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L’IA qui fait la guerre aux États-Unis se rapproche de l’Europe : l’Angleterre l’adopte pour surveiller les fraudeurs

Palantir, le géant américain de l’analyse de données, vient d’être sélectionné par le régulateur financier britannique pour traquer la fraude et le blanchiment d’argent. Un contrat qui intervient au moment même où l’entreprise est officialisée comme infrastructure permanente de l’armée américaine…

C’est une nouvelle qui fait grincer des dents outre-Manche. La Financial Conduct Authority (FCA), le gendarme des marchés financiers britanniques, vient de confier à Palantir un contrat d’essai de trois mois. Sa mission : analyser le vaste lac de données interne de l’autorité pour mieux détecter les comportements suspects parmi les 42 000 entreprises financières qu’elle supervise, des grandes banques aux plateformes crypto.

Concrètement, Palantir va déployer sa plateforme phare, Foundry, sur des données hautement sensibles : dossiers d’enquêtes confidentiels, signalements de fraudes bancaires, plaintes de consommateurs, mais aussi enregistrements d’appels téléphoniques, e-mails et publications sur les réseaux sociaux. L’objectif affiché est de mieux cibler les ressources de l’autorité dans la lutte contre la criminalité financière.

Ce n’est pas une première. L’entreprise cumule déjà plus de 500 millions de livres de contrats publics au Royaume-Uni, notamment avec le service de santé national (NHS), l’armée et la police. Mais ce nouveau contrat donne accès à des renseignements financiers parmi les plus sensibles de l’État britannique. Et surtout, son timing peut poser question.

Palantir Infos
© Below the Sky / Shutterstock.com

Un partenaire de l’armée américaine aux portes de la finance européenne

Car en amont, le Pentagone vient d’officialiser Maven, le système d’IA de Palantir dédié au ciblage militaire, comme programme permanent de l’armée américaine. Celui-ci analyse en temps réel des données satellites, de drones et de capteurs pour identifier des cibles sur le champ de bataille, et joue un rôle crucial dans la guerre en Iran. L’entreprise cofondée par Peter Thiel, milliardaire libertarien proche de Donald Trump, est aussi profondément impliquée dans les opérations d’expulsion massives de migrants menées par l’administration américaine.

C’est donc logiquement que des voix s’élèvent au sein même de la FCA. « Une fois que Palantir comprend comment nous détectons les menaces de blanchiment, comment savoir qu’ils sont suffisamment fiables pour ne pas partager cette information ? », s’interroge une source interne. Des experts en droit financier pointent en outre des risques majeurs pour la vie privée, rappelant que les enquêtes de la FCA peuvent aspirer des milliers d’e-mails et de données bancaires de personnes totalement innocentes.

L’autorité tente de rassurer : Palantir n’aura pas accès aux clés de chiffrement des fichiers les plus sensibles, les données resteront hébergées sur le sol britannique, et l’entreprise devra les détruire à l’issue du contrat. Mais pour beaucoup, ces garanties ne suffisent pas à dissiper le malaise.

Pour rappel, les services de la firme sont plébiscités par les services de renseignement du monde entier. La DGSI français en est également cliente.

  • Palantir accède aux données ultra-sensibles du régulateur financier britannique pour traquer fraude et blanchiment.
  • Au même moment, son système d’IA militaire Maven est officialisé comme infrastructure permanente de l’armée américaine.
  • Un double ancrage qui soulève des questions sur la souveraineté des données européennes face à une entreprise au cœur de l’appareil sécuritaire américain.

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