À part si vous êtes un vélotaffeur chevronné ou un passionné de cyclisme qui ne rate aucun Tour de France, il peut parfois s’écouler plusieurs mois, voire années, avant que vos mains ne touchent de nouveau un guidon de vélo. Entre-temps, vous aurez oublié des dizaines de souvenirs, mais dès que vous vous remettez en selle, vous serez peut-être un peu hésitant sur les premiers kilomètres, certes, mais la confiance reviendra très rapidement. Pas besoin de vous remémorer le geste du pédalage ou la posture pour tenir correctement l’équilibre, votre corps le sait déjà. D’où vient ce curieux traitement de faveur accordé par le cerveau ?
La mémoire procédurale : l’alliée du cycliste
C’est un phénomène tellement connu qu’il a donné naissance à l’expression « c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas », comme si nous étions dotés d’un câblage neuronal très solide qui nous empêcherait de perdre nos acquis moteurs les plus fondamentaux. C’est grossièrement exprimé, mais c’est bien le cas : notre cerveau ne stocke pas tous nos souvenirs au même endroit, ni de la même manière.
Le Dr Andrew Budson, neurologue à l’université de Boston, distingue trois grandes catégories de mémoire à long terme. La mémoire sémantique regroupe les faits et les concepts, comme le fait de savoir qu’un tournevis sert à visser, ou que les chats ne sont pas des chiens. La mémoire épisodique, elle, conserve les événements vécus, ancrés dans un moment et un lieu précis. Enfin, il y a la mémoire procédurale, celle qui encode les savoir-faire devenus automatiques : la marche, le brossage de dents, le laçage des chaussures, la natation, et, ce qui nous intéresse, le vélo.
C’est cette dernière qui nous intéresse ici : elle mobilise des structures cérébrales particulières, notamment les ganglions de la base et le cervelet. Elles sont très différentes de celles impliquées dans la mémorisation d’un évènement dans votre agenda ou d’une date d’anniversaire. D’un point de vue anatomique, elles résistent bien mieux à l’érosion du temps et leurs réseaux synaptiques se dégradent beaucoup moins rapidement, même sans pratique régulière.
Bien sûr, enfourcher un vélo une fois dans votre vie ne suffira pas : il faut que les circuits neuronaux concernés soient sollicités suffisamment souvent pour se consolider. Une fois que l’apprentissage est suffisamment ancré et que ces circuits ont été construits dans votre cerveau, ils sont très durables (sauf cas particuliers comme des pathologies ou accidents).
D’un point de vue évolutif, la sélection naturelle a favorisé la consolidation de ces circuits cérébraux prompts à maintenir nos fonctions motrices. Lorsque nos ancêtres devaient fuir un prédateur, par exemple, et qu’il fallait, pour cela, grimper rapidement à un arbre ou s’en éloigner en nageant, aucun de ces gestes ne pouvait attendre qu’ils s’en souviennent consciemment. Si nous n’avons heureusement plus à craindre l’attaque d’un tigre à dents de sabre ou la charge d’un rhinocéros laineux, ces millions d’années de pression sélective ont laissé une trace. Un petit bonus de l’évolution que nous n’avons pas demandé, mais qui nous est bien utile lorsque l’on doit se remettre en selle après des mois de pause.
- La mémoire procédurale permet de retrouver rapidement ses automatismes, même après des années sans pratiquer le vélo.
- Le cerveau stocke les savoir-faire moteurs dans des zones spécifiques, plus résistantes à l’oubli que d’autres types de mémoire.
- L’évolution a favorisé la consolidation de ces circuits neuronaux, essentiels pour des gestes rapides en situation de danger.
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