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Découvrez le Gigantopithèque, le plus grand singe de tous les temps

Un singe végan d’une demi-tonne qui n’a pas su résister à l’évolution.

Le règne du vivant, par le passé, a vu défiler des espèces aux proportions colossales. Le Mégalodon, apex-prédateur ultime des océans, le « faux lion » du Fayoum et sa terrifiante mâchoire ou les gigantesques Carcharodontosaurus qui auraient presque fait passer le T-rex pour un dinosaure de taille modeste.

Un autre colosse, plus récent, vivait il y a quelques centaines de milliers d’années dans les forêts d’Asie du Sud-Est : le Gigantopithèque (Gigantopithecus blacki). Un primate de trois à quatre mètres de haut qui pouvait peser jusqu’à 500 kilos, dont l’existence a été mise au jour presque par hasard en 1935 par un géologue néerlandais nommé Ralph von Koenigswald. Il avait mis la main sur les dents de ce géant (cinq fois plus grosses que les dents humaines), vendues comme médicament dans une boutique traditionnelle à Hong Kong. Ce primate hors norme a régné près de 1,7 million d’années dans les forêts d’Asie du Sud-Est, avant de s’éteindre il y a environ 300 000 ans… par manque de nourriture.

Les restes infimes d’un animal immense

Les archives paléontologiques concernant le Gigantopihèque sont assez maigres, mais se sont tout de même étoffées grâce à des décennies de fouilles acharnées. En 2016, dans une seule grotte du sud-est de la Chine, Renaud Joannes-Boyau (paléoanthropologue à la Southern Cross University) et ses collègues ont mis au jour 15 000 fossiles, dont 600 à 700 appartenaient à cette espèce. Des fouilles qui leur ont permis de publier au mois de janvier dernier cette étude dans la revue Nature.

Ne restait de ce singe que quelques dents et mâchoires ; un trésor pour les chercheurs, car cela leur permet de retracer son régime alimentaire. Les traces retrouvées sur les différentes dents ont montré que le Gigantopithèque préférait se nourrir de plantes, comme le bambou, les fruits ou les graines, avec parfois quelques insectes s’il n’avait pas le choix.

Avec un tel poids, impossible pour lui de grimper aux arbres comme un orang-outan ; il devait donc jouer de son imposant gabarit et fracasser les branches pour accéder à ces précieux mets. Il était de ce fait cloué au sol et son mode de vie était principalement terrestre. Trop lourd pour évoluer comme ses cousins arboricoles, son poids était en revanche un immense avantage face aux prédateurs (Tigres à dents de sabre, hyènes géantes, tigres) qu’il pouvait tenir à distance.

Un portrait qui reste malgré tout assez incomplet, surtout pour un animal si récent dans l’histoire de l’évolution. « Il est très difficile de dire à quoi ressemblait exactement cet animal », concède Joannes-Boyau. Les éléments les plus durs (dents et mâchoires) ont bien résisté aux affres du temps, mais le reste de l’ossature de l’animal a attiré quelques opportuns. Des porcs-épics, attirés par les os et le calcium qu’ils renferment, les ont traînés jusque dans les grottes et les ont en grande partie broyés, ne laissant que ces reliques émaillées.

Un animal trop spécialisé victime du changement climatique

Comment un animal aussi puissant a-t-il pu disparaître ? Jamais il n’a eu à affronter Homo sapiens, notre arrivée n’ayant eu lieu que bien plus tardivement dans cette région du monde, mais un bouleversement presque plus grave l’a condamné. Il y a 300 000 ans, les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, stables depuis près de deux millions d’années, ont commencé à céder leur place à des zones plus ouvertes.

Ponctué de savanes et soumis à des saisons (et donc à des changements de températures), ce nouvel environnement a été fatal pour le Gigantopithèque. Son régime alimentaire était très restreint, et lorsque ces forêts se sont raréfiées, sa nourriture n’était plus aussi abondante. Particulièrement le bambou, son petit favori, qui est devenu saisonnier et moins accessible.

Incapable de se diversifier comme d’autres primates plus petits et plus souples, ce colosse est resté piégé dans une dépendance alimentaire qui a scellé son sort.

Les chercheurs avancent aujourd’hui qu’il avait pu survivre en groupes plus petits, peut-être sur le modèle des gorilles de montagne (Gorilla beringei beringei) : un mâle dominant, quelques femelles et des jeunes. Mais cette organisation sociale, si elle a existé, n’a pas suffi à amortir le choc d’un environnement en proie à ces brusques changements. Dans ce nouveau paysage, sa taille qui avait fait sa force pendant 2 millions d’années était devenue son fardeau ; le roi des forêts tropicales a donc été le premier à disparaître. Seuls survivent ceux qui résistent aux pressions évolutives, la sélection naturelle n’a que faire de la puissance physique ; c’est une vérité darwinienne : les spécialistes survivent… jusqu’au jour où leur spécialité disparaît.

  • Un singe géant, le Gigantopithèque, mesurant de trois à quatre mètres de haut, a longtemps dominé les forêts d’Asie du Sud-Est avant de s’éteindre il y a environ 300 000 ans.
  • Son régime alimentaire limité et sa dépendance au bambou l’ont rendu incapable de faire face à la transformation de son environnement.
  • Sa disparition illustre une règle de l’évolution : ce ne sont pas les plus imposants qui survivent, mais ceux qui s’adaptent.

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