Actuellement, deux machines explorent patiemment les cratères de la planète Mars en quête de traces de vie passées : le rover Perseverance et le rover Curiosity. Mais ce ne sont pas les premiers à avoir été envoyés sur la Planète Rouge pour poursuivre cette quête ; en 1976, la NASA y avait envoyé deux sondes, Viking 1 et Viking 2. Bien que plus rudimentaires, elles furent les premières à se poser sur Mars et à analyser son sol pour y déceler une potentielle activité biologique.
Ces atterrisseurs embarquaient à leur bord quatre différents instruments pour tester la réactivité du sol martien et tenter de répondre à l’ultime question : Mars avait-elle, dans son passé, porté la vie ? Sur les quatre instruments, trois se sont immédiatement affolés. Ils ont détecté que le sol martien recrachait du gaz après avoir été nourri et qu’il modifiait la composition de l’air ambiant, exactement comme le ferait une colonie de bactéries en train de respirer ou de digérer. Pour les chercheurs de l’époque, c’était le jackpot : le sol martien était vivant !
Problème : le quatrième instrument, censé trouver les molécules organiques de ces microbes et donc la preuve de leur existence, est resté muet. Pour les scientifiques responsables du programme Viking, ce fut la déception : ces réactions chimiques devaient certainement être abiotiques et Mars n’était qu’une planète stérile. Une interprétation qui a perduré jusqu’à aujourd’hui, mais une étude publiée le 6 janvier 2026 dans la revue Astrobiology a démontré que celle-ci était peut-être erronée. Le quatrième instrument aurait peut-être déclenché une réaction chimique avec les sels martiens qui a incinéré les microbes.
L’expérience de trop ?
Afin de débusquer des traces organiques sur notre voisine rouge, la NASA, pour le programme Viking, avait prévu un protocole divisé en plusieurs parties. Les deux sondes devaient effectuer trois expériences biologiques, complétées par une analyse chimique.
La première, baptisée Label Release, consistait à verser une goutte de nutriments radioactifs sur le sol martien. Si des microbes étaient bel et bien présents, ils allaient se nourrir de cette soupe étrangère et rejeter un gaz radioactif en retour. C’est exactement ce qu’il s’est passé : les capteurs des sondes ont enregistré un pic de rejet dont la courbe était statistiquement identique à celle d’une activité bactérienne terrestre.
La deuxième, Pyrolytic Release, a montré que le sol de la planète était pouvait fixer le carbone de l’atmosphère, un phénomène, qui sur Terre, est la preuve d’une activité photosynthétique, ou, a minima, chimiosynthétique. L’expérience a révélé que du carbone radioactif s’était retrouvé prisonnier du sol martien, comme si des micro-organismes l’avaient absorbé pour construire leurs propres tissus.
Enfin, pour l’ultime expérience, Gas Exchange, les deux sondes devaient placer un échantillon de sol dans une chambre hermétique. Une fois enfermé, il a été exposé à de l’eau et à des nutriments ; l’idée étant de vérifier si ces apports allait éveiller des microbes dormants. Là aussi, les instruments ont réagi, enregistrant une libération d’oxygène : à cet instant, pour les biologistes de la mission, tous les indicateurs biologiques étaient au vert.
Seule la quatrième expérience est venue gâcher la fête, celle qui devait justement apporter la preuve matérielle irréfutable que les trois types d’activité biologique enregistrées étaient bien l’œuvre d’êtres vivants : le Chromatographe en phase gazeuse couplé à un Spectromètre de Masse (GC-MS). Il est l’unique instrument à être resté désespérément muet, invalidant, de facto, les trois expériences précédentes ; comme il n’a pas identifié de molécules organiques, les réactions chimiques ne pouvaient être que d’origine minérale.
Pour analyser les échantillons prélevés, le GC-MS devait les chauffer à 630° C. Mais ce que les scientifiques de la NASA ignoraient en 1976, c’est que le régolithe martien contient entre 0,5 % et 1 % de perchlorates. Des sels toxiques très concentrés, qui, s’ils sont portés à trop haute température (200° C à 300° C) deviennent de puissants agents oxydants.
