Au Texas, l’homme qui détient le pouvoir exécutif s’appelle Greg Abbott. Gouverneur depuis 2015, Abbott est l’un des piliers de l’aile dure du Parti républicain : opposé à l’avortement, fervent défenseur du port d’armes, il porte en lui toutes les valeurs de la droite texane conservatrice. Depuis quelques années, un autre homme a pris ses quartiers dans cet immense État du sud des États-Unis : Elon Musk.
Un gouverneur ultraconservateur et un magnat de la tech en perpétuelle croisade contre les réglementations californiennes ? Une cohabitation parfaite ; les deux hommes sont très proches, à tel point que leurs échanges sont désormais voués à être tenus secrets.
Musk–Abbott : cachez-moi ces e-mails, que je ne saurais voir
En avril 2024, des journalistes texans demandent à consulter les courriels échangés depuis l’automne précédent entre le bureau du gouverneur Greg Abbott et Elon Musk ou ses entreprises (Tesla, SpaceX, X). Une demande parfaitement légale au titre du Texas Public Information Act, qui garantit l’accès aux échanges officiels des représentants publics. Le bureau d’Abbott accepte, facture l’opération 244 dollars, mais finit par faire volte-face.
Les courriels seraient, selon le cabinet du gouverneur, « hautement intimes ou embarrassants », sans « intérêt légitime pour le public ». Une justification empruntée à une clause de confidentialité prévue, à l’origine, pour protéger des données médicales sensibles ou des détails privés sur la vie de citoyens ordinaires. Elle n’a, normalement, pas à être utilisée pour dissimuler des échanges entre un gouverneur et l’un des industriels les plus puissants du monde.
En droit, on pourrait qualifier ce refus de pirouette juridique, d’autant plus que Musk n’est pas un citoyen texan lambda. Il est à la tête d’entreprises qui colonisent des pans entiers du territoire avec l’aval des autorités. Tesla a officiellement transféré son siège social d’Austin en 2021, attirée par les avantages fiscaux offerts par l’État. SpaceX, déjà implantée à Boca Chica, y multiplie les lancements orbitaux depuis son site de Starbase…
Des implantations qui donnent souvent lieu à des échanges répétés avec les plus hauts responsables texans, dont certains ont directement soutenu les intérêts de Musk. En début d’année, des documents publics ont révélé que le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, avait écrit à l’autorité fédérale de l’aviation pour appuyer une demande de SpaceX visant à augmenter le nombre de lancements depuis Starbase.
Le milliardaire est donc comme un poisson dans l’eau et nage dans un environnement politique qui ne lui oppose aucune résistance. Un climat de complaisance si évident qu’Abott ne feint même plus l’impartialité jusqu’à s’exonérer des règles qu’il est censé incarner.
Texas : une démocratie sur mesure pour Elon Musk
Si l’on peut parler de démocratie sur mesure, c’est parce que le cadre institutionnel texan semble s’adapter à Musk plutôt que l’inverse. En mai, le site de Starbase a été officiellement érigé en ville, avec un statut juridique validé par référendum local. Une entité municipale créée autour des besoins d’une seule entreprise : SpaceX.
Créer une ville autour d’un site industriel, c’est offrir à SpaceX un cadre de gouvernance local, potentiellement favorable en matière de fiscalité, de régulation ou d’usage du sol. C’est aussi une manière de réduire les contre-pouvoirs, en transformant un espace appartenant à l’État en territoire semi-autonome, administré selon les standards d’une entreprise bénie par les pouvoirs publics.
L’affaire Abbott est ainsi la démonstration grandeur nature d’un État qui accepte d’abandonner ses fonctions régaliennes à un acteur privé, en renonçant à ses propres principes de transparence. Quand cette dernière devient gênante, c’est que la démocratie est tolérée à condition qu’elle ne dérange personne (Musk tout du moins). Quand c’est un milliardaire qui dicte les règles, à quoi bon se rendre aux urnes ?
- Greg Abbott, gouverneur du Texas, refuse de rendre publics ses échanges avec Elon Musk, invoquant une confidentialité normalement réservée à des cas personnels.
- Elon Musk bénéficie d’un accès privilégié au pouvoir texan, avec des élus qui soutiennent activement les intérêts de ses entreprises.
- Le Texas adapte ses structures politiques et juridiques aux besoins de Musk, au détriment des principes de transparence et du contrôle démocratique.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.