Depuis des siècles, les eaux qui bordent les côtes du sud-est des États-Unis portent le nom de « golfe du Mexique ». Une dénomination intimement liée à l’histoire et à la géographie de la région. Lorsque les premiers explorateurs espagnols sont arrivés par la mer dans la région au XVIᵉ siècle, ils l’ont nommé ainsi en référence à la civilisation aztèque qui occupait alors une grande partie du territoire mexicain actuel.
Cette appellation n’a pas toujours été acceptée par tous, notamment au pays de l’Oncle Sam, qui ont, par le passé, plusieurs fois proposé de le renommer « golfe d’Amérique ». Proposition qui n’a jamais été retenue, et le golfe a conservé son nom d’origine. Toutefois, au mois de janvier, Donald Trump avait fait part de son souhait de rebaptiser le golfe sous ce nom ; c’est désormais chose faite et Google Maps s’est pliée hier aux vœux du président.

Une cartographie à géométrie (très) variable
Comme vous pouvez le voir sur la capture ci-dessous, le golfe du Mexique se voit affublé du surnom golfe d’Amérique, mis entre parenthèses. Une modification qui fait suite à un décret présidentiel signé par Donald Trump fin janvier. Le service cartographique a appliqué ce changement en se conformant aux directives du Geographic Names Information System (GNIS), l’organisme officiel américain chargé de la toponymie.
La toponymie du lieu varie en revanche selon la localisation géographique des utilisateurs. Les usagers mexicains verront la dénomination traditionnelle « Golfo de Mexico » rester, mais ce n’est pas le cas chez nous comme expliqué précédemment. Fait notable, Apple Maps n’a pas opéré ce changement et le golfe du Mexique garde son vrai nom.
Fier de son coup, Donald Trump a célébré ce changement sur son réseau social Truth Social en partageant une capture d’écran de Google Maps. Il a proclamé le 9 février comme étant la « Journée du golfe d’Amérique » et qualifié cette étendue maritime de « partie indélébile de l’Amérique ».
On ne change pas une carte comme on change de chaussettes
Cette modification cartographique a provoqué des remous diplomatiques immédiats. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a réagi avec ironie en suggérant de rebaptiser les États-Unis « Amérique mexicaine », faisant référence à une carte du XVIIᵉ siècle où ce territoire apparaissait sous cette dénomination.
Si ce changement de nom peut apparaître comme innocent, il ne l’est absolument pas. Changer le nom d’un lieu est une manière de réécrire l’histoire et de mettre en avant une nouvelle narration, dans ce cas précis une volonté de réaffirmer l’identité américaine.
Les cartes, quelles qu’elles soient, sont de puissants outils aussi symboliques que politiques et les modifier revient également à revendiquer une forme de souveraineté, de contrôle. C’est affirmer que : « ce territoire est le nôtre, nous en définissons les limites, et donc son nom ».
Ce premier changement n’est peut-être que le premier du mandat Trump. Le mont Denali (Alaska), qu’Obama avait renommé en 2015 de cette manière pour rendre justice aux peuples autochtones Koyukon Athabaskans, qui l’aveint baptisé ainsi depuis des siècles bien avant l’arrivée des colons. En 1896, il avait été renommé « Mont McKinley » en l’honneur de William McKinley, candidat (puis président) américain. Fait ironique : McKinley n’avait aucun lien avec l’Alaska et n’y avait jamais mis les pieds. Le nouveau président républicain avait déjà souhaité en 2016 le renommer ainsi pour honorer McKinley. Peut-être que la plus haute montagne d’Alaska subira le même sort que le golfe du Mexique, ce qui, dans la philosophie Trumpienne, serait finalement assez cohérent.
- Google Maps affiche désormais « golfe d’Amérique » aux États-Unis, suivant un décret présidentiel signé par Trump.
- Selon leur localisation, les utilisateurs voient des appellations différentes, tandis qu’Apple Maps conserve l’ancien nom.
- Ce changement s’inscrit dans une logique de réécriture symbolique de l’histoire, et pourrait bientôt concerner d’autres lieux comme le mont Denali.
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