En chauffant les microbes avec ces sels, une combustion instantanée s’est déclenchée à l’intérieur même des sondes Viking. Les molécules organiques ont été détruites et transformées en gaz carbonique et en chlorure de méthyle, des substances que les ingénieurs ont pris pour des polluants terrestres présents à la surface des sondes. En réalité, selon les auteurs de cette étude, le GC-MS a bien détecté de la matière organique, mais il l’a brûlé.
BARSOOM : le portrait-robot des bactéries martiennes assassinées
Si l’on accepte que la NASA a accidentellement grillé ses preuves, il reste essentiel de se demander à quoi pouvaient ressembler ces organismes pour réagir aussi bien aux trois expériences du programme Viking. Afin de répondre à ce questionnement, l’équipe a créé un modèle biologique pour essayer de simuler le comportement des bactéries trouvées en 1976. Il s’appelle BARSOOM (Bacterial Autotrophs that Respire with Stored Oxygen On Mars), un petit clin d’œil savoureux au nom de Mars dans les romans d’Edgar Rice Burroughs, Le Cycle de Mars.
Selon leurs simulations, ces bactéries survivraient en stockant l’oxygène : l’inverse des bactéries terrestres, qui, au contraire, le rejettent. Ce serait logique après tout ; sur Terre, l’oxygène est abondant, contrairement à l’atmosphère de Mars, qui n’en contient que 0,13 %.
Au lieu de libérer l’oxygène, elles le séquestreraient dans des compartiments intracellulaires spécialisés. Lorsque les conditions extérieures deviennent défavorables, comme lors de l’absence de lumière ou de froid extrême, ces bactéries utiliseraient cet oxygène accumulé pour oxyder leurs propres réserves de carbone organique. Ce processus de respiration interne leur permet de produire de l’énergie métabolique en circuit fermé, sans dépendre des échanges gazeux avec une atmosphère martienne qui ne leur offre presque rien.
Si ce fonctionnement métabolique est exact, cela expliquerait parfaitement pourquoi elles ont provoqué des pics lors des trois expériences de 1976. Dans le cas de l’expérience Gas Exchange, l’apport soudain d’eau liquide a brisé l’équilibre métabolique de ces organismes habitués à une sécheresse extrême. Pour éviter de succomber à une pression osmotique trop forte, les bactéries ont évacué leurs réserves gazeuses, créant cette fameuse libération d’oxygène que les chercheurs ont prise pour une réaction minérale.
Pareillement concernant Label Release : les organismes ont puisé dans leur stock interne d’oxygène pour oxyder les nutriments radioactifs offerts par la sonde, rejetant en retour les gaz marqués qui ont affolé les compteurs.
Pour que ces bactéries puissent respirer en circuit fermé durant la nuit, elles ont besoin d’un stock de carburant organique. C’est exactement ce que l’expérience Pyrolytic Release a démontré : les organismes ont absorbé le carbone radioactif de l’atmosphère martienne pour le transformer en tissus solides.
Néanmoins, rappelons que même si la théorie de cette équipe de chercheurs et le modèle BARSOOM sont très robustes, ils ne constituent pas encore une preuve irréfutable de l’existence d’une quelconque vie martienne. Il est toutefois d’une importance capitale de réinterpréter des données si importantes, encore plus lorsqu’elles sont si anciennes. D’autant plus que cette nouvelle hypothèse ne ferait que confirmer les soupçons nés en 2008 avec la mission Phoenix, qui fut la première à identifier formellement les perchlorates dans le sol martien. Steve Benner, co-auteur de cette étude, analyse cette erreur d’un regard très sévère, estimant qu’elle a fait reculer la recherche astrobiologique martienne de 50 ans en arrière ; espérons que l’on puisse un jour rattraper ce retard !
- Une équipe de chercheurs suggère que les sondes Viking 1 et 2 de 1976 ont peut-être accidentellement détruit des microbes martiens en raison de réactions chimiques avec des perchlorates.
- Trois des quatre expériences menées par Viking ont montré des signes d’activité biologique, mais la quatrième n’a pas détecté de molécules organiques, conduisant à une interprétation erronée.
- Une nouvelle analyse propose que les résultats positifs des expériences pourraient provenir de bactéries martiennes hypothétiques ayant un métabolisme unique, nécessitant une réévaluation des données historiques.
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