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La fin des grands courants de l’océan atlantique va pénaliser l’Europe et son climat doux

Si ce courant n’existait pas, l’Europe connaîtrait des conditions climatiques bien plus proches de celles de l’Alaska ou du Canada. C’est en grande partie à lui que l’on doit notre climat tempéré, mais il est aujourd’hui en train de faiblir dangereusement.

Est-ce que le réchauffement climatique, pourrait refroidir le Vieux Continent tout entier ? C’est peut-être paradoxal exprimé ainsi, mais c’est une réalité géophysique : l’Europe Occidentale est épargnée du froid, principalement grâce à l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation). Un gigantesque courant sous-marin traversant l’océan Atlantique qui transporte la chaleur des tropiques proches vers nos régions côtières. Par exemple, c’est en grande partie grâce à lui, que Bordeaux connaît des hivers tempérés, alors que Montréal, situé à la même latitude, voit son thermomètre s’installer sous la barre des -20°C pendant cinq mois.

Il y a deux ans, des chercheurs de l’Université d’Utrecht avaient calculé qu’il avait de fortes chances de disparaître d’ici 2050. Une nouvelle étude, publiée le 15 avril dans la revue Science Advances, s’est de nouveau penchée sur son état de santé, et la situation s’est encore aggravée. En croisant des observations océaniques réelles avec les modèles climatiques existants, les chercheurs ont estimé que l’AMOC ralentira de 42 à 58 % d’ici 2100. Juste assez pour gravement perturber le climat européen, et priver le continent de son principal mécanisme de régulation thermique naturel.

Le grand courant atlantique se meurt : voilà ce qui attend l’Europe

Le pourcentage avancé par cette étude correspond à une perte de débit : l’AMOC brasse chaque seconde des dizaines de millions de m3 d’eau relativement douces, qui viennent ensuite donner leur dernier souffle de chaleur à nos côtes avant de disparaître vers les profondeurs. Lorsqu’on estime qu’il ralentira d’environ de moitié, c’est près de 9 millions de m³ d’eau chaude par seconde en moins qui remonteront vers nos régions côtières.

Moins d’eau chaude en surface, c’est moins d’eau froide et dense qui plonge vers les abysses et donc moins de force d’aspiration pour faire remonter les eaux tropicales. L’AMOC se « nourrit », en quelque sorte, de lui-même pour exister, fonctionnant comme un siphon naturel : c’est le vide créé par l’eau qui coule au fond au Groenland qui aspire physiquement l’eau chaude du Golfe du Mexique vers l’Est.

Affaiblissez la capacité de ce siphon de moitié, et il n’aspire plus assez pour compenser ses propres pertes. C’est la définition même du point de bascule que cette étude pointe : le niveau d’affaiblissement à partir duquel ce système ne peut plus se soutenir tout seul.

L’AMOC a déjà connu de tels épisodes par le passé, lors des grandes glaciations ; les archives géologiques montrent que ces transitions ont reconfiguré le climat de régions entières en l’espace de quelques décennies. Ce qui rend la situation actuelle particulièrement préoccupante aujourd’hui, c’est qu’en raison du réchauffement climatique, les océans atteignent des niveaux de chaleur record. En se réchauffant, les eaux deviennent ainsi moins denses et s’enfoncent moins facilement dans les profondeurs.

Un phénomène aggravé par la fonte des glaces du Groenland, qui déverse des volumes considérables d’eau douce dans l’Atlantique Nord. L’eau douce est aussi moins dense, ce qui nous ramène au même problème que l’eau chaude. Les deux effets se cumulent donc sur le même point faible au pire moment possible.

Pour Stefan Rahmstorf, professeur à l’Institut de recherche sur l’impact du climat de Potsdam (Allemagne), le risque de franchir ce point de bascule « avant le milieu du siècle » lui paraît désormais crédible. « C’est un résultat important et très préoccupant. Il démontre que les modèles “pessimistes”, qui prévoient un affaiblissement marqué de l’Amoc d’ici 2100, sont malheureusement les plus réalistes, car ils correspondent mieux aux données d’observation », explique-t-il.

Si cela venait à se produire, les conséquences pour l’Europe seraient dévastatrices. Hivers extrêmes, sécheresses estivales étouffantes, hausse du niveau de la mer sur la façade Atlantique, sans oublier une profonde déstabilisation des régimes de précipitations. Le pire dans tout ça, c’est que l’étude en question n’a même pas encore pris en considération la fonte accélérée de la calotte groenlandaise. Un facteur qui, s’il était intégré aux modèles prédictifs, ferait pencher encore plus fortement la balance du mauvais côté. Le taux de ralentissement de l’AMOC est, selon toute vraisemblance, probablement sous-estimé. Allez, pour finir sur une note positive : nous ne serons plus là pour constater les dégâts ; ce loisir sera destiné aux générations suivantes.

  • L’affaiblissement du courant AMOC pourrait perturber gravement le climat européen d’ici 2100, avec un ralentissement estimé de 42 à 58 %.
  • Ce phénomène entraînerait des hivers extrêmes, des sécheresses estivales et une hausse du niveau de la mer sur la façade Atlantique.
  • Les modèles actuels pourraient sous-estimer l’impact de la fonte des glaces du Groenland, aggravant ainsi la situation climatique en Europe.

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