C’est dans un trou boueux rempli d’eau de pluie que tout a commencé. Komba Johnbull et Andrew Saffea, deux adolescents de 16 ans, travaillaient comme “creuseurs” dans une mine de diamants près du village de Koyadu, en Sierra Leone.
Ces jeunes, marqués par des parcours difficiles – Saffea contrainte d’abandonner ses études faute d’argent, Johnbull portant les cicatrices familiales de la guerre civile – survivaient grâce à la générosité relative de leur employeur, le pasteur Emmanuel Momoh, qui leur fournissait nourriture et matériel en échange de leur labeur.
Le 13 mars 2017, Johnbull repère une pierre brillante dans l’eau. Sans expérience préalable dans l’identification des diamants, il ramasse ce qui s’avérera être le 13e plus gros diamant au monde. La suite aurait pu être un conte de fées moderne : le pasteur Momoh, propriétaire de la mine, choisit la voie de la légalité plutôt que le marché noir. Un accord est conclu pour une vente aux enchères dont les bénéfices seraient partagés entre les différents acteurs.
Les mirages de la fortune
La vente aux enchères rapporte 6,53 millions de dollars, soit environ 5,5 millions d’euros. Le partage semblait équitable sur le papier : 40% pour le pasteur Momoh, deux millions d’euros pour l’État, 1,3 million pour la région, et environ 300 000 euros pour les mineurs. Les deux adolescents reçoivent chacun 80 000 dollars, une somme colossale dans un pays où le revenu quotidien moyen est de 5 dollars.
Mais l’argent file rapidement entre leurs doigts inexpérimentés. Saffea rêve d’études au Canada et dépense une partie importante de sa fortune au Ghana, en confiant 15 000 dollars à un agent pour des frais de voyage qui n’aboutiront jamais. Aujourd’hui, elle dort dans une écurie à l’étranger, s’occupant de chevaux pour subsister. Johnbull, lui, a au moins réussi à acheter une maison à Freetown, mais reconnaît avoir gaspillé une grande partie de l’argent en vêtements et en étalage de richesse.
L’héritage du “diamant de la paix”
Le contraste est saisissant entre le destin des deux découvreurs et celui du pasteur Momoh, qui s’est construit une nouvelle vie confortable à Freetown, incluant une école près de sa résidence. Il affirme avoir redistribué un million de dollars à diverses causes, mais les promesses de développement pour le village de Koyadu – routes, électricité, eau potable – sont restées en grande partie lettre morte.
Le “diamant de la paix” qui devait symboliser une nouvelle ère pour la Sierra Leone illustre finalement la persistance des inégalités dans l’exploitation des ressources naturelles.
- Deux ados sierra-léonais découvrent un diamant de 709 carats vendu 6,53 millions de dollars
- Malgré leur part de 80 000 dollars chacun, ils finissent dans la précarité par manque d’accompagnement
- Le “diamant de la paix” n’a pas tenu ses promesses de développement local, illustrant les défis persistants de l’industrie diamantaire en Afrique
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.