Le Parlement européen vient de repousser l’application de sa grande loi contre la déforestation importée. Ce texte était pourtant présenté comme l’un des piliers du Pacte vert, le vaste programme européen censé remettre l’environnement au cœur de toutes les politiques publiques.. Il impose, noir sur blanc, que les produits dits « à risque » (soja, cacao, caoutchouc, huile de palme, café, bois et viande bovine) ne puissent entrer sur le marché européen que s’ils sont garantis sans lien avec la destruction de forêts depuis 2020.
Au moment de passer à l’exécution, le Parlement a choisi de reculer et d’accorder un délai d’un an aux entreprises pour prouver l’origine exacte de leurs marchandises. Un report qui prouve bien qu’entre protéger les forêts et ménager les géants de l’industrie, Bruxelles a choisi son camp.
Le lobbying agroalimentaire, vainqueur du vote
Cette loi devait en théorie réduire la part de responsabilité européenne dans les 10 % de la déforestation mondiale provoquée par nos importations. Elle devait entrer en vigueur le 30 décembre 2026 pour les gros opérateurs et les grandes entreprises, et le 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises (PME).
Sous la pression de plusieurs États membres et d’une partie des industriels de l’agro-alimentaire, le Parlement a fait machine arrière. L’argument principal avancé étant qu’il fallait laisser du temps aux entreprises, afin qu’elles puissent s’adapter à ce changement. Un argument qui ne trompe personne : ce report sert avant tout à protéger les mauvais élèves de la filière.
Ce renoncement est d’autant plus scandaleux que plusieurs géants de l’agroindustrie (Nestlé, Ferrero, Olam Agri) ont soutenu la mesure et ont récemment alerté sur le risque que pouvait représenter un tel report sur la préservation des forêts. En retardant la loi, l’UE avantage ceux qui n’ont rien fait pour changer leur modèle économique et pénalise ceux qui ont investi dans des filières propres.
Les filières du cacao, du café ou de l’huile de palme assurent, pour certaines, qu’elles n’ont pas les moyens de remonter l’origine parcelle par parcelle. Elles invoquent des chaînes d’approvisionnement trop étendues et que les pays producteurs ne sont « pas prêts », comme si cela pouvait les exonérer d’agir. Les colosses industriels ne sont, eux, absolument pas à la peine : ils disposent déjà de systèmes suffisamment efficaces pour retracer leurs filières. Ce sont les plus petits, des acteurs moins transparents, qui, eux, prétendent ne pas pouvoir fournir les preuves exigées.
L’UE avait, pour une fois, un instrument puissant qui aurait pu remettre de l’ordre dans des filières opaques, forcer certains importateurs à se moderniser et à se mettre en conformité avec les exigences de la crise environnementale que nous traversons. Il a suffi de quelques acteurs un peu trop zélés pour qu’elle n’ose pas brandir sa nouvelle arme. Une frilosité insupportable, preuve qu’à Bruxelles, la détermination écologique s’évapore très rapidement, dès le premier froncement de sourcils des industriels ou de certains États.
- Le Parlement européen a décidé de retarder l’entrée en vigueur d’une régulation clé censée empêcher l’importation de produits liés à la destruction de forêts.
- Cette décision résulte surtout des pressions d’États et d’industries réticentes, alors même que les groupes déjà capables de garantir la traçabilité demandaient son application rapide.
- Ce délai profite largement aux acteurs les moins transparents et fragilise une mesure présentée comme centrale dans la politique écologique européenne.
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