« Un petit carré de chocolat noir le soir, c’est bon pour la santé » : une idée assez largement répandue, cet aliment étant effectivement une source de bons minéraux (magnésium, fer, cuivre et manganèse), en flavonols (de puissants antioxydants) et en fibres. Affirmation qu’il convient toutefois de nuancer ; le chocolat est naturellement assez gras et celui vendu dans le commerce fait généralement l’objet d’ajout de sucre, une substance nocive à l’excès et fortement addictive.
Cette semaine, le chocolat a été mis sous les feux des projecteurs pour des raisons bien moins reluisantes par l’UFC-Que Choisir. L’association a fait remonter l’avertissement d’une lettre ouverte publiée au mois de juin par les Unions régionales des médecins libéraux : le cacao contenu dans le chocolat concentre trop fortement du cadmium (Cd), un métal lourd considéré comme fortement cancérogène pour l’homme, reprotoxique (dangereux pour la reproduction) et potentiellement mutagène (propice à provoquer des mutations de l’ADN). Après le riz contaminé par l’arsenic, voilà une information dont on se serait volontiers passés.
Chocolat et cadmium : un futur scandale sanitaire ?
Comment se fait-il que du cadmium puisse se retrouver dans le chocolat ? Lorsque que le cacaoyer (Theobroma cacao) croît en pleine terre pour nous donner ses fèves de cacao, il absorbe ce métal, naturellement présent dans la croûte terrestre : c’est ce qu’on appelle la bioaccumulation. Le problème, c’est qu’il est aujourd’hui présent en trop grandes quantités dans les lieux de culture.
Cette abondance anormale s’explique par l’usage excessif d’engrais phosphatés, importés du Maroc, très riches en cadmium. En France, nous sommes en première ligne de cette contamination, puisque selon les termes de l’UFC-Que Choisir : « Elle est 3 fois supérieure à celle des adultes américains et plus de 2 fois à celle des adultes italiens. Chez les enfants, la comparaison avec les pays similaires est très défavorable : 4 fois supérieure à celle des enfants américains ou allemands par exemple ».
Le chocolat noir est le plus concerné par cette contamination, car il est plus riche en cacao que le chocolat au lait. Plus cette teneur est élevée, plus la quantité de cadmium grimpe. Or, c’est justement le chocolat noir qui est souvent mis en avant par les discours marketing, qui l’ont presque popularisé comme un « aliment santé ».
Le cadmium, un poison à effet lent
Si le cadmium inquiète autant les médecins, ce n’est pas pour son potentiel d’intoxication aiguë (immédiate), mais parce qu’il est un toxique à accumulation ; il agit sur le long terme. Une fois ingéré, l’organisme ne l’élimine quasiment pas : il se concentre lentement dans les reins, le pancréas, les poumons et le foie pendant des décennies.
C’est ensuite que viennent les plus graves problèmes : il fragilise les os, favorise les maladies cardiovasculaires et pourrait jouer un rôle majeur dans l’explosion récente des cancers du pancréas en France.
Les enfants sont particulièrement vulnérables ; ils sont plus légers que les adultes, leur métabolisme est encore en pleine croissance et tendent à consommer plus de chocolat. Selon l’UFC-Que Choisir, un simple petit-déjeuner composé d’une tasse de chocolat chaud, de céréales chocolatées et biscuits fourrés suffit à couvrir la moitié de la dose maximale tolérable pour un enfant de 30 kilos.
Ce n’est pas pour autant que les adultes ne sont pas concernés, puisque dans l’Hexagone, nous sommes 47 % à dépasser le seuil d’exposition au cadmium.
Cerise sur ce gâteau nauséabond : on retrouve du cadmium en trop grandes quantités dans tout ce qui fait la base de notre alimentation. Le pain, les céréales, les pommes de terre… Des aliments aussi fortement dépendants des engrais phosphatés ; nous payons donc très cher nos mauvais choix agricoles. Abaisser les seuils réglementaires dans les produits finis serait un pansement sur une jambe de bois, il faut s’attaquer à la source ; ces engrais bon marché et très toxiques ; sinon, le problème restera entier. C’est d’ailleurs ce qu’ont recommandé les médecins dans leur lettre ouverte. Il faut arrêter d’empoisonner les sols si l’on veut un jour cesser d’empoisonner nos organismes, c’est aussi simple que ça. Même si cela ne plairait certainement pas au vendeur du poison en question : le Groupe OCP, entreprise marocaine, qui règne en maître absolu sur les exportations mondiales d’engrais phosphatés.
- Le cacao concentre naturellement un métal toxique, le cadmium, dont la présence est amplifiée par l’usage d’engrais phosphatés importés, ce qui rend le chocolat (surtout noir) particulièrement concerné.
- Cette substance s’accumule dans l’organisme sur plusieurs décennies et augmente le risque de maladies graves, avec une exposition plus forte en France que dans d’autres pays comparables.
- Le problème dépasse le chocolat : il touche la base de l’alimentation et ne pourra être résolu qu’en agissant directement sur les pratiques agricoles et les engrais utilisés.
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