On le rappelle, Microsoft et Google Cloud talonnent AWS de près, mais cette dernière garde encore son avance grâce à Annapurna.

Fait rare pour être noté dans le monde des fusions : depuis le rachat, 68 % des équipes de la startup sont encore fidèles au poste. Leur crédo : vitesse et fiabilité. Grâce à leur travail, AWS est en mesure d’offrir un calcul plus rapide, moins cher et plus efficace à ses clients, tout en réduisant sa dépendance à des fournisseurs comme NVIDIA et Intel.

« Ils savent que les mois sont importants, que les semaines le sont encore plus et que les jours le sont encore plus. Si vous faites une erreur dans un logiciel, cela peut vous coûter une semaine ou deux pour le réparer. Avec le matériel, vous pouvez perdre de neuf mois à un an », résume James Hamilton, afin de plébisciter le travail réalisé par Annapurna.

Cette maîtrise permet à AWS d’adapter finement le matériel aux besoins spécifiques de ses charges de travail cloud, qu’il s’agisse de calcul général, d’analyse de données massives ou, plus récemment, d’intelligence artificielle (IA). AWS n’est plus uniquement tributaire des cycles d’innovation et des offres standardisées des fabricants de puces traditionnels, mais peut orchestrer sa propre feuille de route technologique.

Puces Amazon
© Amazon

Au cœur des immenses ambitions d’Amazon dans l’IA

Et justement. Les puces conçues par Annapurna, telles que Graviton ou Trainium, sont devenues des piliers de l’offre AWS. La première est un processeur central populaire pour le calcul à usage général, tandis que la seconde permet d’entraîner les modèles d’IA. Sa deuxième itération, Trainium2, est au cœur des ambitions colossales d’Amazon dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Car Andy Jassy considère l’IA générative comme l’un des principaux piliers de la croissance de l’entreprise basée à Seattle. Cette année, elle prévoit des investissements records, à hauteur de 100 milliards de dollars, dans la technologie. Et si Amazon n’est pas forcément la première big tech qui vient en tête lorsque l’on évoque l’IA, c’est parce que la société est surtout active en coulisses.

En octobre 2024, elle a conclu un accord clé avec Databricks, consistant à exploiter les puces IA Trainium pour alimenter un service qui aide les entreprises à personnaliser un modèle d’IA ou à construire le leur. Amazon est aussi en train de construire un immense supercalculateur pour Anthropic, la startup à l’origine du chatbot Claude. Baptisée projet Rainier, cette initiative s’appuie sur les puces Trainium2 concoctées par Annapurna. Une fois complétée, elle donnera vie au plus grand cluster d’entraînement de modèles d’IA au monde.

Ce rôle central illustre une vision stratégique audacieuse portée par la direction d’Amazon dans les années 2010. Le pari sur l’internalisation de la conception de puces a non seulement consolidé la position de leader d’AWS dans le cloud computing, mais l’a également propulsée à l’avant-garde de la révolution de l’intelligence artificielle.

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