Anaheim, Californie, le 12 septembre dernier. Il est 6 heures du matin devant l’immense Convention Center, situé à deux pas de Disneyland. Alors que le jour se lève à peine, des milliers de visiteurs trépignent d’impatience à l’entrée. Certains ont même passé la nuit ici, chaises de camping et boissons chaudes pour les accompagner. L’excitation est à son comble dans la foule. Tous n’attendent qu’une chose : le début de la BlizzCon, le salon organisé par le studio de jeu vidéo Blizzard.
Ces fans espèrent obtenir une place de choix lors de la conférence d’ouverture, moment le plus important du week-end. C’est là que la firme va dévoiler ses prochains jeux vidéo. Dans la file d’attente, il se murmure que les annonces seront dantesques. « J’ai croisé un développeur de Blizzard qui m’a affirmé que ce sera la plus grande BlizzCon de l’histoire ! », me confie un fan engoncé dans un t-shirt Warcraft 2 qui a vécu bien trop longtemps. Une chose est certaine, les adeptes n’ont pas été déçus…
Pendant deux jours, j’ai vibré en leur compagnie, je vous raconte.

La BlizzCon, c’est quoi ?
Fondé au début des années 1990, Blizzard est l’un des studios les plus importants de l’histoire du jeu vidéo. Cette entreprise basée à Irvine (non loin d’Anaheim) est à l’origine de succès comme Diablo, Overwatch, StarCraft, mais surtout Warcraft, sa licence phare. Depuis les années 2000, l’entreprise organise une convention en son nom, la BlizzCon. C’est lors de ce salon que le studio dévoile ses futurs jeux. C’est aussi l’occasion pour les développeurs de rencontrer les joueurs et d’échanger avec eux.

Car Blizzard n’est pas un studio comme les autres. Depuis ses débuts, le développeur prend soin de toujours rester proche de ses fans, qui forment une communauté soudée. Certains parlent même de « grande famille ». Il faut dire que ses titres ont toujours mis un point d’honneur à mettre l’aspect communautaire en avant, notamment avec un online très poussé, et ce dès les années 90. On ne compte plus les amitiés et les histoires d’amour qui sont nées sur WoW ! Bien que l’entreprise ait énormément grossi depuis ses débuts, les adeptes sont toujours restés soudés, et ce malgré les turbulences. Depuis 2022, Blizzard appartient à Microsoft, mais jouit d’une certaine liberté qui lui permet de cultiver cette proximité avec son public.

Précision importante : la BlizzCon n’est pas un événement annuel (bien qu’il l’ait été). Blizzard organise son salon uniquement lorsqu’il a quelque chose à montrer. La dernière édition s’était tenue en 2023, autant dire que les joueurs étaient excités comme des puces à l’ouverture.
Quelles annonces à la BlizzCon ?
10 h 30. La grande salle de conférence du Convention Center est pleine comme un œuf, et ce malgré sa capacité de plusieurs milliers de places. Les fans se sont rués vers les meilleurs sièges. Tout est prêt pour le show. La lumière s’éteint et un silence presque électrique emplit les travées… Les spots se rallument d’un coup et là, l’orgie vidéoludique commence. Diablo 5, nouveau StarCraft, nouveau héros d’Overwatch, Heroes of the Storm ressuscité, nouvelle classe pour Hearthstone, teaser de The Last Titan et annonce de World of Warcraft Forever. Chaque annonce fait trembler le Convention Center et les os du public. L’hystérie est totale à chaque trailer diffusé sur l’écran géant. Le développeur n’avait pas menti au fan croisé dans la file d’attente : 2026 est une cuvée d’exception et pleine de surprises.

Midi, la conférence d’ouverture s’achève, tous les joueurs ont des étoiles dans les yeux. Il est maintenant temps de parcourir le salon pour en découvrir les secrets.
Un salon pas comme les autres
Les jeux annoncés, le salon est maintenant ouvert. Chaque hall est dédié à une licence : Warcraft, Diablo, Hearthstone, Overwatch… Des milliers de PC sont alignés pour tester les nouveautés et, bien que les files impressionnent, l’attente n’est jamais très longue. Vingt minutes, tout au plus, testé et approuvé. Nous sommes loin de la Paris Games Week ou de la Gamescom.

Après la conférence d’ouverture, la grande salle du Convention Center reste active pendant les deux jours. C’est en effet ici que se déroulent les panels. Pendant une à deux heures, les développeurs montent sur scène pour aller plus en détail dans les annonces. Par exemple, les réalisateurs de Diablo 5 ont expliqué longuement ce qu’ils comptaient faire avec le jeu. C’est ici que nous avons appris que ce ne serait pas un monde ouvert comme Diablo 4. Ce sont bien les panels dédiés à World of Warcraft qui attirent le plus de monde. Religieusement, les fans écoutent les développeurs leur expliquer les modifications apportées au prochain patch, les ajustements sur l’équilibrage, la rotation des donjons de la saison ou encore les nouvelles combinaisons de races et de classes. En bon joueur, j’écoute avec eux.


