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Comment cette petite île du Pacifique s’enrichit grâce à Twitch

Le streaming n’a pas fait seulement la fortune de quelques nababs américains des séries TV par internet. Un petit état perdu dans le Pacifique profite aussi largement de la manne, d’une façon plutôt inattendue.

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Tuvalu
© Lily-Anne Homasi/DFAT

Quand l’argent vient là où on ne l’attendait pas…

Située à mi-chemin entre Hawaii et l’Australie, Tuvalu est une chaîne d’atolls coralliens et d’îles de récifs qui héberge une population d’environ 11 000 habitants. L’île capitale de Tuvalu, Funafuti, est un croissant de corail de dix-huit kilomètres entourant un lagon de cent soixante-dix kilomètres carrés. Il y a un aéroport, une banque, un hôpital et une route qui s’étend sur toute la longueur de l’atoll.

En 1995, Stephen Boland travaille comme planificateur macroéconomique pour le micro-état du Pacifique, Tuvalu, lorsque le télécopieur s’active. Sur son papier thermique, il imprime un message qui va se transformer en billet de loterie gagnant.

Le message ? Une dépêche informant Tuvalu qu’on lui avait attribué un domaine de premier niveau de code de pays – la chaîne de caractères à la fin d’une URL, comme .com ou .org – pour ses adresses Internet. Le domaine de Tuvalu se trouvait être « .tv », l’extension mondiale réservée aux sites internet du secteur de l’info-divertissement.

Près de vingt-cinq ans plus tard, alors que la pleine puissance d’Internet reste relativement inconnue pour beaucoup de gens sur l’île, son évolution a fait du domaine .tv de Tuvalu l’une de ses ressources les plus précieuses du petit pays. Grâce à l’essor des programmes et notamment du jeu en streaming, Tuvalu gagne environ un douzième de son produit national brut annuel en concédant des licences de son domaine à des géants de la technologie comme la plateforme de streaming Twitch par l’intermédiaire de la société Verisign basée en Virginie. Or, en 2021, lorsque le contrat de Tuvalu avec Verisign arrivera à expiration, ce pourcentage devrait augmenter considérablement. Jusqu’à peut-être outrepasser la part des revenus de licences liés aux droits de pêche territoriaux. Avec la montée en puissance des sites utilisant le .tv, les revenus rapportés par le domaine de Tuvalu sur le web pourrait bien supplanter ceux de ses mers.

Le .tv plus juteux que la pêche

Selon Seve Paeniu, le ministre des Finances de Tuvalu, « l’extension tv a fourni un revenu certain. Ce qui permet au gouvernement de fournir des services essentiels à sa population en assurant la scolarisation et l’éducation des enfants, en fournissant des services médicaux à notre population, et aussi en améliorant l’infrastructure économique de base et la prestation de services à nos communautés ».

Pour monétiser le .tv, le gouvernement de Tuvalu a négocié une série d’accords permettant aux entreprises étrangères de commercialiser le domaine de premier niveau à des fins commerciales. Dans le cadre de l’accord actuel, signé en 2011, la société d’infrastructure réseau Verisign, basée en Virginie, verse à Tuvalu environ cinq millions de dollars par an pour le droit d’administrer le domaine .tv. Pour un pays dont les revenus annuels nationaux tendent à avoisiner les soixante millions de dollars, il s’agit d’un avantage substantiel.

L’accord avec Verisign expire en 2021, ce qui ouvre la porte à une renégociation entre Tuvalu et Verisign. La valeur perçue du .tv étant soutenue par le succès de Twitch.tv et d’autres plateformes – grâce à une augmentation soutenue et substantielle de l’Esport et de la diffusion de jeux vidéo en continu – une mise à jour de l’accord pourrait être une aubaine pour Tuvalu.

Le domaine .tv a également été un atout utile pour Verisign. En tant que registre, Verisign est essentiellement un grossiste de noms de domaine. Il crée des extensions de noms de domaine, fixe les règles pour ces noms de domaine et accrédite des détaillants – des bureaux d’enregistrement tels que GoDaddy ou Dynadot – pour vendre des enregistrements de noms de domaine directement aux consommateurs. Verisign n’a pas rendu public le nombre exact d’URLs .tv enregistrées. DomainTools répertorie 500 700 sites .tv, tandis que Domain Name Stat fixe le nombre à 470 102. Ces deux chiffres sont, au mieux, des estimations basées sur un décompte des sites visibles plutôt que sur le nombre total de domaines enregistrés.

Il faut dire que ce type d’extension « exotique » est souvent plus chère qu’un simple « .com ». S’il faut compter quelques euros par an pour exploiter un mondomaine.com, des extensions comme « .tv » se négocient plutôt aux alentours de 25 à plus de 50 euros par an selon le registrar.

Une bonne affaire pour les entreprises de ce secteur, qui vivent généralement assez confortablement sur un revenu récurrent et automatique nécessitant peu de personnel ni d’infrastructures. À titre d’exemple, en 2018, l’exploitation du registre des domaines de Verisign a rapporté au total 1,21 milliard de dollars. Certains particuliers ou entrepreneurs indépendants se sont même faits une spécialité assez juteuse du négoce de noms de domaine.

Négociation serrée en vue

À l’approche de la renégociation, les dirigeants économiques de l’ile ont surveillé de près la valeur perçue du .tv alors que les chiffres relatifs au streaming ont grimpé en flèche. Selon Twitch Tracker, le nombre moyen de téléspectateurs simultanés de Twitch a augmenté de 1 580 % (de 77 798 à 1 229 122) entre septembre 2012 et décembre 2019. En 2012, il y avait 3 386 chaînes partenaires sur Twitch ; il y en a maintenant plus de 27 000. D’autre part, Cisco prévoyait en 2017 que la vidéo en ligne représenterait 82 % de tout le trafic Web d’ici 2021, date à laquelle la renégociation de .tv est prévue. Si Tuvalu n’obtient pas une offre qu’il juge équitable, le pays pourrait choisir de concéder le domaine .tv à l’un des concurrents de Verisign, faisant ainsi monter les enchères.

Une manne qui pourrait encore augmenter

D’ailleurs, Twitch est de loin le site .tv le plus connu, et le seul à être classé dans le top 50 d’Alexa. Même si sa popularité devait atteindre un palier, la manne pourrait bien continuer à augmenter, car beaucoup de ses concurrents ont enregistré leur propre nom de domaine en .tv. DisneyPlus.tv redirige les utilisateurs vers le site principal de Disney, et il en va de même pour Netflix.tv, Hulu.tv, YouTube.tv et Amazon.tv.

De quoi faire encore un peu monter la valeur de l’extension .tv, d’autant que contrairement à ce qui était annoncé il y a quelques années, l’archipel ne serait finalement pas voué à disparaître de sitôt.

Twitch
Par : Twitch Interactive, Inc
4.6 / 5
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