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Un fossile d’un des plus grands superprédateurs préhistoriques a été retrouvé. Une gigantesque vertèbre confirme sa taille hors-norme

Perdu et oublié pendant plus de 30 ans, ce fossile vient de resurgir des réserves d’un musée au Danemark. En très mauvais état, il a été soigneusement restauré, prouvant que le mégalodon était bien à la hauteur du titre de « géant des mers » qu’on lui prêtait.

Le mégalodon (Otodus megalodon) était un squale géant, qui a vécu de la période du Miocène au Pliocène (de 23 à environ 3,6 millions d’années avant notre ère), bien après la disparition des dinosaures. Son squelette étant composé de cartilage qui se fossilise très mal, les paléontologues doivent se contenter de rares traces (dents ou vertèbres) pour estimer sa taille. Souvent par extrapolation, en comparant la taille de ses dents avec celles du grand requin blanc contemporain (Carcharodon carcharias), ce qui a mené la communauté scientifique à se tromper pendant longtemps sur son réel gabarit.

Il y a un peu plus d’un an, cette équipe avait déjà revu à la hausse la taille d’un autre spécimen, un fossile belge dont le tronc vertébral de 11 mètres avait permis d’estimer une longueur totale de 16,4 mètres. Cette même méthode, appliquée à une autre vertèbre, encore plus imposante, avait permis d’extrapoler une taille maximale encore plus grande pour les individus les plus colossaux de l’espèce. Le problème, c’est que cette estimation reposait uniquement sur des photographies, le fossile original ayant été fragmenté puis considéré comme perdu.

Une équipe de chercheurs (qui partage deux membres en commun avec la première) menée par Kenshu Shimada, professeur de paléobiologie à l’Université DePaul de Chicago, vient de publier sa réanalyse, le 28 juin 2026 dans la revue Palaeontologia Electronica. Grâce à la redécouverte du fameux fossile, perdu pendant près de quatre décennies au fond d’un carton mal étiqueté, ils ont pu confirmer, mesures à l’appui, que le mégalodon était bien aussi gigantesque qu’on le pensait.

Une vertèbre géante perdue dans un carton : la preuve ultime du gigantisme du mégalodon

Retour en 1978, dans les carrières d’argile de Gram, au Danemark. Des paléontologues y ont exhumé une vingtaine de vertèbres appartenant à un seul et même même animal, prisonnières de blocs d’argile compacte. Du jamais-vu pour le mégalodon, qui ne laisse presque rien derrière lui tant son squelette est est pauvre en matière minérale. Parmi cette trouvaille exceptionnelle, une des vertèbres sort particulièrement du lot : elle mesure 23 cm de diamètre, un record qui n’a depuis jamais été égalé. Depuis, elle est restée la référence anatomique pour déterminer la taille maximale des mégalodons.

En 1989, le Musée géologique de Copenhague, où elle était conservée, a décidé de déménager ses collections vers un nouveau site, mais l’opération tourna à la catastrophe. Lors du transfert, le fossile s’est fracassé en d’innombrables morceaux : la seule pièce maîtresse qui avait servi d’étalon n’est plus qu’un amas de débris et personne ne songea alors à la reconstituer. Frank Osbæck, l’un des paléontologues présent sur place, sauva ce qu’il put des morceaux et les rangea dans une boîte, qui tomba ensuite dans l’oubli pendant près de trois décennies.

C’est seulement en 2017 que Bent Erik Kramer Lindow, conservateur au Musée d’histoire naturelle du Danemark, tomba dessus par hasard et comprit enfin ce qu’il avait sous les yeux.

À l’intérieur : deux vertèbres partiellement conservées, plus de 185 fragments de toutes tailles, et plusieurs blocs de roche conservant l’empreinte de la vertèbre disparue. Shimada raconte sa réaction lorsqu’on lui a proposé de travailler sur ces restes : « Quand mes collaborateurs danois m’ont parlé de cette vertèbre pour la première fois, je n’arrivais pas à y croire. Mais ma préoccupation immédiate a été son état de conservation, car on m’avait dit qu’elle avait été retrouvée gravement endommagée ».

