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Ce smartphone est le plus dangereux du monde, mais pourquoi ?

Quand un simple smartphone devient une extension physique du régime.

En Corée du Nord, l’information n’est pas considérée comme un flux de données : selon d’où elle provient, elle peut être une arme tournée contre le parti au pouvoir. Depuis sa naissance en 1948, le régime socialiste a progressivement mis en place un contrôle draconien, filtrant tout ce qui pourrait venir de l’extérieur. Pas de films sud-coréens, pas de musique étrangère ou de romans occidentaux, il en va de la sécurité du récit officiel – celui qui légitime le régime – et rien ne doit franchir cette frontière idéologique. La contrebande circule, des contenus étrangers passent de main en main sur des clés USB ou des cartes SD. Malgré ces brèches, une immense partie de la population continue de vivre sous cloche, coupée du reste du monde.

Lorsque le smartphone s’est démocratisé, même la Corée du Nord n’a pas pu l’ignorer totalement, car l’interdiction de ces appareils reviendrait à reconnaître trop ouvertement l’enfermement du pays. Pyongyang a donc trouvé la parade : autoriser les téléphones, mais les transformer en outils de surveillance absolument redoutables.

Un téléphone loyal au régime

C’est la BBC qui a récemment mis la main sur un de ces smartphones ; il est entièrement programmé pour réécrire automatiquement tout ce qui ne cadre pas avec la ligne officielle du régime de Kim Jong-un. Lorsqu’on tape « oppa » (terme affectueux populaire en Corée du Sud pour désigner un grand frère ou un petit ami), le téléphone rectifiera le mot en « camarade », l’appellation standard donnée aux citoyens nord-coréens. Si ceux-ci tentent d’écrire « Corée du Sud », l’expression est aussitôt remplacée par « État marionnette », fidèle à la rhétorique du gouvernement.

Oui, c’est de la censure, mais c’est plus que cela ; contrôler le vocabulaire, c’est contrôler (et verrouiller) la pensée. « Chaque réduction [NDLR : de mots] était un gain puisque, moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir », écrivait Orwell à propos de la novlangue (langue et un outil de contrôle idéologique et de manipulation mentale) dans son roman dystopique 1984.

En appauvrissant le vocabulaire, le régime nord-coréen cherche à limiter les concepts que ses citoyens peuvent formuler intérieurement, et donc à la longue, à penser. Si un concept n’a pas de mot pour l’exprimer, il devient difficile à saisir, voire impossible à imaginer.

Un espion intégré, 24 heures sur 24

En plus de cette fonctionnalité d’autocensure, le téléphone capture une image toutes les cinq minutes et la transmet aux autorités. L’utilisateur n’en a évidemment aucun contrôle : ces captures ne sont pas visibles, ni modifiables. À chaque instant, l’appareil documente ce que l’utilisateur regarde, lit ou écrit.

En théorie, ce smartphone peut donc mener son propriétaire tout droit en prison ou à la mort. Chaque contenu jugé réactionnaire ou subversif qui transite sur l’appareil peut servir de preuve irréfutable dans un système où la simple consommation de culture étrangère est passible des peines les plus extrêmes.

Depuis l’explosion du numérique, la Corée du Nord est comme une amphore pleine à craquer qui se fissure lentement. Lorsqu’il s’agissait de contrôler la télévision ou la radio, la censure était plus simple à mettre en place. Aujourd’hui, ces fissures sont de plus en plus nombreuses et les fuites culturelles se multiplient avec elles. Malgré toutes les interdictions mises en place, de gigantesques réseaux de contrebande opèrent depuis la Chine pour que les citoyens nord-coréens puissent accéder aux informations du monde réel. Une Épée de Damoclès pour le pays, qui craint certainement plus ces fuites qu’une potentielle invasion armée, puisqu’elles menacent le récit idéologique mis en place depuis 77 ans. Le Gouvernement a donc tranché : les smartphones sont autorisés, mais avec l’œil du régime derrière l’écran.

  • Les smartphones nord-coréens sont configurés pour réécrire automatiquement les messages qui dévient de la ligne officielle.
  • L’appareil capture l’écran toutes les cinq minutes et transmet les images aux autorités sans que l’utilisateur puisse y accéder.
  • Chaque téléphone est donc un outil de surveillance permanent au service du régime.

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