L’étude en question, publiée dans le journal Environment International en mai 2024, s’est penchée sur les zones situées proches de plusieurs aéroports aux États-Unis. L’exposition au bruit assourdissant des avions est liée à une augmentation de l’indice de masse corporelle (IMC) chez certains individus. Au-delà de la simple nuisance sonore, le bruit aérien est donc un facteur de risque important dans le développement de certains problèmes de santé comme l’obésité ou le développement de maladies cardio-vasculaires. Un fait qui peut paraître étonnant au premier abord, mais qui s’avère finalement assez logique.
Lien entre bruit des avions et obésité
Une découverte des plus intrigantes a récemment été mise au jour par les chercheurs : les personnes exposées à un niveau sonore de 45 décibels ou plus présentent un IMC nettement supérieur. Pour situer ce seuil, un niveau de 45 décibels dépasse légèrement le bruit ambiant feutré d’une bibliothèque, établi à 40 décibels. Il reste toutefois inférieur à celui d’une conversation typique se déroulant au sein d’un foyer, avoisinant les 50 décibels.
L’étude, menée par Junenette Peters, professeure associée de santé environnementale à l’Université de Boston, a révélé qu’une exposition continue au bruit des avions, même à des niveaux aussi modestes que 45 décibels, est indubitablement liée à une augmentation de l’IMC chez les individus, particulièrement à partir de la trentaine et au-delà. La chercheuse explique avec justesse : « Dans notre monde moderne, le bruit est omniprésent et nos corps peuvent ne pas s’être adaptés à cette exposition constante. Le bruit influence les réponses au stress, ce qui peut déclencher une série d’événements conduisant à une augmentation de l’IMC et, par la suite, à des maladies ».
Cette exposition sonore constante pourrait ainsi influencer les réponses physiologiques au stress, notamment en augmentant les niveaux de cortisol, une hormone étroitement liée au stress.
Les avions, ennemis de votre sommeil
Le bruit aérien semble déclencher une série de réactions physiologiques et comportementales pouvant conduire non seulement à une augmentation de l’IMC, mais également à d’autres problèmes de santé. Les réponses au stress provoquées par ce bruit continu peuvent inclure des perturbations du sommeil, des changements indésirables dans les habitudes alimentaires ainsi qu’une réduction de l’activité physique.
Une étude antérieure menée par Peters en 2023 a démontré que le bruit des avions, même à des niveaux aussi modestes que 45 décibels, augmente drastiquement le risque de dormir moins de sept heures par nuit. Le manque de sommeil constitue en lui-même un facteur avéré de prise de poids et de développement de maladies métaboliques. Cette privation de sommeil est étroitement liée à divers problèmes de santé, y compris l’obésité, un phénomène en forte croissance à l’échelle mondiale.
Matthew Bozigar, ancien associé postdoctoral à l’École de santé publique de l’Université de Boston et actuellement professeur adjoint à l’Université d’État de l’Oregon, a également participé à ces recherches. Il note que des niveaux sonores de 45 décibels peuvent être distinctement perçus jusqu’à 35 km des grands aéroports, soulignant ainsi l’étendue alarmante de la problématique.
Inégalités environnementales et implications politiques
Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les niveaux de bruit provenant des avions ainsi que les indices de masse corporelle autodéclarés de près de 75 000 participants résidant aux alentours de 90 grands aéroports américains. Ces participants ont été sélectionnés à partir des Nurses’ Health Studies, des études prospectives d’envergure menées depuis les années 1970 et 1980.
Les résultats obtenus révèlent que les impacts sur la santé varient considérablement en fonction de la zone régionale dans laquelle résident les participants. Ainsi, ceux de la côte ouest ainsi que ceux vivant dans des climats arides semblaient davantage affectés, probablement en raison des caractéristiques singulières de l’urbanisation, du climat et des conditions des infrastructures résidentielles.
Peters et Bozigar soulignent donc l’importance d’aborder sous l’angle de la politique les injustices environnementales liées à l’exposition au bruit des transports. Les populations noires, hispaniques et à faible revenu sont bien souvent exposées de manière disproportionnée au vacarme des avions. Peters appelle ainsi à une éducation des résidents concernés et à un plaidoyer ferme auprès des législateurs afin que ceux-ci prennent pleinement en considération les implications sanitaires de cette réalité.
« De plus en plus de personnes demandent l’allocation de fonds fédéraux à l’Office de réduction et de contrôle du bruit de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), ce qui rétablirait l’autorité de l’EPA pour diriger les recherches et les activités de contrôle du bruit » explique Peters. Cela signifie que de plus en plus de personnes réclament que le gouvernement fédéral des États-Unis attribue davantage financements à cet organisme. Ceci dans le but de lui redonner les moyens d’étudier et de réguler les niveaux de bruit pour protéger la santé des populations.
Pour la chercheuse, un autre levier d’action existe. « Nous pouvons également envisager des efforts pour réduire le bruit produit par les avions ainsi que déterminer les lieux et horaires de leurs vols, et élargir les programmes de réduction du bruit, tout en tenant compte des considérations nationales et internationales concernant notre capacité à voyager et à acheminer des biens et des services » indique-t-elle. Les avions, en plus d’être fortement polluants, représentent donc bien un enjeu de santé publique, cette étude en est la preuve. Même si elle concerne une zone géographique spécifique, ses résultats sont tout aussi alarmants pour nous autres, résidents français.
- Une étude américaine vient d’établir un lien entre l’exposition au bruit des avions et l’augmentation de l’IMC et de l’obésité.
- Cette pollution sonore affecte aussi la qualité du sommeil, et donc le développement de maladies métaboliques.
- L’étude a révélé par ailleurs que les communautés les plus affectées par le bruit aérien étaient aussi celles les plus démunies.
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