Mistral AI, H Company, Dust… Ces derniers mois, la France a vu émerger des jeunes pousses avec de grandes ambitions dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA) générative. Un écosystème en pleine ébullition, à tel point que l’Hexagone est aujourd’hui considéré comme l’un des champions de l’IA au sein de l’Union européenne (UE). Quelles sont les raisons pouvant expliquer cette tendance ?
Une politique propice à l’écosystème de l’IA
C’était le mot d’ordre d’Emmanuel Macron avant son arrivée au pouvoir : bâtir une « start-up nation ». Depuis 2017, le président de la République et ses différents gouvernements ont déployé diverses initiatives visant à stimuler le paysage entrepreneurial français, notamment dans le secteur de l’IA.
Dès 2018, une stratégie nationale pour l’IA est mise en place, avec un investissement initial de 1,5 milliard d’euros pour renforcer les capacités de recherche et de développement. Une stratégie qui s’inscrit désormais dans le plan France 2030, qui alloue près de 2,5 milliards d’euros à l’IA.
Mais les bases étaient posées dès 2013, avec la mise en place de la mission French Tech. Son objectif : soutenir la structuration et la croissance de l’écosystème des start-up tricolores, en France et à l’international. « Cela a beaucoup dynamisé l’envie d’entreprendre, de créer des start-up et notamment dans le domaine de l’IA », commente Nosing Doeuk, directeur du pôle Data/IA, Cybersécurité et UX chez le cabinet de conseil mc2i.
La spécificité française
Le système éducatif français, s’il n’est pas parfait, a aussi pesé dans la balance. Garantissant un accès gratuit et de qualité, il donne l’accès à des institutions d’enseignement supérieur réputées, particulièrement dans l’ingénierie numérique ou le commerce, souligne l’analyste. De même, l’injection de fonds publics dans la recherche, spécifiquement dans le domaine de l’IA, a favorisé des rapprochements entre le monde de l’entreprise et celui de l’innovation académique.
« À la différence de la recherche dans les domaines plus fondamentaux comme la physique ou la chimie, les investissements dans le réseau de recherche de l’IA lui a permis de se rapprocher aussi des entreprises en créant par exemple des chaires », continue-t-il. Ces programmes de recherche sont établis en partenariat entre une institution académique et une ou plusieurs entreprises. Ils établissent un pont entre la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur, favorisant le développement d’applications concrètes.
Déjà dotés d’une expérience robuste, les étudiants émergeant de ce type de programmes sont forcément plus déterminés à entreprendre. D’ailleurs, l’expert note une spécificité française : en général, les start-up d’IA sont fondées par de grands ingénieurs, qui s’entourent pour monter leur boîte. Aux États-Unis, par exemple, la dynamique est souvent inverse avec « des entrepreneurs dans l’âme » qui sont ensuite rejoints par des chercheurs chevronnés.
Résultat, une flopée de start-up d’IA prometteuses voient le jour au sein de l’Hexagone. La plus connue, Mistral AI, est déjà valorisée à 6 milliards d’euros. En mai, H Company levait 220 millions d’euros, tandis que Dust a récemment bouclé un tour de table à hauteur de 16 millions d’euros avec l’objectif de « devenir la plateforme la plus puissante pour les équipes qui évoluent rapidement et qui souhaitent améliorer leur travail grâce à des assistants IA utilisables », selon un communiqué de presse. Avant elles, il y avait déjà Hugging Face, connue pour ses bibliothèques open source et ses modèles de traitement de langage naturel.
La nécessité des financements étrangers
Les jeunes pousses tricolores sont présentes et affichent des performances solides, mais peuvent-elles rivaliser à l’international ? Si l’amorçage des start-up se déroule parfaitement bien en France, les choses se compliquent lorsque le besoin en fonds est décuplé. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’une société souhaite passer à l’échelle. « Ces gros financements ne sont pas ici », remarque Nosing Doeuk. « Il faut des investisseurs capables d’injecter plusieurs dizaines de millions, voire des centaines de millions dans certains cas », continue-t-il.
La participation de Microsoft dans un tour de table pour financer Mistral AI illustre parfaitement cette nécessité. « Si vous voulez concourir, c’est une question d’argent à un moment donné », assure l’analyste. Mais ce n’est pas tout. Les États-Unis, entre autres, possèdent un avantage considérable : les infrastructures en mesure de produire la puissance de calcul nécessaire au bon fonctionnement des IA. Car la technologie est extrêmement énergivore et coûteuse.
Autre atout majeur pour la première puissance mondiale : l’accès aux données personnelles. « Pour une société comme Mistral, vous avez besoin de ces deux éléments. La puissance de calcul et les données pour entraîner les modèles. Aujourd’hui, c’est aux États-Unis que ça se passe », analyse l’expert.
Malgré les limites actuelles, l’essor de la filière IA en France promet des retombées positives pour l’ensemble de l’industrie technologique. Les innovations issues de ce secteur ont le potentiel de révolutionner de multiples domaines, allant de la santé à l’industrie manufacturière. Une telle synergie aiderait les entreprises françaises à renforcer leur compétitivité sur la scène internationale.
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