La peur. Cette émotion viscérale qui nous glace le sang, fait battre notre cœur à tout rompre et nous prépare à fuir ou à combattre. Mais comment notre cerveau parvient-il à ne pas rester prisonnier de cette réaction primitive ? C’est la question à laquelle une équipe de chercheurs vient d’apporter un début de réponse, en identifiant chez la souris un véritable « frein neuronal » à la peur. Les résultats de leurs recherches ont été publiés le 5 août dans la revue de biologie Cell Reports.
L’amygdale, ce gendarme inattendu de nos émotions
Au cœur de cette découverte se niche l’amygdale, une structure cérébrale longtemps considérée comme le siège de nos peurs. Mais voilà qu’elle révèle une nouvelle facette de sa personnalité. Le Dr Wen-Hsien Hou et ses collègues de l’Université Yang Ming Chiao Tung (NYCU) ont découvert un groupe de cellules nerveuses jouant les trouble-fête dans le grand bal de la peur.
Imaginez des souris de laboratoire, conditionnées à associer un son à un désagréable choc électrique. Lorsque nos rongeurs entendent de nouveau ce son fatidique, un groupe de neurones spécifique s’éveille dans leur amygdale. Toutefois, contre toute attente, ces cellules ne sont pas là pour sonner l’alarme.
Bien au contraire ! « Lorsque ces cellules nerveuses spécifiques étaient inhibées [NDLR : cellule dont l’activité normale est bloquée ou ralentie], les souris restaient figées plus longtemps en anticipation d’un choc électrique », explique le Dr Hou. En d’autres termes, sans ces neurones pacificateurs, nos petits amis à moustaches tremblaient de peur bien plus longtemps que nécessaire.
GABA vs Glutamate : le duel des neurotransmetteurs
Ce qui rend cette découverte particulièrement piquante, c’est la nature même de ce circuit neuronal. Alors que la plupart des circuits de la mémoire fonctionnent grâce au glutamate, un neurotransmetteur excitateur stimulant généralement l’activité des neurones, notre « frein à la peur » préfère le GABA (acide gamma-aminobutyrique), un neurotransmetteur aux effets plus apaisants.
Le Dr Cheng-Chang Lien, neurophysiologiste à la NYCU, résume cet état de fait ainsi : « Ces cellules agissent comme des freins, empêchant des réactions excessives à la peur ». On pourrait les comparer à un sage barman qui, voyant un client trop agité, déciderait de couper son café avec un peu d’eau afin de calmer ses ardeurs.
De la souris à l’homme : un saut de géant pour la science
Bien sûr, entre le cerveau d’une souris et celui d’un humain, il y a plus qu’un simple changement d’échelle. Nos similitudes sont nombreuses, mais les différences le sont tout autant. Le chemin est encore long avant de pouvoir affirmer que nous possédons, nous aussi, ce mécanisme de régulation de la peur.
Pourtant, cette découverte fait souffler un vent d’espoir dans le monde de la recherche sur les troubles anxieux et le stress post-traumatique (PTSD). Si un circuit équivalent était identifié chez l’homme, cela pourrait bien bouleverser notre compréhension et notre approche de ces troubles. Imaginez pouvoir un jour « régler » ce frein neuronal chez des personnes souffrant d’anxiété chronique ou revivant sans cesse un traumatisme. Ce serait un progrès phénoménal d’un point de vue thérapeutique.
L’identification de ce « frein à la peur » chez la souris n’est qu’une première étape. Mais quelle étape ! Elle nous rappelle que notre cerveau, loin d’être une simple machine à avoir peur, possède des mécanismes sophistiqués pour réguler nos émotions. Une véritable leçon d’humilité face à la complexité de cet organe qui ne cessera peut-être jamais de nous surprendre. Alors que la recherche se poursuit sans relâche dans le domaine des neurosciences, une chose est sûre : nous n’avons pas fini d’explorer les recoins obscurs de notre cerveau.
- Des chercheurs ont identifié un groupe de neurones dans l’amygdale des souris qui agit comme un « frein à la peur ».
- Contrairement aux circuits habituels de la mémoire, ce mécanisme utilise le neurotransmetteur GABA.
- Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour le traitement des troubles anxieux et du stress post-traumatique chez l’homme.
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Ce qui complique énormément les choses chez l’être humain c’est sa capacité d’abstraction, cette capacité d’avoir conscience de lui-même.
La peur et la peur d’avoir peur, ces deux craintes ne procèdent vraisemblablement pas d’une même source. Avoir failli dans des circonstances lesquelles, lorsque simplement évoquées, nous inspirent la peur d’échouer quand bien même n’y sommes nous plus confronté. Processus réversible pour peu que cette anticipation dévastatrice devienne salvatrice si contrôlée en tant que vecteur : un self-control élaboré en somme. Cette conscience de nous-mêmes peut être un formidable tremplin pour nous dépasser, et nos craintes et ce que nous pensons être nos limites. En somme, tout se passe dans le cerveau, le contrôler c’est prendre l’ascendant sur un processus biologique par le fait d’une volonté qui lui serait externe et dont je ne parviens toujours pas à comprendre le siège. Car enfin, entendre prononcer “Je me suis surpris à … ” laisse songeur, n’est-ce pas ? Un moi en aurait surpris un autre? Pareillement, un moi intimerait l’ordre à un autre moi de ne pas avoir peur, un moi persuaderait un autre moi qu’il peut, qu’il va réussir ?
Heureusement que nous ne sommes pas trois.