28 janvier 1986. La navette spatiale Challenger est installée sur le pas de tir du centre spatial Kennedy à Cap Canaveral — la mythique base de la NASA. À plusieurs reprises, la mission a été repoussée. Elle qui devait être lancée le 22 janvier, a connu plusieurs retards.
Le matin du 28 janvier, le froid avait fait son apparition sur la base de tir de Floride. En cette fin janvier 1986, l’air était glacial et les conditions n’étaient pas vraiment réunies pour faire décoller une navette spatiale. En effet, les rampes de lancement de la navette de la NASA étaient gelées, une information qui inquiétait les ingénieurs de Rockwell International, l’un des manufacturiers de la navette. Mais Arnold Alrich, le chef d’orchestre du lancement, avait décidé de maintenir le vol, suffisamment reporté comme ça.
À 11h38, précise sur le cadran de l’heure de l’Est, la navette quitta le sol de Floride. Le lancement d’une mission de six jours.
Une mission qui durera 72 secondes
Mais rien ne se passera comme prévu. 72 secondes seulement après un décollage « normal » de la navette, cette dernière s’était désintégrée dans le ciel floridien. Sous l’effet des forces aérodynamiques extrêmes, la navette fut détruite dans un épais nuage de fumée blanche. Les deux propulseurs d’appoint à poudre (SRB) continuèrent leur route quelques secondes avant que le centre de commandement ne demande leur destruction. Face à la violence des images, retransmises en direct sur CNN, les espoirs étaient alors infimes de retrouver des astronautes vivants, le contact a été perdu durant « l’explosion » et les sept membres d’équipage ne redonneront jamais signe de vie.
Le module habité, dont on ignorait à l’époque la localisation mettra deux minutes pour retomber sur Terre. Pendant ce temps, alors en chute libre, quatre systèmes de respiration d’urgence sont activés, signe que les astronautes ont survécu à la dislocation de la navette.
Mais à la fin de leur folle descente, le module viendra se fracasser contre l’océan à près de 330 km/h, une vitesse d’impact qui dégage une force de 200 g, les astronautes pesèrent alors entre 12 et 16 tonnes. Aucun corps humain ne peut résister à une telle violence, et si plusieurs membres d’équipages étaient encore en vies au moment de l’impact, ils moururent sur le coup.
Les causes de l’accident
Quelques heures après le drame, c’était l’effervescence. Les images de l’accident étaient retransmises dans le pays entier et elles firent rapidement le tour du monde. Le président Reegan, qui devait s’exprimer ce jour-là pour son discours de l’Union décalera finalement ce dernier, pour rendre hommage aux sept victimes du drame. Le 29 janvier, au lendemain de l’accident, le nombre de journalistes présents à Cap Canaveral a été multiplié par 3, et ils étaient plus de 1000 au siège de commandement de la NASA à Houston.
Face aux questionnements du grand public, qui cherchaient désespérément à comprendre les causes de l’accident, l’agence spatiale américaine va se murer dans un profond silence. C’était la première fois depuis l’accident d’Apollo 1 que la NASA devait faire face à la mort. Pire encore cette fois, Christa McAuliffe, une des victimes, n’était qu’une enseignante, une personne civile, qui venait de perdre la vie dans l’accident.
Il faudra finalement attendre le rapport de la commission Rogers — du nom de son président — pour tirer au clair les causes de l’accident. La commission expliqua que l’accident était dû à un défaut de fabrication majeur des joints toriques, ces derniers devaient servir à assurer l’étanchéité entre les différents secteurs des propulseurs d’appoints à poudre (SRB). L’entreprise Morton Thiokol, à l’origine de ces joints a été très lourdement condamnée pour ce défaut de fabrication et, si elle avait réussi à survire une vingtaine d’années après le drame, sa réputation fut à jamais entachée par l’accident.
Le rôle de Feymann dans la commission Rogers
Selon les conclusions présentées dans le rapport, les joints toriques qui reliaient les segments SRB avaient perdu de leur capacité hermétique à cause des très basses températures de la veille. C’est ce problème d’étanchéité qui était à l’origine de l’accident. Les joints avaient gelé au cours de la nuit, s’étaient contractés, mais par manque d’élasticité, ils n’avaient jamais repris leur forme initiale, créant une brèche dans le réservoir.
Ce problème d’étanchéité fut très simplement démontré par Richard Feymann, un des physiciens les plus célèbres du XXe siècle, dont la renommée dans le pays de l’oncle Sam n’est plus à faire. Père du nucléaire civil, il faisait partie du projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale aux côtés d’Albert Einstein et de Robert Oppenheimer.
Au cours de son enquête, extrêmement rigoureuse et scientifique, n’accordant aucune importance aux alliances de l’époque et aux protocoles en vigueur dans ce genre de moment, Feymann réussira à démontrer au sein de son annexe (l’annexe F) le rôle du joint torique dans l’accident, et de facto l’implication de Morton Thiokol et de la NASA dans cet accident.
Mais plus important encore, alors que les explications de l’accident étaient restées très floues et volontairement complexes lors de la présentation du rapport de la Commission Rogers, Feymann fera le pari inverse, et expliquera au grand public, de la manière la plus simple possible, les causes de l’accident.
Invité sur un plateau de télévision, il fera comprendre, en quelques secondes, pourquoi la navette Challenger s’est disloquée après 72 secondes de vol. En plongeant un morceau de joint torique circulaire dans un verre d’eau glacé, Feymann démontrera que ce dernier se rétracta au contact du froid sans ne jamais pouvoir reprendre sa forme initiale.
C’était cette même réaction, qui dans la nuit du 26 au 27 janvier, a fait se rétracter des joints, ce qui causera des heures plus tard, la mort de sept personnes.

