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Cet homme a retrouvé l’usage de sa voix grâce à un implant fonctionnant avec l’IA

Redonner sa voix à une personne qui en avait perdu l’usage : une avancée spectaculaire permise grâce au travail faramineux de neurochirurgiens et de spécialistes en IA.

Pour la première fois, un homme bilingue, incapable d’articuler des mots, a pu communiquer dans ses deux langues grâce à un implant cérébral couplé à un système d’intelligence artificielle. Preuve que l’entreprise Neuralink n’est pas la seule entité capable de faire fonctionner des implants cérébraux. Cette prouesse technologique est porteuse d’espoir pour les personnes souffrant de mutisme.

L’implant, une fois implanté dans le cerveau du patient, capte les signaux électriques associés à son activité cérébrale lorsqu’il tente de parler. Ces signaux sont ensuite décodés par l’IA, qui les traduit en mots et phrases compréhensibles.

L’histoire de Pancho : un parcours remarquable

Pancho, c’est le nom de l’homme au cœur de cette avancée technologique extraordinaire. À l’âge de 20 ans, un accident vasculaire cérébral (AVC) a bouleversé sa vie, le laissant paralysé et incapable de parler distinctement. Ne pouvant qu’émettre des grognements et des gémissements, Pancho avait alors complètement perdu la capacité de communiquer avec le monde qui l’entourait.

Dans sa trentaine, une nouvelle lueur d’espoir lui est apparue. Pancho a croisé le chemin d’Edward Chang, un neurochirurgien de l’Université de Californie à San Francisco, passionné par le potentiel des interfaces cerveau-ordinateur (comme la puce N1 de Neuralink). Ensemble, ils ont décidé d’explorer les effets persistants de l’AVC sur le cerveau de Pancho. C’est en 2021 qu’une étude parue dans The New England Journal of Medecine a marqué un réel tournant dans la vie de ce dernier. Durant cette recherche, l’équipe du Dr Chang a implanté des électrodes sur son cortex cérébral, permettant d’enregistrer son activité neuronale avec une très grande précision.

Ces signaux électriques, autrefois incompréhensibles, ont été décodés par un système d’intelligence artificielle, transformés en mots et phrases affichés sur un écran. Pour la première fois depuis des années, Pancho a pu exprimer ses pensées et ses sentiments. Sa première phrase, « My family is outside », a été interprétée en anglais, langue qu’il a apprise après son AVC.

Mais pour Pancho, hispanophone de naissance, l’espagnol restait sa langue maternelle, celle qui évoquait des souvenirs profonds et indiquait un sentiment d’appartenance plus marqué. Comme l’explique Chang : « Les langues qu’une personne parle sont en réalité très liées à son identité […] C’est pourquoi notre objectif à long terme n’a jamais été simplement de remplacer des mots, mais de redonner aux gens leur capacité à communiquer ».

L’implant et l’IA : une puissante synergie

Pour restaurer les dispositions totales de communication de Pancho, une autre équipe scientifique s’est penchée sur son cas, menée par Alexander Silva, doctorant de Chang. Leur objectif : développer un système d’intelligence artificielle capable de déchiffrer le langage bilingue de Pancho, pour que celui-ci puisse s’exprimer aussi bien en anglais qu’en espagnol.

Pour y parvenir, l’équipe a mis au point une stratégie ingénieuse. Ils ont commencé par entraîner le système d’IA sur un ensemble de près de 200 mots que Pancho tentait de prononcer. Chaque mot prononcé générait un schéma neuronal distinct, enregistré par les électrodes implantées dans son cerveau. Le système d’IA, doté de deux modules distincts (un pour l’espagnol et un pour l’anglais) analysait ensuite les phrases que Pancho tentait de formuler. Chaque module sélectionnait le mot correspondant le mieux au schéma neuronal détecté, en tenant compte de la langue utilisée par Pancho.

Ensuite, les modules construisaient des phrases complètes en évaluant la probabilité de chaque mot qui allait suivre. Le résultat final, affiché également sur un écran, était la phrase ayant la plus haute probabilité d’être celle que Pancho souhaitait exprimer. Les résultats sont assez stupéfiants puisque cette approche hybride a permis aux modules de distinguer l’anglais de l’espagnol avec une précision remarquable de 88 %. Les phrases de Pancho, quant à elles, étaient décryptées avec un taux de réussite de 75 %. Par la suite, Pancho a enfin pu engager des conversations naturelles et non scriptées avec l’équipe de recherche, brisant le silence qui le contraignait depuis tant d’années.

L’histoire de Pancho est avant tout la preuve du potentiel immense des interfaces cerveau-ordinateur. Ce succès inédit est peut-être le premier d’une longue série et servira éventuellement d’exemple à d’autres études, redonnant ainsi l’espoir aux personnes souffrant de handicaps de la communication de regagner leur autonomie. Une véritable victoire de l’innovation scientifique et humaine et (peut-être) la promesse d’un avenir lointain où la communication orale ne sera jamais plus une barrière pour les individus. N’oublions pas que les transplantations cardiaques étaient perçues comme un obstacle insurmontable dans les années 1960 ; jusqu’en 1967, où la première fut réussie. Aujourd’hui, cette opération est relativement courante et des milliers ont lieu chaque année en France. Peut-être que l’implant de Pancho suivra la même trajectoire.

  • Pancho, un jeune homme, avait perdu l’usage de la parole à 20 ans à cause d’un AVC.
  • En 2021, on lui a posé un implant cérébral pour pouvoir retranscrire ce qu’il souhaitait dire en anglais.
  • Plus tard, une équipe a développé un système d’IA afin de lui redonner entièrement la parole dans les deux langues qu’il maîtrisait : l’anglais et l’espagnol.

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