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Une frappe de drone a ouvert la protection du réacteur nucléaire de Tchernobyl : que risque-t-on vraiment ?

Le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl qui a traumatisé l’Europe toute entière a été endommagé par un drone russe. Juste assez pour réveiller de bien mauvais souvenirs.

Près de quarante ans après la catastrophe, l’accident de Tchernobyl reste une cicatrice profonde dans l’histoire européenne et mondiale comme étant l’incident nucléaire le plus grave de l’histoire de l’humanité. Le site a été mis sous haute surveillance, et notamment le réacteur n°4 qui fut recouvert, en 2016, d’un immense Nouveau Confinement de Sécurité (NCS). Une arche métallique à plusieurs milliards de dollars visant à sceller pour de bon les matériaux hautement radioactifs ; le premier sarcophage, posé juste après l’explosion, tombait effectivement en ruines.

Depuis que la Russie a marché sur l’Ukraine en 2014, et encore plus depuis 2022, le site est devenu un instrument de pression militaire pour Vladimir Poutine. Brièvement occupé par les troupes russes au début de l’invasion, elles se sont retirés peu après, mais cette intrusion a montré que le Kremlin n’allait pas se priver d’user de l’imaginaire morbide autour du risque nucléaire pour maintenir la pression sur Kiev. En février 2025, le pays a envoyé un de ses drones pour tirer sur la structure de confinement du réacteur n°4, provoquant une brèche : l’Europe est-elle de nouveau sous le joug d’un danger radioactif ?

Dôme Ncs
Longue de 162 m, l’arche pèse 25 000 tonnes et a été conçue pour protéger le réacteur des intempéries (pluie, neige, vent, etc. ) qui pourraient aggraver la situation en provoquant l’effondrement ou la lixiviation des matières radioactives. © Tim Porter / Wikipédia

L’Arche fragilisée

La frappe a bien atteint son objectif, puisque l’Arche a été percée par le tir de la munition et a déclenché un incendie superficiel. Heureusement, les équipes présentes sur place ont éteint les flammes en quelques minutes ; aucun risque d’explosion n’était donc à craindre, mais le problème est ailleurs. En effet, ce dôme est fait de fins panneaux d’acier (quelques mm à quelques cm d’épaisseur maximum) et il n’a jamais été conçu pour supporter une attaque militaire.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), venue inspecter les lieux, a constaté que la structure « avait perdu ses fonctions de sûreté primaires, dont la capacité de confinement ». Une phrase, qui, une fois débarrassée de son jargon, signifie : l’Arche n’est plus étanche et il est tout à fait possible que des émanations nocives s’en dégagent désormais.

Sous sa structure gisent des centaines de tonnes de matériaux hautement radioactifs datant de l’explosion de 1986 : débris de combustible, corium (roches vitrifiées et éléments de structure fondus) et surtout, des poussières radioactives. Ils sont, certes, immobiles et n’ont pas été touchés par l’incendie, mais ils concentrent une radioactivité telle qu’un défaut d’étanchéité ne peut être toléré.

Pour l’instant, les équipes de l’AIEA n’ont observé aucune hausse de la radioactivité aux alentours de l’Arche et ses structures porteuses sont intactes. Quelques réparations provisoires effectuées sur le toit ont permis de colmater temporairement la brèche, le temps de trouver une solution tenable à long terme.

Selon Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, il faudra que le Gouvernement ukrainien engage rapidement un programme de réparation complet, qui garantira la pérennité de l’enceinte de confinement pour les décennies à venir.

Même si aucun danger immédiat n’est à craindre, certains experts (dont Greenpeace) s’inquiètent de la poussière radioactive car elle concentre encore des radionucléides très actifs issus du cœur fondu. À la différence des blocs vitrifiés et des masses solidifiées, ces poussières sont extrêmement volatiles. Si un incident interne devait les remettre en suspension (effondrement du vieux sarcophage, vent violent, air brassé par les travaux, variation thermique ou de pression), elles pourraient migrer vers la zone endommagée. La probabilité reste faible, mais elle n’est pas nulle : dans un site aussi sensible que celui de Tchernobyl, un « risque faible » est déjà trop élevé au regard des impératifs de sûreté nucléaire, qui imposent, par principe, une tolérance zéro pour toute possibilité de fuite.

  • Le dôme installé en 2016 au-dessus du réacteur 4 de Tchernobyl a été endommagé par un tir de drone russe, compromettant son étanchéité et rappelant la vulnérabilité du site en contexte de guerre.
  • L’AIEA confirme que la structure ne joue plus pleinement son rôle de barrière, même si aucune hausse de radioactivité n’a été détectée et que des réparations provisoires sont en place.
  • Le risque demeure faible mais réel : la volatilité des poussières contaminées impose une restauration complète du confinement pour respecter les standards de sûreté nucléaire.

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