Passer au contenu

Facebook complique la tâche de la justice… et des historiens

98 % de ses modérations sont effectuées par des machines, et les contenus sont “simplement” supprimés. Un problème sur le court comme sur le long terme.

Facebook agit, qu’importe les critiques, et continue de modérer des millions de publications sur son réseau social chaque mois. En 2020, ce qui doit – ou ne doit pas – être censuré par le réseau social est discuté.  et encore le mois dernier au Sénat américain, son fondateur et CEO Mark Zuckerberg en était auditionné. Mais loin des débats actuels, le contenu modéré par Facebook pose un autre problème, à bien plus grande échelle peut-être.

Il s’agit de son habitude, désormais, à supprimer purement et simplement tous les contenus ne respectant pas sa politique. Parmi eux, certains sont des preuves – parfois uniques – de trafics illicites, de contenus extrémistes, et de tous les abus susceptibles d’être indispensables à la justice comme aux chercheurs universitaires, aux groupes de défense des droits de l’homme, aux avocats, aux historiens…

« Nous ne disons pas que tout ce contenu doit rester public pour toujours » déclarait Jeff Deutsch, chercheur affilié au projet « Syrian Archive » visant à regrouper toutes les documentations disponibles pour la justice et les droits humains en Syrie. Au Time, qui en publiait une enquête regroupant de nombreux témoignages, il indiquait : « il est important que ce contenu soit archivé, afin qu’il soit accessible aux chercheurs, aux groupes de défense des droits de l’homme, aux universitaires, aux avocats, pour une utilisation dans une forme de responsabilité juridique ».

Problème sans fin

Pour comprendre le problème, prenons l’un des exemples mis en lumière par nos confrères de The Verge, complétant les recherches du Time. En se basant sur des révélations du groupe ATHAR Project, il a été signalé la publication d’un trafiquant d’art en Libye, qui avait publié une série de clichés d’une statue volée à un musée plus tôt, et vendue sur différents groupes Facebook.

Comme celle-ci, de nombreuses publications sont supprimées chaque jour par Facebook, avant même que quiconque puisse s’en soucier parfois. En plus d’offrir un moyen idéal pour vendre sans difficulté des produits volés (ici des œuvres antiques), ATHAR Projects y dénonçait la méthode problématique de Facebook à retirer des annonces tout en détruisant les preuves. « Facebook a créé un problème, et plutôt que d’essayer de le résoudre, il l’aggrave » notez la codirectrice d’ATHAR Project.

“Pour le moment, c’est tout ou rien”

Comme un serpent qui se mort la queue, Facebook ne peut en vouloir qu’à son système de modération, qu’il indique à 98 % opérationnel grâce à l’intelligence artificielle, et donc aux machines. Pour pouvoir traiter un volume aussi important de contenus et le modérer dans les temps (la législation a beaucoup évolué sur ce point), l’automatisation est requise. Un élément justifiant en partie le problème.

Le magazine Time soulignait ce point de vue partagé par de nombreux acteurs travaillant dans la surveillance des conflits. Une position jugée « difficile ». Dans un communiqué envoyé à Time, le responsable de la politique antiterroriste chez Facebook Erin Saltman reconnaissait la limite du système : « bon nombre des décisions que nous devons prendre sont complexes et impliquent des décisions relatives à l’intention et à la nuance culturelle qui nécessitent toujours l’œil et le jugement humain ».

Pour un universitaire de Goldsmiths, à Londres, le réseau social aurait des pistes d’améliorations à sa portée. Il regrettait « trois années d’inaction des réseaux sociaux » raconte Time. « De mon point de vue [les équipes de Facebook] sont déterminées à supprimer des vidéos, des photos, des messages, etc., et nous pensons qu’ils devraient plutôt les archiver dans un espace qui ne serait accessible qu’aux chercheurs avec autorisation », proposait Chris Woods, en ajoutant : « en gros, pour le moment, c’est tout ou rien. Ils supprimeront un dossier entier de preuves et tout sera définitivement perdu ».

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

1 commentaire
1 commentaire
  1. facebook à dépassé les espérances de son créateur, les peuples en prennent le “contrôle” et c’est for bien. Laisser les opinions s’y exprimer, quel qu’elles soient, et ce système est en passe de devenir une tribune mondiale qui va être de plus en plus un acteur d’évolutions progressistes. car l’info est une mosaïque de petites pièces multicolores, ce qui permet de produire une déduction globale et mondiale.

Les commentaires sont fermés.