C’est fini. La fusée Ariane 5 vient de voler pour la dernière fois au-dessus de Kourou. Dans le centre de contrôle guyanais, les ingénieurs ne cachent par leur émotion après 27 ans de (très) bons et loyaux services. Plus qu’un simple lanceur, elle a permis à l’Europe de briller de mille feux dans l’industrie spatiale.
4 juin 1996 : le premier vol
Tout commence le 4 juin 1996. Pour cette première mission, la fusée ne s’illustre pas et elle doit être détruite en vol seulement 36 secondes après le décollage. Durant ses premières années, Ariane 5 se fait remarquer par son inconstance. Sur les 14 premiers vols, la fusée va connaître deux défaillances totales (1996 et 2002) et deux défaillances partielles.
Le bilan est plus que mitigé surtout que dans le même temps l’Europe abandonne son projet de navette spatiale Hermès. Cette dernière avait été conçue en étroite collaboration avec Ariane 5 qui devait la lancer en orbite. Sans navette spatiale la fusée n’a plus vraiment de raison d’être et Ariane 4, alors plus fiable, lui est préférée.
117 décollage pour Ariane 5
Le premier tournant dans la vie d’Ariane 5 intervient le 11 décembre 2022. La fusée est alors placée sur le pas de tir dans sa version ECA. Si cette mission est une nouvelle défaillance, le modèle ECA fait rapidement ses preuves et Ariane 5 connaîtra ses heures de gloire dans cette configuration.
Au total Ariane 5 volera 83 fois dans sa configuration ECA. En plus de l’échec initial, une défaillance partielle survient lors d’un vol en 2018. Ce sont les deux seuls échecs à mettre au crédit de la fusée entre 2002 et aujourd’hui. C’est cette fiabilité à toute épreuve qui fait de la fusée une référence du monde spatial.
Au cœur des années 2000, les entreprises privées comme SpaceX ne sont pas encore des concurrents sérieux, et les États-Unis sont bloqués par l’arrêt des navettes spatiales suite au drame de Columbia. La NASA doit alors trouver un autre lanceur et c’est naturellement qu’elle se tourne vers l’Europe et Ariane 5 pour ses missions les plus prestigieuses.
97 % de réussite au lancement
Au cours de sa vie et de ses 117 lancements (en comptant celui de ce vendredi), la fusée amènera en orbite parmi les plus gros et les plus complexes engins. Si Hubble a été envoyé dans l’espace par la navette spatiale américaine, son petit frère James Webb sera lui placé sous la coiffe d’Ariane 5 le 25 décembre 2021.
Quelques années plus tard, c’est la sonde Juice qui prend la direction de Jupiter, là encore grâce à une fusée Ariane 5. La mission conjointe entre l’ESA et la JAXA (agence spatiale japonaise) BepiColombo partira elle aussi depuis une Ariane 5 pour aller explorer Mercure.
La fiabilité d’Ariane 5 est aujourd’hui reconnue par tous. Les agences spatiales ont toujours eu une faible pour cette fusée européenne, construire sur un modèle à deux boosters qui a toujours fait ses preuves. Pas question de faire une fusée réutilisable, comme le fera SpaceX dans les années 2010, elle suit les modes d’un ancien temps, celui où la fiabilité est le maître mot.
16 juin 2023 : la der des ders
Ce 16 juin 2023, 27 ans et 12 jours après le premier lancement, la fusée va quitter la Terre une dernière fois. Sa mission n’est pas des plus complexes, elle doit « simplement » placer deux satellites en orbite avant de retomber dans l’atmosphère pour s’y consumer.
Cette charge utile très classique pour Ariane 5 se compose d’un satellite militaire « Syracuse 4B » qui sera utilisé par la DGA (direction générale de l’armement) ainsi qu’un démonstrateur technologique « Heinrich-Hertz ». Alors que les charges utiles sont en général le motif d’intérêt du grand public pour une mission, ils ne seront ce vendredi que des spectateurs très bien placés pour assister au dernier feu d’artifice d’Ariane 5.
Ariane 5 est morte, vive Ariane 6.
L’histoire ne s’arrête pas là pour autant. ArianeGroup compte bien envoyer d’autres fusées dans l’espace et Ariane 6 est prête à prendre la suite de son illustre grande sœur. La fusée devrait réaliser un vol inaugural en novembre de cette année. Les ingénieurs du centre de contrôle guyanais ont donc le droit à quelques mois de repos avant d’écrire une nouvelle page de l’histoire spatiale.
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