La BlizzCon est aussi l’occasion pour Blizzard de mettre en avant un aspect important pour ses jeux : l’esport. Dans la grande Anaheim Arena, attenante au salon, est organisée la coupe du monde d’Overwatch. La salle est en furie à chaque match et toute la presse française s’est réunie dimanche à onze heures pétantes pour assister à la demi-finale entre la France et la Corée. Malheureusement, nos Bleus se sont inclinés, mais pas sans briller. En parallèle, des tournois de Hearthstone, de WoW, de StarCraft (avec Simu Liu en guest star, s’il vous plaît) sont organisés. Et même un concours de cosplay !

Dans les allées, on note aussi une tonne d’activités annexes pour s’amuser. On peut boire un mocktail à la taverne Hearthstone, faire des tractions sur un stand StarCraft (ce qui permet de gagner une médaille de Space Marine), se faire tatouer un dessin sorti de Diablo ou participer à un jeu avec un marteau en plastique. On ne s’ennuie jamais dans les travées du salon, surtout que l’attente n’est jamais très longue.

C’est en suivant, intrigué, des panneaux indiquant l’existence d’une Darkmoon Fair (foire de Sombrelune, issue de l’univers Warcraft), que je suis tombé sur une salle un peu à part. Dans la pénombre, une fête foraine improvisée où les visiteurs peuvent participer à des jeux ou activités : se faire caricaturer, réaliser un puzzle chronométré, adopter une peluche enfermée dans une case mystère ou encore obtenir des goodies, comme des pin’s mystères enfermés dans des boules en plastique. C’est d’ailleurs ici que j’ai fait la connaissance d’une frange bien particulière des fans de Blizzard : les collectionneurs de pin’s. « Je ne viens que pour ça », m’a même avoué un visiteur qui a passé les deux jours sur le stand dédié. Ils sont plusieurs centaines à se réunir, cahiers sous le bras, pour montrer leur collection ou échanger leurs raretés. Le soir, à l’hôtel, je les voyais même encore dans le lobby en train de faire du troc, toujours le sourire aux lèvres. C’est aussi ça, la communauté Blizzard : des dizaines, voire des centaines de micro-communautés qui se réunissent autour de leur amour des licences du studio.


Un rendez-vous pour les fans et les médias
La BlizzCon est avant tout un salon communautaire où les développeurs peuvent rencontrer les fans. Ces derniers n’hésitent pas à parcourir les allées, sans cohue ni difficultés particulières, afin d’aller à la rencontre des joueurs. Dans les travées, on y trouve des stands de dédicace, où les “devs” peuvent signer des posters et échanger quelques mots avec les visiteurs.

Dans un couloir à l’écart des halls bondés, j’ai même remarqué une salle un peu particulière. Des gens venaient y rencontrer des développeurs pour des entretiens d’embauche. Portfolio sous le bras, ils ont quelques minutes en tête-à-tête avec un employé du studio pour leur montrer leurs travaux, et pourquoi pas attirer leur attention. Travailler sur Warcraft, Diablo ou StarCraft est un rêve pour beaucoup de fans, et il devient ici accessible.

Enfin, Blizzard profite de son salon pour rencontrer la presse, c’est-à-dire nous. J’ai ainsi pu passer un moment avec Nora Mills et Tim Jones, des développeurs de WoW Forever. J’ai également pu rencontrer Ion Hazzikostas ainsi que Holly Longdale, qu’on pourrait qualifier de papa et de maman du WoW moderne. Une interview à retrouver bientôt en vidéo.

Une touche de K-pop
Je dois vous l’avouer : je suis moi-même un fan de Blizzard depuis ma tendre enfance. L’un de mes premiers jeux a été Warcraft sur le PC familial et depuis, j’ai toujours suivi passionnément le studio, même dans ses moments difficiles. Par pudeur, je ne donnerai pas mon nombre d’heures sur World of Warcraft ou Diablo, mais il y en a eu beaucoup. Cela m’a sans doute permis d’apprécier cette BlizzCon plus que de raison.
Si la conférence d’ouverture, avec ses annonces fracassantes, est aussi dédiée au grand public (elle est retransmise en direct sur YouTube), le salon en lui-même est avant tout dédié aux fans. À ceux qui jouent passionnément aux titres du studio, qui adorent cet aspect communautaire, presque familial malgré le gigantisme de l’événement. Ils viennent des quatre coins du monde pour y assister et se rencontrer. L’entre-soi peut sonner comme un défaut, vu de l’extérieur, mais c’est justement cela qui fait de la BlizzCon un événement pas comme les autres. Cela n’empêche pas les petits nouveaux d’être accueillis à bras ouverts.

Dimanche 13 septembre, 18 heures. La BlizzCon touche à sa fin. Pour conclure en beauté, Blizzard organise un concert de K-pop sur la grande scène. Pas de hasard là-dedans, puisque le groupe Le Sserafim est partenaire d’Overwatch (il est même présent dans le jeu). Pour ma part, il est maintenant temps de rentrer à Paris, impatient de retourner sur World of Warcraft en attendant la sortie de Forever, prévue pour le 4 novembre. Mais avant de partir, Blizzard m’a confié que cette BlizzCon a battu tous les records en termes d’affluence, que ce soit sur place ou en streaming. Ne reste plus qu’à attendre les chiffres officiels. Bien qu’il soit dédié à un public de niche, il reste un événement ultra populaire.
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