Conçu par l’ingénieur soviétique Alekseï Pajitnov en 1984, le jeu Tetris fut un pilier des jeux d’arcade modernes et il est encore joué par de nombreuses personnes à travers le monde. Une interface simple, un principe qui l’est tout autant et des blocs colorés qui ont su conquérir le cœur de nombreux joueurs sur plusieurs décennies. Toutefois, il s’avère que son potentiel n’est pas uniquement ludique.
En 2009 déjà, des chercheurs d’Oxford se sont penchés sur ce jeu et ont publié cette étude, menée par Emily A. Holmes. Celle-ci a prouvé que jouer à Tetris perturberait la capacité du cerveau à mémoriser des informations et concourrait à réduire les effets négatifs des traumatismes. Ce petit jeu pourrait alors réduire les intrusions visuelles qui adviennent après des événements traumatisants et pourrait offrir une solution thérapeutique alternative intéressante dans le soin du syndrome de stress post-traumatique (PTSD).
Le PTSD est défini par John W. Barnhill dans MSD Manuals comme « un trouble invalidant qui se développe après une exposition à un événement traumatique. Il est caractérisé par des pensées intrusives, des cauchemars et des flash-backs; l’évitement des rappels du traumatisme ; une cognition et des humeurs négatives ; une hypervigilance et des troubles du sommeil ».
Le processus de « vaccination cognitive »
L’étude de 2009 a démontré que l’utilisation de Tetris en tant qu’outil thérapeutique repose en partie sur sa capacité à surcharger le système de mémoire visuelle du cerveau. Cela occuperait alors suffisamment ce dernier pour interférer avec la façon dont les souvenirs traumatisants sont normalement enregistrés.
En surchargeant ce système, la formation des souvenirs intrusifs se retrouve donc perturbée. Potentiellement, la fréquence ou l’intensité des souvenirs involontaires du trauma pouvant survenir brusquement chez une personne atteinte de PTSD pourraient ainsi réduire.
Ce processus, baptisé « vaccination cognitive » par les chercheurs responsables de l’étude, se déclencherait si la personne exposée à un événement traumatique est en mesure de jouer à Tetris dans un laps de temps assez court après celui-ci. La fenêtre idéale serait de six heures environ. Cette première étude a ouvert la voie à d’autres recherches, plus approfondies.
Études et observations
Une revue de 2017 (Visuospatial game in PTSD symptoms alleviation: intervention overview and clinical studies results) a rassemblé plusieurs études cliniques ayant étendu l’analyse à des situations réelles. Celles-ci incluaient des participants qui avaient vécu des événements traumatisants (guerre, accidents de la route, etc.) et ont conclu que Tetris semblait effectivement réduire la fréquence des intrusions chez les personnes affectées, ce qui corrobore la première étude de 2009.
Ces études sont encourageantes, mais limitées en raison de leur petite taille d’échantillon et leur environnement d’exécution hautement contrôlé. Généralement, elles se sont déroulées dans des espaces où toutes les variables pouvaient être soigneusement maîtrisées.
Dans l’idéal, elles demanderaient à être approfondies et répétées dans des contextes plus variés et sur des plus longues périodes pour confirmer ces résultats. Il faudrait également déterminer comment intégrer efficacement Tetris ou des interventions similaires dans un cadre thérapeutique plus large, et comment elles pourraient interagir avec d’autres formes de traitement psychologique.
Un outil parmi d’autres dans la lutte contre le PTSD
Le potentiel de Tetris dans un cadre thérapeutique est bel et bien présent, mais il n’est en aucun cas une panacée. S’il semble utile pour diminuer les intrusions néfastes, il ne peut traiter à lui tout seul le PTSD, un trouble très complexe comportant un éventail de symptômes très large.
Les experts du domaine insistent bien sur le fait que le fait de jouer à Tetris n’a aucun impact sur d’autres aspects fondamentaux du PTSD : troubles de l’humeur et du sommeil, anxiété chronique, irritabilité ou dépression. Les images intrusives ne sont en réalité qu’une facette du PTSD, qui nécessite une approche thérapeutique complète incluant médication et psychothérapie.
Outre ces limites, il reste à déterminer si le fait de jouer à Tetris peut également être bénéfique sans le soutien direct de professionnels de la santé. Des études comparatives sont encore nécessaires pour conclure si seul Tetris est efficace ou si d’autres jeux engageants des tâches visuospatiales similaires auraient également un effet positif. En bref, ces résultats préliminaires sont engageants, mais l’intégration de Tetris dans des protocoles de traitement du PTSD sera certainement une tâche assez longue. Dans un avenir proche, il est imaginable que les jeux vidéo se retrouvent dans l’arsenal thérapeutique détenu par les soignants afin de faciliter la vie des patients concernés par ce trouble, voire par d’autres atteintes cognitives.
- Une étude d’Oxford de 2009 avait prouvé le potentiel du jeu Tetris dans l’amélioration de la vie de personnes atteintes de PTSD, notamment en abaissant la fréquence d’apparitions des souvenirs traumatiques.
- D’autres études ultérieures, rassemblées en une revue en 2017, ont corroboré cette hypothèse. En revanche, celles-ci comportaient des limites empêchant la généralisation de leurs résultats.
- Toutefois, Tetris n’est pas un médicament miracle au PTSD et ne peut traiter tous les symptômes. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer réellement son efficacité et sa potentielle intégration dans des protocoles thérapeutiques complets.
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