Pendant des décennies, la sagesse populaire et de nombreux experts ont martelé qu’il fallait dormir huit heures par nuit pour être en pleine forme. En effet, certaines études (comme celle-ci, de la revue Sleep and Breathing) ont effectivement montré une corrélation entre des durées de sommeil proches de huit heures et une meilleure santé globale. Cependant, des recherches récentes ont remis en question cette croyance solidement ancrée dans nos esprits. L’occasion parfaite pour effectuer un plongeon dans les abysses de notre sommeil pour démêler le vrai du faux et comprendre ce dont notre corps a réellement besoin pour se régénérer.
La qualité prime sur la quantité : le nouveau paradigme du sommeil
Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas tant la durée du sommeil qui importe, mais sa qualité. Les scientifiques s’entendent désormais sur le fait que chaque individu a des besoins en sommeil uniques, correspondant à ses particularités physiologiques propres. Certains se sentent parfaitement reposés après six heures de sommeil, tandis que d’autres ont besoin de neuf heures ou plus pour être opérationnels.
Le Dr Royant-Parola, psychiatre libérale spécialiste du sommeil et présidente du Réseau Morphée (réseau consacré aux troubles chroniques du sommeil), souligne que « dès lors que le besoin en sommeil est respecté, même s’il est court, alors il n’existe pas de risques ». Une affirmation qui remet en perspective l‘importance de l’écoute de son corps plutôt que de se fier à un chiffre arbitraire.
D’ailleurs, d’où vient ce chiffre ? Premièrement, comme écrit plus haut, de certaines études. Toutefois, celles-ci étaient souvent limitées par leur méthodologie ou leur échantillon. En réalité, les fameuses « huit heures de sommeil » sont devenues une référence par souci de simplification. Il est, en effet, moins complexe de communiquer un chiffre simple et unique auprès du grand public pour le sensibiliser, ce qui permet, à terme, d’établir des normes sociales et culturelles autour du sommeil.
Les risques liés au sommeil inadapté : trop peu ou trop, attention danger
Bien que les besoins varient d’un individu à l’autre, les études montrent qu’un sommeil insuffisant ou excessif peut avoir des conséquences néfastes sur la santé. Dormir moins que ses besoins réels augmente les risques de développer des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension (augmentation anormale et persistante de la pression du sang sur les parois des artères), de maladies chroniques comme le diabète de type 2 ou d’obésité.
Par exemple, cette étude parue en 2021 dans la revue Nature Communications a révélé plusieurs dangers propres à la privation de sommeil. Premièrement, les personnes ayant « peu dormi » (six heures par nuit ou moins) tout au long de leur existence ont vu leur risque de démence augmenter de 30 %. Ceci, indépendamment des facteurs sociodémographiques, comportementaux, cardiométaboliques, et de la santé mentale.
Deuxièmement, des périodes de sommeil de six heures ou moins pour les personnes entre 50 et 60 ans étaient, elles aussi, associées à un risque accru de développer une forme de démence plus tard. À 50 ans, la probabilité augmentait de 22 % et à 60 ans, de 37 % comparativement aux personnes qui dormaient sept heures par nuit.
Ces travaux montrent bien qu’il y a une relation existante entre la durée du sommeil et la démence, mais on ignore si c’est l’un qui cause l’autre. Peut-être que les problèmes de sommeil viennent avec la démence, ou peut-être que c’est le fait de mal dormir qui augmente le risque d’avoir cette maladie. Le fameux paradoxe de l’œuf ou la poule en quelque sorte.
Une autre étude, plus ancienne, (2006) de la revue Hypertension, a montré que dormir cinq heures ou moins par nuit amplifiait de 60 % le risque de développer de l’hypertension chez les individus adultes.
Paradoxalement, dormir plus de neuf ou dix heures par nuit semble également avoir un impact négatif sur l’espérance de vie, bien que les mécanismes exacts restent encore à élucider. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer cela : signes d’une pathologie sous-jacente, altération de la qualité du sommeil, déséquilibres hormonaux, etc. Aucune étude n’existe aujourd’hui pour expliquer cet état de fait.
Chacun son sommeil
Aujourd’hui et au regard de nos nouvelles connaissances, les recommandations actuelles des organismes de santé tendent vers une approche plus nuancée. La National Sleep Foundation aux États-Unis préconise entre sept et neuf heures de sommeil pour les adultes en bonne santé, avec des ajustements selon l’âge. Notamment pour les plus de 65 ans, qui auraient plutôt besoin de nuits d’une durée comprise entre sept et huit heures.
Même son de cloche de la part de l’American Academy of Sleep Medicine et de l’Organisation mondiale de la Santé ; les deux organismes recommandent un minimum de sept à huit heures par nuit.
Toutefois, ces lignes directrices doivent être adaptées en fonction de facteurs individuels tels que l’état de santé général, les activités quotidiennes et les habitudes de sommeil de chacun. Bien dormir ne se résume pas qu’à un simple chiffre et il est important de considérer d’autres facteurs comme la qualité et la régularité du sommeil. Une étude datant d’il y a quatre ans, parue dans le Journal of the American College of Cardiology insiste justement sur l’importance de cette régularité. Les personnes dont la durée de sommeil variait de plus de deux heures d’une nuit à l’autre présentaient un risque deux fois plus élevé de problèmes cardiovasculaires.
Plutôt que se focaliser à l’excès sur le nombre d’heures de sommeil idéal, il reste donc préférable d’être à l’écoute de son organisme et surtout de veiller à la qualité de ses nuits. La communauté scientifique prône désormais une approche holistique, prenant en compte à la fois la durée, la régularité et la qualité du sommeil. Un trio qui semble être la clé pour se maintenir en bonne forme et se sentir parfaitement reposé. Il est donc grand temps d’oublier le mythe des huit heures pour adopter une posture plus scientifiquement fondée de nos besoins.
- Les besoins en sommeil varient d’une personne à l’autre, et il est plus important de privilégier la qualité et la régularité du sommeil que de se concentrer uniquement sur une durée fixe de huit heures.
- Des études montrent qu’un sommeil insuffisant ou excessif peut être associé à des risques accrus de maladies cardiovasculaires, de démence, et d’autres problèmes de santé.
- La science recommande aujourd’hui une approche plus globale du sommeil, plutôt que de s’en tenir au mythe des huit heures.
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Mes parents m’ont toujours habitué à mon plus jeune âge aux 8h de sommeil et depuis, j’ai 45 ans aujourd’hui, ces 8h sont restées sinon je ne suis pas en forme..
Cette facilité à m’endormir rapidement et profondément, même avec un sommeil de qualité, il m’en faut toujours 8h..
On se construit à l’enfance, tout part sans doute de là, des habitudes prises dès son plus jeune âge.