La gueule de bois : doux châtiment que l’être humain aime s’infliger régulièrement, en jurant qu’il boira moins la prochaine fois, tout en sachant pertinemment au fond de lui-même qu’il recommencera. Les amateurs d’alcool paient souvent très cher l’emprunt de bonheur et de sociabilité qu’ils ont contracté le samedi soir, avec des intérêts exorbitants : nausées en montagnes russes, bouche pâteuse, marteau-piqueur dans le crâne, sensibilité à la lumière digne d’un vampire en phase terminale… un tableau clinique que la grande majorité des adultes connaît mieux que son propre bilan sanguin.
Il n’y a aucun remède contre elle, si ce n’est quelques conseils, plus ou moins efficaces, de vos potes professionnels du lever de coude. Entre celui qui vous conseillera de vous péter une binouze au réveil pour soigner le mal par le mal (pire idée), de prendre un paracétamol avant de dormir (bonne idée si vous voulez vous dégommer le foie, mais sinon oubliez), de boire un café noir serré dès que vous ouvrez les yeux (parfait pour se déshydrater encore plus), on réalise rapidement que la liste des théories foireuses est longue.
En revanche, si l’un de vos compagnons de beuverie vous conseille d’alterner entre eau et alcool durant la soirée, gardez-le dans votre cercle. Une technique supposément magique que l’on vous a forcément conseillée un jour, analysée par deux chercheuses en psychopharmacologie de la Liverpool John Moores University. Alors, fonctionne-t-elle réellement, ou s’agit-il d’un énième protocole bidon né dans un cerveau embrumé par les abus du samedi soir ?
Un remède utile, mais pas magique
Lorsque vous buvez de l’alcool, quel qu’il soit (bière, vin, liqueurs, spiritueux ou autres liquides artisanaux douteux), votre organisme métabolise sa molécule psychoactive principale, l’éthanol, à un rythme relativement fixe. Il élimine en moyenne une unité d’alcool par heure, ce qui correspond à 10 g d’éthanol pur, soit l’équivalent approximatif d’un verre standard de vin de 12,5 cl ou d’un verre de bière de 25 cl.
Si vous enchaînez les verres plus rapidement que votre organisme ne peut en traiter, l’éthanol s’accumule dans le sang : votre alcoolémie grimpe et vos capacités cognitives commencent à se dégrader. Avec les conséquences que vous connaissez (et parfois que vous recherchez) : désinhibition, altération du jugement, pertes de concentration ou ralentissement de la coordination motrice.
En choisissant d’alterner entre les verres d’eau et les verres d’alcool, vous vous forcez simplement à lever le pied. Votre pic d’alcoolémie sera moins important dans la soirée, et dans le meilleur des cas, vous rentrerez chez vous avec deux ou trois verres en moins dans le sang. L’eau vous sauve du fait de boire moins vite… et c’est à peu près tout.
Oui, le fait de s’hydrater durant votre petite cuite ne vous fera aucun mal, mais l’alcool déshydrate le corps si fortement que compenser avec de l’eau ne suffit pas. La gueule de bois n’est pas provoquée par un manque d’eau, mais parce que votre foie, en métabolisant l’éthanol, produit de l’acétaldéhyde.
Une substance qui est, à proprement parler, un poison. Plus toxique que l’éthanol lui-même, il provoque des nausées, des palpitations et ces maux de crâne infâmes, avant d’être à son tour dégradé par l’organisme. Ajoutez à ça qu’il provoque une réponse inflammatoire dans tout votre organisme, qu’il massacre vos cycles de sommeil et vous avez la recette complète des lendemains qui piquent.
Continuez donc à boire de l’eau en soirée, cela peut bien vous éviter une sévère gueule de bois le lendemain. Si, et seulement si, vous rentrez à minuit avec trois bières et deux verres de vin dans le sang plutôt qu’à 3 h du matin avec six bières, quatre shots de tequila et un verre de whisky offert par un inconnu. Seul le volume total d’alcool ingéré compte : cinq ou six verres sur quatre heures, c’est la gueule de bois assurée derrière, que vous ayez bu deux litres d’eau entre chaque, ou pas une seule goutte. Le seul « ingrédient » vraiment actif de cette méthode reste… la modération, soit la seule réelle posture responsable à adopter lorsque l’on consomme de l’alcool. Un remède gratuit, mais que vous risquez peut-être d’ignorer lors de vos prochaines soirées. Au moins vous saurez quoi répondre à vos amis qui sont persuadés que l’eau les sauve ; avec bienveillance, ou sans, c’est selon l’heure à laquelle ils vous feront la morale.
- L’alternance entre eau et alcool peut réduire l’alcoolémie, mais n’élimine pas la gueule de bois.
- La véritable cause de la gueule de bois est l’acétaldéhyde, produit lors de la métabolisation de l’éthanol.
- La modération reste la clé pour éviter les effets néfastes de l’alcool, malgré les conseils populaires.
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