C’est un terrible aveu. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vient de publier son rapport « Limiting Overshoot », et sa conclusion est on ne peut plus préoccupante. Contenir le réchauffement climatique mondial sous la barre des 1,5 degrés Celsius est désormais impossible à court terme.
Pendant 10 ans, cet objectif fixé par l’Accord de Paris a servi de boussole à la diplomatie mondiale, le PNUE acte aujourd’hui sa rupture. Le budget carbone restant, c’est-à-dire la quantité maximale de gaz à effet de serre que l’humanité peut encore émettre pour ne pas dépasser ce seuil, sera entièrement consommé d’ici à environ trois ans si nous continuons au rythme actuel. Les émissions mondiales ayant atteint un sommet historique en 2025, la trajectoire réelle s’éloigne radicalement des intentions affichées.

Car l’écart entre la théorie et la réalité se creuse inexorablement. Concrètement, les politiques nationales actuellement en vigueur conduisent la planète vers un réchauffement compris entre 2,6 et 2,8 degrés Celsius d’ici à la fin du siècle. Et même dans le scénario le plus optimiste, dans lequel chaque État tiendrait l’intégralité de ses engagements de « zéro émission nette », le mercure grimperait tout de même entre 1,8 et 1,9 degrés Celsius.
Alors que l’Europe vient de traverser un été particulièrement chaud, l’ONU n’a plus le choix et adopte une nouvelle approche. Si l’objectif des 1,5 degrés Celsius n’est pas abandonné, la stratégie consiste désormais à l’atteindre « par le haut » : le monde va devoir traverser une période de dépassement. L’enjeu n’est plus d’éviter la ligne rouge, mais de limiter la hauteur du pic de température pour réussir à redescendre sous le seuil critique d’ici 2100.
Pourquoi le seuil des 1,5 °C est-il si crucial ?
Consacré lors de l’Accord de Paris en 2015, le seuil de 1,5 degrés Celsius de réchauffement est une « limite de sécurité relative » identifiée par la communauté scientifique. Au-delà de cette frontière, chaque fraction de degré supplémentaire accélère l’exposition de millions de personnes à des événements climatiques extrêmes sans précédent.
Ainsi, maintenir le réchauffement sous les 1,5 degrés Celsius vise à prévenir « les dommages les plus graves et irréversibles sur la biosphère et les sociétés humaines ». Passer de 1,5 à 2 degrés Celsius de réchauffement moyen ne signifie pas seulement une météo légèrement plus chaude, cela multiplie par deux ou trois les risques de sécheresses sévères, de vagues de chaleur mortelles et de pertes massives de biodiversité, tout en plongeant des millions d’individus dans la précarité hydrique et alimentaire.
L’impact sur la biodiversité sera terrible
Problème, ce sursis temporaire ne sera pas sans conséquences, et elles s’annoncent dramatiques. « Un retour ultérieur sous les 1,5 degrés Celsius ne permettra pas d’effacer les dommages accumulés pendant la période de dépassement », prévient le PNUE. Ainsi, « au moins un quart du volume des glaciers mondiaux sera définitivement perdu », peu importe les efforts de refroidissement entrepris au siècle prochain.
De même, l’élévation du niveau de la mer se poursuivra pendant des siècles en raison de « la mémoire thermique des océans et de la fonte prolongée des calottes glaciaires », de quoi menacer d’immersion durable les infrastructures côtières et plusieurs États insulaires. Pire encore, le risque de franchir des « points de bascule écologiques et climatiques », comme le dépérissement irréversible de la forêt amazonienne ou la perturbation majeure des grands courants océaniques, sera décuplé. Il faut prévoir des pertes de biodiversité que « maintes technologies ne pourront jamais restaurer ».

Comment s’adapter
Les experts appellent à une réponse immédiate. La priorité absolue reste de réduire de « 55 % les émissions mondiales d’ici 2035 » et de cibler drastiquement le méthane, principalement émis par l’élevage, l’agriculture et l’exploitation des énergies fossiles, pour freiner le rythme du réchauffement à court terme. Mais face aux dommages déjà inévitables, l’adaptation marginale ne suffira pas.
L’ONU préconise une « adaptation transformationnelle » des sociétés, qui repense en profondeur l’aménagement du territoire et la sécurité alimentaire. Les pays riches, eux, doivent financer la protection des « populations les plus vulnérables déjà en première ligne ».
Au-delà de ces mesures, la possibilité même de faire redescendre les températures repose sur un pari hautement risqué : le recours massif au retrait du dioxyde de carbone (CDR). Car « inverser un siècle de réchauffement nécessiterait au moins 50 ans d’efforts continus avec un niveau d’élimination du carbone cinq fois supérieur aux capacités actuelles ».
Et aujourd’hui, ces capacités ne représentent que 5 % des émissions annuelles et s’appuient quasi exclusivement sur le reboisement, une méthode limitée par « la compétition avec les terres agricoles et les risques d’incendies ». Quant aux technologies industrielles de capture directe dans l’air, celles-ci demeurent « extrêmement coûteuses et non éprouvées à grande échelle ».
- Le seuil fixé par l’ONU lors des Accords de Paris pour le réchauffement climatique est officiellement hors de portée.
- Même si les températures redescendent plus tard, la période de dépassement entraînera la perte définitive d’au moins un quart des glaciers, une hausse séculaire du niveau de la mer et un risque accru de franchir des points de bascule écologiques.
- Faire baisser le mercure reposera sur le retrait massif de CO2, mais l’ONU prévient qu’inverser un siècle de réchauffement exigerait 50 ans d’efforts à un rythme cinq fois supérieur aux capacités actuelles
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