Depuis aujourd’hui, 19 juin, l’Hexagone chauffe comme une plaque de cuisson qu’on aurait laissé allumée, la vague de chaleur frappe de plein fouet l’ouest du pays. Après le printemps brûlant que l’on a vécu, cela nous pendait au nez. Les températures dépassent les 30 °C sur une large partie du territoire, avec des pics attendus entre 35 et 38 °C d’ici samedi à Bordeaux, La Rochelle, Angoulême, ou même jusqu’à Brest.
Météo-France a donc placé 27 départements en vigilance jaune, notamment la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne et les Pays de la Loire. Même les nuits ne se rafraîchissent plus : dans plusieurs zones urbaines, le mercure ne redescend pas sous les 20 °C. Des seuils atteints aisément, sans que cela nous surprenne trop, comme l’année dernière (année la plus chaude jamais enregistrée), et l’année encore avant. C’est bien là le problème : on regarde le mercure grimper comme si on regardait passivement une horloge.
Chaud devant !
Le facteur déclenchant de cette vague de chaleur n’a rien de franchement exceptionnel, puisqu’elle est due à ce que l’on nomme, en météorologie, un « blocage en oméga ». Un anticyclone s’est formé à haute altitude, puis s’est retrouvé bloqué au-dessus de la France. Coincé entre deux dépressions situées à l’ouest (au large de l’Atlantique) et à l’est (vers la Méditerranée), ce blocage empêche tout brassage de l’atmosphère et fait stagner l’air chaud au-dessus de notre pays.
Pourquoi « oméga » ? En raison de la forme (Ω) que prennent les masses d’air sur les cartes isobares (lignes d’égale pression atmosphérique). L’anticyclone forme la « bosse » centrale de l’oméga, et les deux dépressions forment les « jambes » latérales.
L’air brûlant venu du sud de la péninsule ibérique est aspiré jusqu’à chez nous, où il finit par s’accumuler. Ce phénomène est donc connu et documenté, mais l’intensité thermique qu’il provoque actuellement est trop élevée par rapport aux normales saisonnières.

Le blocage en oméga existe en réalité depuis des dizaines, voire des centaines de millions d’années, donc son mécanisme reste identique. En revanche, la température de départ (celle de l’air en provenance du sud) est désormais bien plus élevé qu’il y a 20 ou 30 ans. C’est ici qu’on cesse de parler « météo » pour parler de « climat », et finalement de réchauffement climatique : la circulation atmosphérique ne s’emballe pas plus qu’avant, mais elle agit sur un système qui, lui, est déjà sous tension thermique.
Voilà les températures annoncées ce week-end, qui sont une preuve directe de la modification du contexte thermique national : 37 °C à Bordeaux, 34 °C à La Rochelle, 33 °C à Nantes, 32 °C à Tours, 30 °C à Brest. Des températures sous lesquelles on suffoque déjà, qui arrivent trop tôt dans l’année et dans des zones considérées comme tempérées.
Les nuits ne se rafraîchissent plus, que ce soit au centre du pays comme dans le centre, le mercure reste parfois bloqué au-dessus de 20 °C. Des nuits presque tropicales, qui ne concernaient il y a 20 ans que l’arc méditerranéen. Nous cochons ainsi déjà plusieurs cases de ce que l’on appelait encore récemment une « canicule » : chaleur persistante, humidité faible, nuits chaudes, seuils de vigilance atteints. La seule différence, c’est que l’on s’en étonne plus.
Mathieu Sorel, climatologue chez Météo-France, a expliqué auprès de nos confrères de Franceinfo : « [Cette vague de chaleur est] remarquable, mais pas inédite […]. Mais on note qu’il y a de plus en plus de vagues de chaleur, en France et dans le monde. Elles sont de plus en plus précoces, ou de plus en plus tardives, mais aussi de plus en plus longues et intenses ».
Le discours autour du climat souffre d’un trop-plein de superlatifs ; on s’attend à du spectaculaire, de l’extraordinaire : du 45 °C à Paris, des incendies ravageurs, des records de chaleur fracassés, etc. En réalité, le climat change plus vite que notre tolérance à ces épisodes qualifiés de « banals » par les experts ; nous jugeons acceptable ce qui était de l’ordre de l’inacceptable il y a encore quelques années. Alors oui, on peut toujours continuer à relativiser, c’est toujours plus simple que d’écouter les spécialistes qui nous avaient averti il y a de cela 30 ans.
- Une masse d’air chaud s’installe durablement sur la France, avec des températures élevées dès la mi-juin, notamment dans des régions habituellement tempérées.
- Le phénomène météo qui l’explique est classique, mais il agit désormais dans un climat plus chaud, ce qui amplifie son impact.
- Ce qui devait être exceptionnel devient fréquent, et notre seuil d’alerte collectif semble s’émousser à mesure que le climat se transforme.
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