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Ce que craignent vraiment les gens face à l’IA : une menace bien plus proche qu’on le pense

À trop crier au loup, on oublie les griffes déjà posées sur la réalité.

Des robots tueurs, L’IA qui prendrait le pouvoir et mènerait l’humanité à son extinction… Nous entendons assez régulièrement ces scénarios effrayants, mais ils détournent surtout l’attention des réels problèmes. Une étude de l’Université de Zurich (UZH) publiée en février vient rappeler que les véritables inquiétudes des citoyens n’ont rien d’hypothétique : elles sont concrètes, et directement liées aux usages de l’IA déjà en place.

Non, le spectre d’une IA autonome et hostile ne hante pas les consciences ; ce qui les ronge, c’est l’injustice programmée, l’opacité des décisions automatisées et la précarisation du travail, même si certaines études affirment l’inverse.

Ce que l’IA dérègle déjà : justice, emploi, vérité

Menée sur plus de 10 000 personnes au Royaume-Uni et aux États-Unis, l’étude distingue trois lignes de fracture. La première touche au droit : des algorithmes influencent des décisions judiciaires ou administratives sans transparence, avec des biais souvent hérités des données sur lesquelles ils s’entraînent.

La deuxième fracture est économique : l’automatisation aidée par IA n’est plus une projection d’un futur lointain, mais un processus déjà à l’œuvre dans de nombreux secteurs et entreprises (Amazon, Foxconn, Google, Meta). Pour les personnes interrogées, cette évolution menace des emplois existants, sans que les politiques publiques ne semblent préparer de réponse structurelle à la redistribution du travail ou à la transformation des compétences.

La troisième inquiétude, plus diffuse, touche au cœur de notre rapport au vrai. Les intelligences artificielles capables de produire du texte, de l’image (ChatGPT ou Gemini, par exemple) ou de la vidéo (Sora d’OpenAI) à la demande brouillent de plus en plus la frontière entre information fiable et contenu manipulé. Résultat : des récits fabriqués de toutes pièces circulent à toute vitesse, renforçant des sphères de désinformation devenues plus crédibles, plus virales, et donc plus dangereuses.

Des inquiétudes qui ne reposent donc aucunement sur des fantasmes ou sur un imaginaire dystopique maladroit, mais qui s’appuient sur ce que ces personnes vivent, constatent et subissent dans certains cas. « Nos résultats montrent que les participants s’inquiètent davantage des dérives actuelles que des risques lointains », affirme Fabrizio Gilard, Professeur au Département de Science Politique d’UZH.

Un débat piégé par la peur spectaculaire

Dans le débat public, les risques dits « existentiels » saturent l’espace de conversation : les scénarios de domination de l’IA ou d’extinction de l’humanité occupent souvent le devant de la scène. Une rhétorique qui n’a pas convaincu les participants de l’étude, dont les résultats confirment bien cette tendance. Même exposés à de tels récits, apocalyptiques par essence, les sondés ont conservé leur vigilance sur les problèmes tangibles et déjà existants.

« Notre étude montre que l’attention portée aux risques à long terme ne se fait pas automatiquement au détriment de celle portée aux problèmes actuels », confirme Emma Hoes, co-autrice de l’étude. Le vrai danger n’est pas tant les narratifs de science-fiction que l’on entend parfois au détour d’une conversation, mais de leur accorder plus d’attention qu’aux dérives actuelles.

On peut prêter une certaine maturité de perception aux 10 000 personnes interrogées, qui ne laissent pas hypnotiser par les récits hollywoodiens. Ce n’est pas l’ombre d’une hypothétique singularité technologique qu’elles redoutent, mais l’ordinaire d’une société où des décisions essentielles leur échappent déjà. Une succession de petites abdications normalisées, au profit de systèmes qui n’ont de compte à rendre à personne.

  • Une large enquête révèle que les inquiétudes liées à l’IA portent avant tout sur ses effets actuels : injustice, emploi menacé, confusion informationnelle.
  • Les scénarios catastrophistes sur un futur lointain détournent l’attention de ces problèmes concrets déjà observables dans la société.
  • Le public fait preuve de discernement : il craint moins une apocalypse imaginaire qu’une dépossession de leurs moyens, déjà entamée.

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