Passer au contenu

Les missions spatiales prolongées pourraient affecter la santé des femmes astronautes : une découverte importante pour les futures bases lunaires

La conquête spatiale souffre d’un biais colossal : l’entièreté de ses programmes s’est bâtie sur la physiologie masculine, érigée à tort en norme universelle. Il a fallu attendre plus de soixante ans après le vol de Valentina Terechkova (première femme à être allée dans l’espace) pour que la médecine spatiale commence enfin à se pencher sérieusement sur l’impact de ce milieu extrême sur le microbiome vaginal. Mieux vaut tard que jamais.

Depuis que la NASA, l’ESA et leurs partenaires privés planifient sérieusement l’installation de bases lunaires habitées et des missions de longue durée vers Mars, un angle mort persiste dans les protocoles médicaux : quel impact subit l’organisme, et notamment la flore vaginale des femmes, lorsqu’il est soumis, à long terme, aux contraintes de ce milieu ? Microgravité, stress physiologique, perturbations circadiennes ou bombardement de rayonnements cosmiques… autant de facteurs environnementaux dont les effets sur la santé gynécologique restent à défricher.

Historiquement, la médecine spatiale s’est concentrée sur des sujets masculins, laissant des pans entiers de la biologie féminine dans une zone d’ombre scientifique. Une équipe de l’Université de Floride du Sud, menée par la chercheuse et gynécologue Begum Mathyk, a publié le 25 mai 2026 dans la revue Frontiers in Microbiology la toute première étude consacrée aux effets des conditions de vol spatial sur le microbiome vaginal. Un écosystème bactérien dont l’équilibre est primordial pour le système immunitaire des muqueuses, la protection contre les infections et la santé reproductive. Aujourd’hui, avec la multiplication des équipages mixtes, c’est une thématique impossible à laisser sur le bas-côté.

L’intimité des spationautes chamboulée par le zéro-G

Pour conduire leur expérience, l’équipe a convié quatre femmes en âge de procréer à embarquer à bord d’un Falcon-20 un bimoteur d’affaires fabriqué par Dassault Aviation, reconverti en laboratoire volant. L’appareil a enchaîné neuf paraboles au cours desquelles il montait en chandelle avant de basculer en arc balistique. Une manœuvre qui permet de simuler l’apesanteur, puisque, durant la phase de chute libre, les participantes étaient soumises à une vingtaine de secondes de microgravité quasi totale (0,0 G), encadrées par des phases d’hypergravité à environ 2 G.

Au total, les participantes ont encaissé 167 secondes en apesanteur et 387 secondes en hypergravité, soit suffisamment pour soumettre l’organisme à un stress gravitationnel comparable, en condensé, à celui des premières heures d’un vol orbital.

Des échantillons oraux et vaginaux, prélevés avant et après le vol, ont ensuite été analysés par séquençage métagénomique : une méthode qui permet de lire en vrac la totalité de l’ADN microbien contenu dans un prélèvement, sans cibler une espèce en particulier, afin d’identifier l’ensemble des bactéries présentes, leur abondance relative et leurs fonctions métaboliques.

Au total, 57,9 % des espèces bactériennes identifiées dans le microbiome vaginal ont subi des modifications significatives après le vol, contre seulement 2,54 % dans la flore buccale, preuve d’une réponse spécifique au site anatomique. Les populations se sont restructurées, avec une plus forte dominance des Lactobacillus (en particulier L. crispatus et L. jensenii), des bactéries qui, en temps normal, maintiennent l’acidité du milieu et protègent la muqueuse contre les agents pathogènes.

L’odyssée spatiale à l’épreuve des différences biologiques hommes-femmes

En apparence, voir ce genre de bactéries gagner du terrain pourrait être un signe positif, mais leur prolifération s’est produite au prix d’un appauvrissement de la diversité des autres populations bactériennes. L’écosystème des quatre femmes s’est donc resserré autour d’un genre dominant, perdant au passage la biodiversité fonctionnelle qui lui permet, en conditions normales, de s’adapter aux perturbations extérieures.

Le cortisol salivaire, indicateur hormonal que le corps produit sous l’effet du stress, a grimpé chez toutes. Les concentrations urinaires d’acides gras à chaîne courte (acétate, butyrate ou acide valérique) des molécules fabriquées par les bactéries et impliquées dans la régulation immunitaire, la protection des muqueuses et le métabolisme énergétique ont nettement reculé. Des résultats qui indiquent que leur organisme a subi un stress biologique aigu.

Certes, cette étude et sa portée restent exploratoires, principalement en raison de son protocole. La cohorte étudiée était très restreinte et les conditions du vol n’ont pas permis de les exposer aux radiations d’un réel séjour orbital. Begum Mathyk reconnaît qu’il faudra compléter ses travaux. Selon elle, il est nécessaire « d’entreprendre des études longitudinales et mécanistiques afin de déterminer la persistance, la portée clinique et les implications sanitaires de ces changements lors de missions de plus longue durée. » Pour la chercheuse, « il est indispensable de bâtir dès à présent notre socle de connaissances », qui, même en 2026, reste encore trop parcellaire concernant ce sujet. Le vide théorique, en l’occurrence, est presque aussi vaste que celui dans lequel de plus en plus de femmes seront envoyées : nos futures pionnières n’ont pas à essuyer des plâtres qui datent du siècle dernier.

  • Les missions spatiales prolongées impactent la santé des femmes astronautes, notamment leur microbiome vaginal, un sujet longtemps négligé.
  • Une étude récente révèle des changements significatifs dans la flore vaginale des participantes après une simulation de microgravité.
  • Il est urgent de mener des recherches supplémentaires pour mieux comprendre les effets de l’espace sur la santé gynécologique des femmes.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech