L’IA n’est absolument pas eco-friendly ; la thématique a déjà été largement abordée et le sujet pourrait bientôt se transformer en marronnier. Chaque requête que nous formulons à un chatbot ; ChatGPT ou Gemini, pour ne citer qu’eux ; fait tourner à plein régime des gigantesques centres de données à l’appétit gargantuesque, qui dévorent électricité et eau en quantité démesurées.
Selon le dernier rapport de l’AIE, les centres de données captureront 3 % de l’énergie mondiale en 2030, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. Et devinez qui tire cette consommation vers le haut ? L’IA elle-même, responsable de plus de la moitié de cette hausse.
La pollution numérique s’envole
Un centre de données moderne engloutit déjà l’équivalent énergétique de 100 000 foyers. Un chiffre à couper le souffle, mais qui n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend, lorsque les hyperscalers de demain s’ajouteront à l’équation. Ce sont des entreprises qui exploitent des centres de données massifs à l’échelle mondiale pour fournir des services cloud, des plateformes et des infrastructures à un très grand nombre d’utilisateurs.
Des géants comme Microsoft Azure, Amazon Web Services (AWS), Google Cloud Platform (GCP) ne pourraient remplir leur mission sans ces infrastructures. Dans cinq ans, elles pourraient multiplier cette consommation électrique par cinq. Ces usines à données fonctionneront pour moitié aux énergies renouvelables, l’autre moitié puisant dans un mélange énergétique où se côtoient charbon, nucléaire et nouvelles centrales à gaz.
Le bilan carbone s’annonce très salé. Les émissions liées aux centres de données devraient presque tripler d’ici 2030, atteignant 1,4 % des émissions mondiales de combustion – une empreinte comparable à celle de l’aviation commerciale. Et attention, ces projections ne comptabilisent même pas les émissions incorporées dans la construction de ces forteresses et la production des matériaux nécessaires à leur fonctionnement.
L’intelligence artificielle : problème ou solution ?
Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, nous joue une rengaine bien connue face à cette situation : « Avec l’essor de l’IA, le secteur énergétique se retrouve à l’avant-garde d’une des révolutions technologiques les plus importantes de notre époque. L’IA est un outil, potentiellement d’une puissance incroyable, mais c’est à nous – sociétés, gouvernements et entreprises – de décider comment l’utiliser ». La baguette magique du techno-optimisme est encore brandie dans cette formule policée.
Dans le fond, Birol est dans le vrai, même si ses paroles sonnent un peu creux. L’IA pourrait, en théorie, compenser sa gourmandise par son efficacité redoutable : optimisation des réseaux électriques, prévisions météorologiques ultra-précises pour les énergies renouvelables, détection instantanée des problèmes d’infrastructures, planification intelligente des transports, conception urbaine optimisée, découverte de nouveaux matériaux verts… Le catalogue des applications vertueuses fait rêver, mais l’AIE tempère cet enthousiasme en précisant que ces bénéfices resteront « marginaux » sans cadre réglementaire adapté.
Cette position mesurée irrite certains observateurs, à commencer par Claude Turmes, ministre luxembourgeois de l’Énergie, qui accuse l’agence de complaisance : « Au lieu de formuler des recommandations pratiques aux gouvernements sur la régulation des nouveaux méga centres de données, l’AIE et son directeur Fatih Birol offrent un cadeau de bienvenue à l’administration Trump et aux entreprises technologiques qui ont financé ce nouveau gouvernement américain », a-t-il déclaré au Guardian.
Il y a bien des solutions techniques qui émergent pour limiter cette débauche énergétique : refroidissement par immersion développé par Asperitas aux Pays-Bas, Submer en Espagne ou Iceotope au Royaume-Uni, réutilisation de la chaleur des centres de données proposée par DeepGreen… Toutefois, difficile d’affirmer que ces innovations suffiront à alléger la facture.
Saurons-nous utiliser notre intelligence, qu’elle soit artificielle ou naturelle, pour créer un modèle numérique viable, ou continuerons-nous cette course effrénée vers l’infini calculatoire, avec des centres de données toujours plus imposants et énergivores ? L’ivresse du progrès est un principe fondateur des civilisations, mais comme toute forme d’ivresse, elle peut conduire à l’excès. Si nous voulons respecter l’impératif de sobriété qui nous est imposé, cela impliquera nécessairement de délaisser un peu de notre confort numérique. Depuis l’avènement de la high-tech pour le grand public au début des années 2000, nous avons pourtant prouvé que nous n’avons malheureusement pas été capables d’y parvenir.
- L’essor fulgurant de l’IA fait exploser la consommation d’énergie et d’eau des centres de données, dont l’impact environnemental est déjà considérable.
- Les géants du cloud prévoient d’accroître massivement leurs capacités, risquant de faire tripler les émissions carbone du secteur d’ici 2030.
- Si l’IA peut apporter des solutions écologiques, ses bénéfices resteront faibles sans régulation stricte ni volonté de sobriété numérique.
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