Si vous avez déjà eu l’impression de terminer la matinée avec le cerveau dans le brouillard, c’est peut-être parce que votre journée de travail ne vous appartient plus réellement. Microsoft vient de publier son Work Trend Index 2025, un rapport construit à partir de l’analyse de milliards de données issues de ses logiciels professionnels (Outlook, Teams, Word, Excel ou encore PowerPoint).
Ces données, anonymisées et agrégées à l’échelle mondiale (hors Union européenne), retracent l’enchaînement des e-mails, réunions, messages ou ouvertures de documents sur des millions de comptes actifs. En les recoupant, on comprend un peu mieux pourquoi rester concentré au travail est devenu, dans certains cas, quasiment impossible.
Concentration : mission impossible (ou presque) !
Avant même que le soleil soit levé, la journée de travail commence pour certains employés. Le rapport indique que 40 % des personnes qui sont en ligne à six heures du matin sont déjà en train de passer en revue leurs e-mails pour tenter de prendre de l’avance sur ce qui les attend dans la journée.
Selon les moyennes établies par la firme de Redmond, une personne reçoit quotidiennement 117 e-mails quotidiennement, accompagnés de 153 messages instantanés via Teams. Pendant les heures ouvrées, les salariés sont distraits toutes les deux minutes par leur environnement numérique, soit 275 fois par jour en moyenne.
Peut-on encore parler de « travail » au regard de ces données ? Finalement, ce que pointe le rapport du doigt ne relève pas d’une surcharge ponctuelle, ni même d’un déséquilibre entre tâches et ressources individuelles. Le portrait du salarié lambda brossé par Microsoft est quasiment celui d’un centre de traitements de notifications ambulant, soumis sans cesse à des micro-interruptions.
Les meilleures heures broyées par des réunions inutiles
Ce n’est pas parce que l’environnement de travail est saturé, que le cerveau s’adapte, bien au contraire. Il y a deux moments de la journée durant lesquels nous sommes censés être plus performants : la fin de matinée, et le début de soirée. C’est ici que l’attention est à son maximum et que la mémoire de travail est la plus efficace. Manque de chance, puisque ce n’est pas ici que l’on laisse tranquilles les employés.
Entre 9 h et 11 h, puis entre 13 h et 15 h, les réunions s’enchaînent. Selon le rapport, la moitié des rendez-vous professionnels sont concentrés sur ces créneaux, alors que ce sont les plages horaires les plus optimales pendant lesquelles la majorité des individus sont les mieux à même de se concentrer ou de structurer leur pensée.
Comme si cela ne suffisait pas, la messagerie instantanée atteint, elle aussi, son pic à 11 h : plus de la moitié (54 %) des utilisateurs y sont actifs simultanément. Réunions et messageries s’enchevêtrent donc aux pires moments, empêchant non seulement de s’acquitter de ses tâches, mais surtout de penser correctement.
On aurait pu imaginer un modèle qui respecte les rythmes cognitifs naturels, qui protège les moments de lucidité pour les tâches complexes, qui sanctuarise un peu de silence pour permettre l’émergence de la pensée. Mais non, on a préféré construire un environnement, qui, au contraire, représente tout l’inverse.
Et l’après-midi, on respire ou non ? Toujours pas ! L’activité sur Word, Excel ou PowerPoint augmente après le déjeuner, une preuve certaine que les salariés cherchent à se consacrer à du travail structuré : rédaction, analyse ou préparation de supports, par exemple. Mais cet effort est vite réduit à néant : les interruptions restent aussi fréquentes qu’en matinée.
Même les dix minutes précédant une réunion sont marquées par un affolement de dernière minute : les modifications de fichiers PowerPoint y augmentent de 122 %, signe qu’on peaufine à la hâte ce qui aurait dû l’être bien plus tôt.
Vient la fin de journée, la soirée, où la tempête peut enfin redescendre, tout du moins, en apparence. Pour beaucoup, ce n’est pas l’heure au relâchement, puisqu’ils ne coupent pas réellement avec leur journée. D’après les données compilées dans le rapport, près de 30 % des salariés se reconnectent à leur boîte mail autour de 22 h.
Un reflux qui se prolonge jusqu’au week-end pour une minorité de salariés, puisqu’une personne sur cinq traite ses e-mails dès le samedi matin. Le dimanche, tout s’éteint ? Pas pour tout le monde, car plus de 5 % replongent dans leurs messages, une fois le soir venu, à partir de 18 h.
« La vie fleurit par le travail » écrivait Arthur Rimbaud en 1873, dans son recueil Une saison en enfer. Plus de 150 ans plus tard, la floraison est en burn-out, éteinte sous une pluie de réunions stériles, de notifications qui grésillent et d’e-mails incessants. Pas sûr que Rimbaud aurait reconnu ce jardin, un peu trop arrosé et noyé jusqu’aux racines, où une personne sur trois, toujours selon le rapport de Microsoft, estime que le rythme de travail est devenu impossible à suivre.
- Microsoft observe que 40 % des utilisateurs actifs à 6 h consultent déjà leurs e-mails, et subissent en moyenne 275 interruptions par jour.
- Les pics naturels de concentration sont systématiquement occupés par des réunions et une activité maximale sur la messagerie.
- Près de 30 % des salariés se reconnectent le soir, et 1 sur 5 traite ses e-mails le week-end, selon les données compilées dans le Work Trend Index 2025.
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