Le constat est sans appel : Jean-Baptiste Kempf, président de VideoLAN et directeur technique de l’hébergeur Scaleway, envisage de quitter la France. Et ce n’est pas une décision liée au business, mais une affaire de famille qui prend une dimension politique, rapportent nos confrères de 01.net.
Son épouse, Audrey, s’est présentée au concours de l’École nationale de la magistrature (ENM) par la « troisième voie », réservée aux professionnels du privé. Elle a réussi les épreuves écrites et orales, se classant au 9e du concours avec une moyenne de 13,1/20. Mais malgré un taux de réussite national inférieur à 5 % et un manque flagrant de juges, elle a reçu une lettre du ministère de la Justice lui signifiant qu’elle n’était pas autorisée à concourir. Le motif ? Une « insuffisance d’activité juridique qualifiante », une expression utilisée lorsque le candidat ne remplit pas les critères d’expérience professionnelle requis.
La pilule ne passe pas. Le créateur de VLC dénonce, entre autres, le fait que la Direction des services judiciaires a pris la décision, et non un jury souverain. « Il est évident que, si filtre il doit y avoir […], il doit être fait à l’inscription, et certainement pas après les épreuves », estime-t-il dans un long post publié sur LinkedIn. Selon lui, le ministère aurait justifié ce contrôle tardif par un manque de moyens pour traiter les dossiers en amont. Au-delà de la déception, la facture est également très salée. Entre les frais et l’arrêt d’activité pour réviser, le couple évalue le coût total de cet investissement à près de 100 000 euros net.

L’expérience d’Audrey Kempf ne compte pas, selon le ministère
Mais ce n’est pas tout. Car il faut savoir qu’Audrey Kempf a géré pendant près d’une décennie, sous forme de bénévolat, l’aspect juridique de VideoLAN. Il s’agit tout de même de l’un des logiciels français les plus utilisés au monde. Un travail complexe donc, qui comprend des attaques pour violation de brevets, un contentieux avec la CIA ainsi que des réquisitions d’Interpol et des contrats internationaux.
D’après Kempf, le ministère considère que ce travail ne compte pas car concerne le numérique et du bénévolat. En refusant de reconnaître cette expertise, l’État envoie un signal de mépris à toute la filière, déplore le dirigeant. Le Conseil d’État peut encore se prononcer, mais une décision viendrait dans plusieurs mois, soit un an de perte de revenus pour le couple.
Celui qui a reçu l’ordre national du Mérite et conseillé l’Élysée sur la souveraineté ne cache plus son dégoût pour un système qu’il juge figé. « Jamais plus je n’aiderai l’État français gratuitement par mon travail », martèle-t-il, avant de poursuivre : « Je n’y crois plus dans cet État corrompu, qui cultive l’entre-soi, et qui ne se déjugera jamais ».
Son possible départ sonnerait comme un aveu d’échec pour la French Tech…
- Le créateur de VLC envisage de quitter la France après l’éviction contestée de son épouse du concours de la magistrature.
- Malgré sa réussite aux épreuves, le ministère de la Justice a annulé sa candidature pour « insuffisance d’activité juridique qualifiante ».
- Jean-Baptiste Kempf dénonce une décision tardive et un signal négatif envoyé à l’écosystème tech français.
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