Depuis sa première identification en 1976 dans ce qui s’appelait encore le Zaïre (ancien nom de la RDC), le virus Ebola, transmis principalement par les chauve-souris, a tué environ 15 000 personnes sur le continent africain en cinquante ans, avec des taux de létalité oscillant entre 25 et 90 % selon les souches et les conditions sanitaires de terrain. La flambée la plus meurtrière jamais documentée en RDC entre 2018 et 2020, avait emporté près de 2 300 personnes. Puis en août dernier, une nouvelle épidémie était déclarée dans la région : 34 morts avant d’être déclarée éteinte en décembre.
Un court répit, qui n’aura duré que quelques mois, puisque le 17 mai 2026, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclenché le deuxième niveau d’alerte le plus élevé de l’organisation, le seuil en-dessous de la pandémie. Le virus a encore frappé, et l’épidémie en cours, concentrée dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC, à la frontière avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, comptabilise à ce stade 336 cas suspects et 88 décès confirmés.
La souche responsable de cette flambée est le variant Bundibugyo, identifié pour la première fois en 2007. Son taux de létalité peut atteindre 50 %, selon Samuel-Roger Kamba, ministre congolais de la Santé. Même s’il est légèrement inférieur à la souche originelle (60 à 90 %), il est suffisamment élevé pour que les autorités sanitaires aient déclenché l’alerte. Surtout, il n’existe, à ce jour, aucun vaccin homologué contre cette souche.
Ebola : le cas de trop dans un foyer à risque
C’est la confirmation d’un cas dans la ville de Goma, à l’est du Congo, qui a précipité la décision de l’OMS. Une grande ville de près d’un million d’habitants, véritable nœud de transit régional liant la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Par le passé, la plupart des foyers épidémiques s’étaient déclarés dans des zones rurales et enclavées, qui contenaient la propagation du virus.
Dans le cas de Goma, la ville offre au virus exactement ce dont il a besoin pour se disperser : des contacts potentiels entre des centaines de milliers de personnes et des corridors de fuite vers deux pays transfrontaliers. L’Ouganda a d’ailleurs annoncé dimanche le report du pèlerinage des Martyrs, rassemblement chrétien annuel qui draine habituellement des milliers de fidèles venus de l’est du Congo vers Goma.
L’ONG Médecins Sans Frontières a déclaré qu’elle se préparait à une « réponse à grande échelle », qualifiant la progression de l’épidémie d’« extrêmement préoccupante ». L’OMS, de son côté, n’a pas encore toutes les cartes en main pour savoir combien de cas ont échappé aux systèmes de détection dans les semaines qui ont précédé la confirmation officielle du premier foyer. « Il existe des incertitudes importantes quant au nombre réel de personnes infectées et à l’étendue géographique de la propagation » a expliqué l’agence.
Le taux de positivité élevé des premiers échantillons, la confirmation de cas dans deux pays, l’explosion des signalements suspects à travers toute la province de l’Ituri, foyers de décès dans plusieurs communautés et au moins quatre soignants morts laisse présager, selon l’organisation, « une épidémie potentiellement bien plus large que ce qui est actuellement détecté et rapporté ».
Bien sûr, le risque que le virus se propage jusqu’en Europe est nul, puisqu’aucun cas n’a été détecté hors d’Afrique centrale. En revanche, cette flambée sera particulièrement difficile à endiguer : l’Ituri est une province reculée où des groupes armés et milices ethniques se disputent le contrôle des mines d’or artisanales et entretiennent une anarchie criminelle qui déchire les entrailles de la région depuis 1999. La population est terrorisée et n’a pas accès aux soins et plus de cinq millions de personnes ont fui leurs foyers dans l’est de la RDC, se déplaçant d’une zone à l’autre sans que personne ne soit en mesure de leur assurer un suivi épidémiologique. Ebola n’aurait pas pu choisir pire terrain pour se diffuser librement, dans une province que l’ONU elle-même juge inaccessible à toute riposte humanitaire sérieuse.
- L’OMS a déclaré l’état d’urgence sanitaire internationale en raison d’une nouvelle flambée d’Ebola en RDC, avec 336 cas suspects et 88 décès.
- La souche responsable, le variant Bundibugyo, a un taux de létalité pouvant atteindre 50 % et aucun vaccin homologué n’est disponible.
- La propagation est facilitée par la situation chaotique de l’Ituri, exacerbée par des conflits armés et le manque d’accès aux soins.
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