Pékin accélère son programme spatial puisque la Chine a procédé à deux lancements orbitaux en moins de 24 h, dont celui d’un mystérieux satellite de la série Yaogan. Officiellement, il servirait à la recherche scientifique et à la prévention des catastrophes, mais pour bon nombre d’observateurs, ces engins seraient conçus pour une toute autre mission : la reconnaissance militaire.
Yaogan-45 : satellite scientifique ou sentinelle militaire ?
Le 9 septembre à 4 h 00 du matin (heure française) une fusée Longue Marche 7A a décollé du centre spatial de Wenchang, sur l’île de Hainan. À son bord, ne se trouvait qu’un seul passager : Yaogan-45. Son constructeur, la Shanghai Academy of Spaceflight Technology (SAST), filiale de la société publique China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), a présenté l’engin comme étant « principalement utilisé pour des expériences scientifiques, des études sur les ressources terrestres, des estimations de rendement agricole, et des actions de prévention et de secours en cas de catastrophe ».
Un discours officiel qui n’a guère convaincu tous les analystes. Depuis leur apparition en 2006, les satellites de la série Yaogan sont considérés, du point de vue occidental, comme la façade civile d’un programme de reconnaissance militaire. Ils couvriraient différents domaines : observation optique, radar à synthèse d’ouverture (RSO) et collecte de signaux électroniques. Autant de technologies qui semblent davantage orientées vers le renseignement, même si Pékin a toujours nié qu’ils étaient destinés à un tel usage.
Normalement, le modèle de fusée qui a mis en orbite Yaogan-45 est plutôt utilisée pour placer des satellites en orbite de transfert géostationnaire ; une trajectoire elliptique qui permet ensuite de rejoindre l’orbite géostationnaire à 36 000 km d’altitude. Ce lanceur sert d’ordinaire à déployer des engins de communication ou de météo, et non à envoyer des satellites de reconnaissance dans une orbite moyenne comme c’est le cas ici.
La Longue Marche 7A a, pour l’occasion, été adaptée afin d’effectuer un vol vers une orbite moyenne, une première pour ce lanceur, selon la CASC. L’entreprise affirme avoir renforcé la structure des réservoirs et multiplié les séquences d’allumage des moteurs afin de porter la capacité d’emport en orbite moyenne de 7 à 8 tonnes. Il est donc normal que ce type de modification, qui accroît la polyvalence du lanceur, alimente naturellement les spéculations sur une potentielle utilisation à des fins militaires.
Dernier aspect pouvant mettre la puce à l’oreille : après son lancement, Yaogan-45 a rejoint Yaogan-41, envoyé en orbite en décembre 2023, parmi les rares membres de la série stationnés au-dessus de l’orbite basse. Lorsqu’il est positionné plus haut, un satellite élargit sa zone de couverture et augmente son temps de survol, même si la précision de ses images s’en trouve réduite.
Un compromis technique qui a déjà été privilégié par d’autres puissances spatiales pour surveiller certaines « zones d’intérêt », comme des routes maritimes ou des frontières sensibles. Une configuration qui ne peut qu’attirer l’attention des observateurs étrangers, habitués à voir ce type d’orbite associé à des usages militaires.
Qualifier Yaogan-45 de « satellite espion » serait trop réducteur, tout comme le considérer uniquement comme un simple outil à usage purement civil. Dans sa conquête de l’espace, la Chine avance sur plusieurs fronts en même temps : développer ses capacités de surveillance, renforcer son industrie privée, ce qui ne l’empêche pas de mener de réels projets scientifiques comme la mission Tianwen-2. Doit-on pour autant s’inquiéter de ce nouveau lancement ? D’un point de vue scientifique, il n’y a pas matière à s’alarmer, de nombreux satellites européens ou américains orbitent dans le cadre de missions civiles et militaires. Ici, ce qui pose problème, c’est le manque de transparence entretenu volontairement par Pékin, ce qui, en soi, est déjà une doctrine géopolitique : dire très peu, pour laisser penser beaucoup.
- La Chine a lancé deux fusées en moins d’une journée, dont une transportant un satellite Yaogan à la fonction officiellement civile mais perçue comme ambiguë.
- Les choix techniques du lancement et l’orbite visée renforcent les soupçons d’un usage de surveillance stratégique.
- Plus que l’engin lui-même, c’est le manque de clarté volontaire de Pékin qui alimente la méfiance internationale.
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