La chronologie du vol jusqu’au drame
Une fois la raison de l’incident découverte, la NASA a pu retracer les événements qui conduiront à l’accident avec une grande précision. L’agence spatiale américaine expliqua ainsi que la navette a correctement décollé à T : 0, mais dès les premières secondes de vol, alors qu’elle quittait à peine le pas de tir, un léger panache de fumée noire s’échappa du bas du SRB droit, c’est le premier joint torique qui était en train de partir en fumée, créant une brèche dans le propulseur d’appoint à poudre.
Étant mal positionné depuis sa rétractation dans la nuit, le joint était en contact direct avec des gazs brûlants au cœur du réacteur, à plus de 2760 degrés. En quelques secondes le joint brûla et créa une brèche dans le SRB. Mais très rapidement, cette dernière fut bouchée par de l’alumine, un dérivé solide de l’aluminium qui a été produit lors de l’allumage des moteurs.
Après une minute de vol, somme toute assez calme, et alors que la navette subissait des pressions extrêmes, le bouchon d’alumine céda, libérant les gazs brûlants. Dix grosses secondes après l’ouverture de cette brèche dans le SRB droit, et alors que le centre de contrôle de Houston venait d’ordonner la mise « plein gaz », le propulseur d’appoint se détacha de son pylône de liaison, faisant accélérer fortement la navette sur la droite. Ressentie jusque dans le module d’habitacle, cette accélération fera dire un « oh oh » d’étonnement au pilote Michael J Smith, prononçant alors les derniers mots de l’équipage de Challenger.
Une seconde après, le réservoir externe se désintégra, les forces aérodynamiques finirent de faire « exploser » la fusée — même s’il vaut mieux parler de désintégration, la navette n’ayant jamais explosé. –

Les sept membres d’équipages
Visiblement conscients après l’impact, les membres d’équipages ne pouvaient rien faire au cours des deux minutes de chute libre qui suivirent, et lorsque la capsule habitée frappa la surface de l’océan Atlantique à plus de 330 kilomètres à l’heure, les astronautes qui ne l’étaient, peut-être pas encore, sont morts sur le coup.
Parmi eux se trouvaient deux femmes, dont une enseignante, choisie avec le plus grand soin par la NASA, Christa McAuliffe. Elle était une professeure de sciences au lycée de Concord dans le New Hampshire. Présentée comme la « femme normale » se rendant dans l’espace, elle permit à de nombreux Américains de se passionner pour cette mission Challenger, qui ne faisait pourtant plus la Une des journaux depuis des années. Christa McAuliffe aurait notamment dû donner un cours dans l’espace, en particulier lors du passage de la comète de Halley, une observation qui faisait partie de la mission de la navette avant son retour sur Terre.
L’autre femme présente aux côtés de Christa McAuliffe était Judith Resnik, une fille d’immigrés juifs ukrainiens. Après des études dans le génie électrique, elle fut recrutée en 1978 par la NASA. Elle volera en 1984 dans la mission originelle de Discovery avant d’être annoncée dans l’équipage qui occupera la navette Challenger au cours de la fin janvier 1986. Elle mourut à l’âge de 36 ans.
Les cinq autres astronautes présents à bord de la navette Challenger ce 28 janvier 1986 étaient tous des astronautes de la NASA. Michael J. Smith, le pilote de la navette réalisait son premier voyage dans l’espace avec cette mission. C’était également le premier vol spatial de Gregory Jarvis. Ellison Onizuka, un astronaute d’origine japonaise avait déjà volé au cours d’une mission avec Discovery en 1985, c’était son deuxième vol.
Les deux autres membres d’équipages avaient déjà volé sur une navette Challenger. Francis R. Scobee, le chef d’équipage lors de cette mission, avait volé en 1984 sur Challenger. Ronald E. McNair, rare astronaute noir de la NASA avait lui aussi volé en 1984 sur Challenger, c’était alors le deuxième afro-américain à se rendre dans l’espace après Guion Bulford qui l’avait fait dans une navette Challenger en 1983.

Aujourd’hui, un mémorial à Cap Canaveral rend hommage aux sept victimes du drame de Challenger, et aux sept autres disparus de l’accident de Columbia. En hommage des sept victimes de la navette Challenger, des astéroïdes ont été renommés à leur nom. L’enseignante Christa McAuliffe dispose même d’un cratère sur la Lune qui porte son nom.
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Excellent reportage à voir sur Netflix sur le sujet !
Ce qui est étonnant c’est qu’il faut un homme qui permette tout. Pour la découverte du défaut c’est un scientifique, certes hors norme, mais il n’a aucune entrave dans ses recherches des causes. De plus il est fait connaître au grand public les causes et ce très rapidement. pour relancer la conquête spatiale il faut un homme, Elon Musk, qui pratiquement du jour au lendemain révolutionne le transport spatial. C’est ça les USA.
En France, ceux sont les mandarins et les politiques qui bloquent tout. une preuve ? qui a déjà lu un rapport de commission d’enquête parlementaire ? affaire Balladur 25 ans d’enquête pour ? Chute mortelle d’une patiente en 2005 affaire au tribunal en novembre 2020 1er jugement en janvier 2021 etc..