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Apnée du sommeil : cette solution pourrait mettre fin au calvaire nocturne de millions de patients

La science s’attaque enfin à l’apnée du sommeil autrement.

Le SAHOS ou syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, plus connu sous le nom d’apnée du sommeil, touche environ « 4 % de la population en France » selon les données d’Ameli. Le « syndrome se caractérise par la survenue d’épisodes anormalement fréquents d’interruptions (apnées) ou de réductions (hypopnées) de la respiration durant le sommeil », nous explique la plateforme en ligne officielle de l’Assurance Maladie.

En plus d’être un trouble extrêmement handicapant pour les personnes concernées, il les expose à des risques très sérieux : AVC, hypertension, troubles cognitifs et de l’humeur, etc. Depuis 30 ans, le traitement de référence qu’on lui a trouvé est le masque CPAP (ventilation par pression positive continue), un appareil envoyant de l’air dans les poumons pour aider les patients à s’oxygéner correctement. Malheureusement, il est assez mal toléré par une grande majorité d’entre eux en raison de son encombrement, du bruit ou simplement du sentiment de honte qu’il peut procurer.

Une étude clinique récente pourrait leur redonner espoir : une pilule combinant deux molécules déjà existantes s’est montrée particulièrement efficace pour réduire considérablement les épisodes d’apnée. Une solution peut-être moins invasive que l’implant dévoilé plus tôt cette année par la NHS.

Soigner l’apnée du sommeil sans machine

Mis au point par le laboratoire pharmaceutique américain Apnimed (Cambridge, Massachusetts), le médicament expérimental en question s’appelle AD109. Il associe deux principes actifs : l’atomoxétine et l’aroxybutynine. L’atomoxétine est parfois utilisée pour lutter contre le TDAH (Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) en augmentant le taux de noradrénaline dans le cerveau. Cette augmentation contribue également à améliorer le tonus des muscles de la gorge, ce qui tend à maintenir les voies respiratoires ouvertes durant le sommeil.

L’aroxybutynine, quant à elle, est un dérivé d’un traitement destiné à contrer l’hyperactivité vésicale (envies soudaines et irrépréssibles d’uriner), agit en parallèle en bloquant les effets inhibiteurs de l’acétylcholine sur les nerfs contrôlant ces mêmes muscles – en particulier le génioglosse, situé à la base de la langue.

Dans leur publication, Apnimed a indiqué avoir menné leurs recherches sur 646 patients, pendant six mois. Tous ont été répartis en deux groupes : l’un recevant chaque soir une dose du traitement expérimental AD109, l’autre un simple placebo. Les résultats sont très positifs : chez les patients traités, le nombre d’épisodes nocturnes d’obstruction des voies respiratoires a diminué de 56 % en moyenne.

Plus impressionnant encore, 22 % d’entre eux ont atteint un contrôle quasi-total de la maladie, avec moins de cinq événements respiratoires par heure (un seuil considéré comme normal). Ces effets ont été observés dès les premières nuits, quel que soit le profil du patient : obèse ou non, et ce, sur l’ensemble des degrés de sévérité de la maladie.

Pour de nombreux spécialistes du sommeil, ces taux sont considérés comme très encourageants. Contrairement au masque CPAP, qui gère l’obstruction des voies respiratoires, l’AD109 agit directement sur les mécanismes physiologiques du tonus musculaire qui entraînent les épisodes d’apnées.

Peut-on déjà crier victoire ? Pas si vite, puisque plusieurs incertitudes planent encore ; notamment à propos des effets secondaires potentiels de l’atomoxétine. En tant que stimulant du système nerveux, elle peut entraîner une élévation du rythme cardiaque et de la pression artérielle. Un point assez négatif, si l’on considère de plus que les patients souffrant d’apnée sont déjà exposés à un risque plus élevé d’accidents vasculaires.

Autre point soulevé par les chercheurs dans leur étude : si les résultats sur les mesures objectives sont encourageants (baisse du nombre d’obstructions respiratoires, amélioration de l’oxygénation nocturne), il reste encore à démontrer si ces améliorations se traduisent par une amélioration du quotidien pour les patients. Le traitement diminue-t-il la somnolence diurne ? Améliore-t-il la qualité de vie, la vigilance ou la récupération ?

C’est un médicament, et comme tous les médicaments, il n’est pas parfait, mais il a le potentiel pour peut-être remplacer un jour le CPAP chez les patients qui ne le supportent pas. Depuis les années 1980, aucune alternative aussi prometteuse n’avait vu le jour (si on met à part l’implant de la NHS). Il faudra bien sûr qu’il franchisse toutes les étapes classiques pour être un jour distribué : la publication des résultats complets, la confirmation dans un second essai de plus grande ampleur, et l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché par la FDA (Food and Drug Administration), attendue au plus tôt en 2026. Un horizon thérapeutique assez proche donc, outre-Atlantique tout du moins.

  • Une nouvelle pilule expérimentale (l’AD109, conçu par Apnimed) a permis de réduire de plus de moitié les épisodes d’apnée du sommeil dans un essai clinique impliquant plus de 600 patients.
  • Le traitement agit sur les muscles de la gorge pour maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant la nuit, sans recourir à une machine.
  • Malgré des résultats encourageants, des incertitudes demeurent sur les effets à long terme et l’impact réel sur la qualité de vie des patients.

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