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Conduite autonome : la bombe judiciaire qui menace Tesla

Une voiture qui conduit toute seule ? C’est non. Un client qui conduit Tesla devant la justice ? C’est oui !

Il y a près d’une décennie que Tesla vend son Graal de l’automobile à ses clients : des voitures qui se conduisent seules, sans intervention humaine. Un système baptisé « Full Self-Driving » (FSD), facturé à prix d’or, puisqu’il coûte entre 8 000 et 15 000 dollars aux États-Unis. Il a plusieurs fois défrayé la chronique, que ce soit en raison d’accidents mortels ou de tests ratés, mais voilà qu’une nouvelle affaire vient entacher encore plus sa réputation.

Dans les faits, le FSD tel qu’il a été vendu n’était pas fonctionnel ou conforme ; c’est ce que vient de reconnaître, noir sur blanc, un arbitrage qui vient d’avoir lieu outre-Atlantique. Le FSD n’était donc qu’une fiction commerciale ? La réponse est un peu plus compliquée que cela.

Conduite autonome : la justice force Tesla à reconnaître son échec

L’histoire commence comme de milliers d’autres : un client convaincu par les promesses de Tesla, qui signe pour le FSD en espérant ; naïvement, peut-être ; qu’il permettra à sa femme, en perte de mobilité, de rester autonome dans ses déplacements. Mais très vite, c’est la désillusion.

D’abord, le système FSD n’est même pas activable, Tesla ayant imposé après coup un système de « safety score » pour restreindre l’accès à la version bêta, une condition absente du contrat d’achat. Ensuite, même une fois activé, le système impose une supervision humaine constante. La conduite autonome vantée par Tesla ne serait donc qu’une simple assistance un peu plus évoluée ?

Jusque-là, rien d’exceptionnel, pourrions-nous affirmer : Tesla vend des packs Full Self-Driving depuis 2016 en promettant une conduite autonome complète via de simples mises à jour logicielles. Neuf ans plus tard, il n’en est rien, l’engagement n’a jamais été tenu et la plupart des clients, résignés, encaissent.

Sauf que cette fois, le client floué, Marc Dobin, est avocat… et spécialiste de l’arbitrage. Il ne se laisse pas faire, monte un dossier, et traîne Tesla devant les instances prévues par Tesla elle-même, puisque le constructeur oblige contractuellement ses clients à passer par ce processus plutôt que d’aller en justice.

Surprise : Tesla échoue lamentablement lors de l’arbitrage. À l’audience, l’entreprise ne dépêche qu’un technicien incapable de répondre aux questions les plus simples sur le contrat, l’équipement de la voiture, ou le fonctionnement du FSD. Aucune preuve concrète, aucun témoignage solide. Le verdict tombe : Tesla devra rembourser à Dobin l’intégralité du FSD (10 000 dollars + taxes), ainsi que les 8 000 dollars de frais d’arbitrage.

Des millions en jeu pour Tesla

En soi, cette décision ne secouera pas le constructeur au court terme. En revanche, elle prouve qu’un client peut obtenir le remboursement du FSD s’il prouve que le système n’est ni fonctionnel, ni conforme à ce qui a été vendu.

Depuis 2016, Tesla affirme que tous ses véhicules sont « prêts pour l’autonomie complète » grâce à une simple upgrade du logiciel interne. Or, la réalité est toute autre. Les voitures ont dû être équipées de nouveaux ordinateurs à plusieurs reprises (HW2, HW2.5, puis HW3) rendant l’ancien serment d’un « simple patch » caduque.

En janvier 2025, Elon Musk a même admis que HW3 ne suffirait pas non plus, et vient d’avouer il y a peu, à son plus grand regret, qu’il faudra installer le HW4 pour assurer une conduite vraiment autonome. Sauf qu’aucun plan clair n’a été annoncé pour les millions de clients déjà équipés des générations précédentes du logiciel. Des automobilistes qui ont donc payé des milliers de dollars se retrouvent ainsi avec un système incomplet et une facture de mise à niveau qui pourrait, un jour, leur retomber sur le coin du museau.

Si d’autres clients s’engagent sur la même voie que Dobin, Tesla pourrait gravement en pâtir et se retrouver dans une spirale de remboursements à la chaîne, qui se transformera très vite en fardeau économique. Quant à l’image de la marque, déjà salement écornée depuis le début de l’année, n’en parlons pas.

Si l’on regarde les faits en face, le FSD n’a jamais été une fonctionnalité, c’était un pari à haut risque pour Tesla. Le problème, c’est que les clients n’ont jamais été prévenus qu’ils misaient leur argent sur une technologie encore à l’état de prototype, presque de bêta. Toutefois, dans la novlangue Tesla « prototype » rime avec « facturable » et le mot « bêta » se transforme magiquement en excuse à durée indéterminée. Un flou syntaxique que l’on retrouve, en temps normal, dans les dogmes, et non dans un produit qui se monnaye contre des espèces sonnantes et trébuchantes.

  • Un client a obtenu gain de cause face à Tesla, en prouvant que le système de conduite autonome vendu était inutilisable et non conforme à la promesse commerciale.
  • Tesla a été contrainte de rembourser 10 000 dollars, plus les frais d’arbitrage, après avoir été incapable de justifier la validité de son offre FSD devant une instance prévue par ses propres contrats.
  • Ce précédent pourrait ouvrir la voie à des dizaines de milliers de demandes similaires, révélant l’ampleur du décalage entre les promesses marketing de Tesla et la réalité technique de ses véhicules.

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