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Ce traitement anticancer peut « réinitialiser » le système immunitaire avec une seule injection : une lueur d’espoir pour contrer les maladies auto-immunes

S’il est possible de détourner le système immunitaire pour combattre les cancers, pourquoi ne serait-il pas possible de procéder de la même manière pour soigner les maladies auto-immunes ? C’est le principe de la thérapie CAR-T, un traitement de pointe dont les premiers essais cliniques ont déjà montré des résultats spectaculaires.

Diabète de type 1, lupus, sclérose en plaques (SEP), maladie de Crohn ou psoriasis : des dizaines de maladies dites auto-immunes n’ont pas de traitement curatif. Si elles diffèrent énormément par leurs symptômes, toutes ont un point en commun : la défaillance du système immunitaire qui s’attaque à l’organisme des personnes qui en souffrent. Les immunosuppresseurs sont le seul type de thérapie viable actuellement pour les contrer, afin d’abaisser le seuil de vigilance de nos défenses naturelles. Des millions de personnes doivent suivre ces traitements à vie pour continuer une vie normale, au prix parfois d’effets secondaires délétères.

Mais depuis 2017 et son homologation par la FDA (Food and Drug Administration), une alternative thérapeutique a émergé. Baptisée CAR-T pour Chimeric Antigen Receptor T-cell, elle a été conçue à la base pour traiter des cancers du sang réfractaires aux chimiothérapies classiques. Son application aux maladies auto-immunes demeure pour l’instant réservée aux protocoles de recherche clinique, mais elle y affiche des résultats préliminaires tellement encourageants que plusieurs équipes internationales ont accéléré leurs programmes d’investigation, convaincues d’être sur la bonne piste.

La thérapie CAR-T : retourner l’immunité contre elle-même

Les lymphocytes T sont des cellules de notre système immunitaire, qui reconnaissent les cellules infectées de notre organisme pour les éliminer, ou organiser la réponse immunitaire pour qu’il s’en débarrasse. La thérapie CAR-T consiste à en prélever dans le sang du patient et d’y greffer ensuite en laboratoire un gène codant pour un récepteur artificiel, appelé chimérique (d’où l’acronyme). Ce récepteur artificiel s’exprime à la surface du lymphocyte T et lui confère une nouvelle capacité de reconnaissance : celle d’identifier une protéine caractéristique portée par les cellules que l’on cherche à éliminer, et d’activer immédiatement la réponse cytotoxique du lymphocyte dès qu’il entre en contact avec elles.

Réinjectés dans l’organisme, ces lymphocytes T modifiés prolifèrent et maintiennent une pression immunitaire soutenue sur la population cellulaire pathologique, aussi longtemps que celle-ci est détectable.

Dans les cancers du sang, la protéine ciblée est portée par des lymphocytes B devenus malins, qui se multiplient de façon anarchique et envahissent l’organisme. Dans les maladies auto-immunes, les lymphocytes B ne sont pas cancéreux, mais ils sont tout aussi problématiques : au lieu de diriger leur production d’anticorps contre des agents infectieux, ils la retournent contre les tissus sains du patient.

La transposition thérapeutique s’est construite par observation : si les CAR-T parviennent à éradiquer des lymphocytes B malins en reconnaissant leurs protéines de surface, il est théoriquement possible de les configurer pour éliminer également les lymphocytes B qui entretiennent le dérèglement auto-immun.

Une équipe de l’université d’Erlangen, en Allemagne, a franchi le pas en 2021, en traitant une patiente atteinte de lupus érythémateux systémique sévère, résistant à toutes les thérapies immunosuppressives existantes. Depuis, le champ d’investigation s’est considérablement élargi, et des essais cliniques sont aujourd’hui en cours sur des dizaines de pathologies auto-immunes différentes.

Dans un essai portant sur 26 patients atteints du syndrome de la personne raide (SPR) – une maladie caractérisée par des contractures musculaires douloureuses et une rigidité des muscles profonds – une injection unique de CAR-T a suffi à améliorer la marche de la majorité des participants en seize semaines. Huit d’entre eux ont même complètement abandonné leurs aides à la déambulation et lors du dernier suivi, aucun ne recourait plus à d’autres immunothérapies. Amanda Piquet, neurologue à l’Université du Colorado, parle d’« une opportunité parfaite » et d’un véritable « changement de paradigme » pour des patients qui n’avaient, jusqu’ici, littéralement rien pour se projeter de nouveau dans une vie autonome.

Les zones grises d’une thérapie en devenir

Bien sûr, la thérapie CAR-T comporte des effets secondaires : avant l’injection des cellules modifiées, les patients doivent subir une chimiothérapie de conditionnement (appelée chimiothérapie lymphodéplétive), afin de favoriser la prolifération des cellules une fois dans l’organisme. Une immunosuppression temporaire qui expose nécessairement le patient aux infections courantes pendant plusieurs mois.

L’activité des lymphocytes T modifiés eux-mêmes peut déclencher un syndrome de relargage des cytokines : c’est une « tempête inflammatoire » s’accompagnant de poussées de fortes fièvres, d’une hypotension artérielle, et qui peut, dans les cas sévères, atteindre le système nerveux central.

Depuis l’approbation par la FDA, l’agence a relevé d’autres effets, affectant des patients cancéreux traités de cette manière. Parmi les plus préoccupants : des cas de syndrome parkinsonien et, plus rares, des hémopathies malignes (cancers affectant les cellules sanguines et la moelle osseuse) issues des cellules T elles-mêmes. Pour le moment, les patients affectés par des maladies auto-immunes ne semblent pas concernés par ces observations.

La première homologation d’une thérapie CAR-T pour une maladie auto-immune est désormais imminente : Kyverna Therapeutics a initié en mai 2026 une soumission de son dossier auprès de la FDA pour son traitement du syndrome de la personne raide, avec un lancement commercial anticipé en 2027. Si ce calendrier tient, l’approbation européenne par l’EMA (European Medicines Agency) suivra vraisemblablement avec un délai d’un à deux ans ; soit une disponibilité réaliste de la thérapie en Europe autour de 2028-2029. Pour les patients français, il faudra ensuite traverser l’évaluation de la HAS (Haute Autorité de Santé) et les négociations tarifaires avec l’Assurance maladie, un processus qui, pour les premières thérapies CAR-T oncologiques, avait pris entre douze et dix-huit mois supplémentaires après l’autorisation européenne. Un horizon somme toute très proche pour ce qui représente, à l’échelle de la médecine moderne, un bouleversement thérapeutique comparable à l’arrivée des antibiotiques dans les années 1940 pour les maladies infectieuses.

  • La thérapie CAR-T, initialement conçue pour traiter certains cancers, montre des résultats prometteurs pour les maladies auto-immunes.
  • Des essais cliniques révèlent que cette approche pourrait permettre une amélioration significative chez des patients souffrant de diverses pathologies auto-immunes.
  • Une première homologation pour le syndrome de la personne raide est attendue d’ici 2027, marquant un tournant potentiel dans le traitement de ces maladies.

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Par : Gouvernement français
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