Avant cette redécouverte, toutes les estimations de taille maximale du mégalodon reposaient sur les seuls clichés publiés en 1982 et 1983 par Svend Bendix-Almgreen, le paléontologue danois qui avait étudié et photographié la vertèbre dans les années suivant sa découverte. Sans le fossile lui-même pour vérifier ces mesures, le chiffre absolument vertigineux qu’il avait avancé pour calculer les mensurations extrêmes de l’espèce n’avait jamais pu être recoupé autrement que par ses propres photographies, vieilles de plus de quarante ans.

La science rattrape la légende

Parmi les centaines de fragments contenus dans la boîte oubliée, deux morceaux se distinguaient par leur état de conservation : les chercheurs les ont sobrement baptisés Vertèbre I et Vertèbre II. La première est celle qui a le mieux résisté au transport de 1989. Contrairement à la majorité des 185 débris, beaucoup trop petits ou trop érodés pour livrer la moindre mesure exploitable, elle avait conservé deux éléments essentiels : son centre était intact et une portion de son bord extérieur également (voir photo ci-dessous).

Vertèbre Mégalodon
La paléontologue Mette Elstrup, du musée du Jutland du Sud, pose ici aux côtés du précieux vestige, vieux de 10,8 millions d’années. © Museum of Southern Jutland, Denmark

Pourquoi est-ce si important ? Parce que pour calculer le diamètre réel d’une vertèbre, il faut connaître précisément la distance entre son centre et son bord, c’est-à-dire son rayon. Avec ces deux repères conservés sur le même fragment, l’équipe a pu mesurer ce rayon au laboratoire, par microtomographie aux rayons X : 11,5 centimètres exactement, qui, mutliplié par deux, donne bien les 23 cm rapportés par Bendix-Almgreen en 1978, jusqu’ici seulement visibles sur ses clichés d’époque.

Pour Shimada, ce fut un grand moment : « La reproductibilité des données est essentielle en science, alors quand j’ai confirmé cette mesure, j’ai littéralement crié de joie ». Ainsi, les chercheurs pouvaient être certains de leurs estimations : les plus grands mégalodons pouvaient mesurer jusqu’à 24,3 mètres, soit l’équivalent de deux autobus articulés mis bout à bout ou d’un immeuble de huit étages couché sur le flanc. L’image ci-dessous vous donnera une idée de la taille de l’animal, à côté d’un être humain : édifiant et presque irréel.

Taille Mégalodon
Bien heureusement pour nous (et même pour lui), le mégalodon a disparu il y a 3,6 millions d’années. © Aarhus University

« Les collections de musée sont d’une importance capitale pour la science, et nombre de mes découvertes passées reposent sur des spécimens collectés il y a de nombreuses années », conclut Shimada. Effectivement, il est impossible de lui donner tort : la paléontologie, si elle progresse parfois par des révélations exceptionnelles et très médiatisées, se nourrit avant tout du travail acharné des professionnels de la discipline sur des archives déjà répertoriées. Le mégalodon conserve ainsi sa couronne de superprédateur et grâce à cette nouvelle contre-expertise, nous avons désormais la preuve matérielle qu’il atteignait bien la taille la plus extrême jamais avancée pour l’espèce. Une théorie mise sur la table il y a 44 ans par Svend Bendix-Almgreen, dont il aurait été le plus digne et le plus fier représentant, sa mémoire étant aujourd’hui lavée de tout soupçon d’exagération scientifique.

  • La redécouverte d’une vertèbre du mégalodon au Danemark confirme son impressionnante taille de 24,3 mètres.
  • Ce fossile, perdu pendant près de 30 ans, a été soigneusement restauré, permettant de valider des estimations antérieures.
  • Les recherches soulignent l’importance des collections muséales pour la paléontologie et la compréhension des superprédateurs préhistoriques.

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