La guerre en Iran est en train de rogner le pouvoir d’achat des travailleurs dans une grande partie du monde développé. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, les prix de l’énergie ont flambé, entraînant dans leur sillage ceux du carburant et de nombreux produits du quotidien. Résultat, l’inflation repart à la hausse, et les salaires ne suivent plus.
Selon Claus Vistesen, économiste chez Pantheon Macroeconomics interrogé par The Financial Times, la croissance des salaires réels devrait frôler zéro dans la zone euro pour l’ensemble de l’année 2026. Et même si le détroit d’Ormuz venait à rouvrir demain, le problème ne disparaîtrait pas d’un coup. La guerre a en effet perturbé les chaînes d’approvisionnement en profondeur, et les prix resteront sous pression encore un moment. Et une inflation persistante finit toujours par peser sur l’emploi.
Aux États-Unis, au mois d’avril, les prix ont ainsi augmenté de 3,8 % sur un an, tandis que les salaires horaires n’ont progressé que de 3,6 %. Un écart pouvant sembler faible, mais qui marque une rupture : c’est la première fois en deux ans que les prix augmentent plus vite que les revenus. Au Royaume-Uni, les salaires réels n’ont quasiment pas bougé au premier trimestre, et la tendance devrait s’aggraver dans les mois à venir, dans un contexte de recrutements en berne.
Même constat en zone euro, où les travailleurs venaient tout juste de récupérer le terrain perdu lors du choc inflationniste de 2022. De quoi effacer en quelques semaines des mois d’efforts. Si la situation varie selon les pays, personne n’est vraiment épargné.

La France n’a pas de marge de manœuvre
La France, elle, cumule les handicaps. L’inflation y a atteint 2,2 % en avril, portée par une hausse de l’énergie de plus de 14 %. Dans le même temps, les entreprises qui ont revalorisé les salaires pour 2026 ont prévu des hausses moyennes de 1,7 %. Et encore, la grande majorité de ces accords ont été négociés avant le début de la guerre.
L’écart entre les prix et les revenus est donc déjà là, et il risque de se creuser. D’autant que les salariés français abordent cette crise sans avoir encore rattrapé les pertes issues de l’inflation survenue en 2022-2023, ce qui les rend doublement vulnérables.
Problème, contrairement à une partie de ses pays voisins, la France ne dispose pas d’une importante marge de manœuvre budgétaire au regard de sa situation économique. L’Allemagne, par exemple, peut se permettre de baisser les taxes sur le carburant, tandis que l’Espagne a divisé par deux la TVA sur l’énergie.
« Les consommateurs français prennent vraiment de plein fouet la hausse des prix », remarque Claus Vistesen. Et malheureusement, la situation pourrait perdurer encore longtemps.
- Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en zone euro, les salaires réels reculent sous l’effet de la guerre en Iran.
- En France, l’écart est particulièrement marqué, avec une inflation à 2,2 % en avril contre des hausses de salaires négociées à 1,7 %.
- Les salariés français abordent cette crise sans avoir encore rattrapé les pertes du choc inflationniste de 2022-2023, ce qui les rend doublement vulnérables.
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