Identité sonore : Google au pays des Bisounours

La musique n’est pas juste un cri qui vient de l’intérieur, tout ça. C’est aussi un moyen d’une redoutable efficacité pour faire passer un message ou une sensation. Essayez seulement un instant d’imaginer la chevauchée fantastique des hélicos d’Apocalypse Now si les Walkyries étaient remplacées par la musique de Benny Hill. Ou encore la scène

La musique n’est pas juste un cri qui vient de l’intérieur, tout ça.

C’est aussi un moyen d’une redoutable efficacité pour faire passer un message ou une sensation. Essayez seulement un instant d’imaginer la chevauchée fantastique des hélicos d’Apocalypse Now si les Walkyries étaient remplacées par la musique de Benny Hill. Ou encore la scène finale de Heat sonorisée par la Compagnie Créole au lieu du petit chef d’oeuvre de Moby[1]. Personne ne pourrait mourir à la fin avec une telle bande son, et nous on ne pleurerait même pas. Or nous allons bien au cinéma pour voir des gens mourir ou notre voisine pleurer, n’est-ce pas ?

Google-music-logo

Vous voyez ce que je veux dire. Bon. On parle en effet de signature sonore.

Et s’il y a une signature sonore que je trouve intéressante à analyser depuis quelque temps, c’est bien celle de notre ami à tous, j’ai nommé Google. Car mine de rien (on est dans le subliminal), elle en dit des choses.

Prenons par exemple au hasard la dernière vidéo « pédagogique » de Google publiée ici pas plus tard que ce matin. Tendez une ou deux oreilles un peu attentives à la petite ritournelle d’accompagnement. Vous entendez ? Un truc plat et insipide, entre musique d’ascenseur pour série seventies et son de dessin animé pour enfant tendance patate de canapé. Complètement consensuel et sans aspérités, le genre de truc où même un batteur de Mötörhead sous emphétamines s’endormirait rien qu’en lisant la partition (ok, le batteur de Mötörhead ne lit pas les partitions, il les fume).

Et pourtant, le message passe, et se grave subrepticement mais irrésistiblement écoute après écoute dans notre inconscient (collectif) : Google ne fait pas de mal ! Voilà ce que dit la petite musique de Google. Entre autres. No evil. Brrrr.

Entre autres, parce-quelle nous dit aussi, en vrac, des trucs comme : « le web c’est facile et rigolo », « Google n’est pas Big Brother », « n’ayez pas peur (de votre ordinateur ni de nous) », « tout cela n’est pas bien impliquant », « nous vous filons juste deux trois trucs pour vous faciliter la vie et vous en faites ce que vous voulez », « nous ne voulons surtout pas vous déranger ni entrer dans votre vie », « la vie est comme un grand puzzle ou comme un dessin animé », « nous sommes tous de grands enfants ». Et accessoirement « en Californie la vie est cool et il fait toujours beau » et « nous avons de beaux t-shirts Android » (mais c’est vrai que cela se voit moins sur cette vidéo).

Voilà tout ce que nous dit Google avec sa musique. Un vrai discours de séduction pour contrebalancer les soupçons de bigbrotherisme qui traînent toujours un peu sur la toile et qui à la longue pourraient finir par ternir l’image du géant de Mountain View. Si nous étions un peu paranoïaques, nous pourrions presque imaginer que celle-ci est composée aussi avec un algorithme : celui du bonheur éternel et de l’easy life.

En même temps, difficile là aussi d’envisager l’inverse : une vidéo Google motorisée par la musique de Massacre à la Tronçonneuse et c’est Wall Street qui s’effondre une deuxième fois.

[1]God moving over the face of the water


16 commentaires

  1. Ce billet soulève une question de communication intéressante. Même si la musique abordée comme moyen de communication fait débat, il est indéniable qu’elle s’appuie fortement sur d’autres moyens de communication comme ici, la parole.

    Le tout forme alors une argumentation nette comme révélé dans l’article qui, grâce à la musique, permet de persuader l’auditoire d’un message, mais pas seulement.

    Analyse intéressante.

  2. En fait, je crois que lorsque l’on parle de bande son de film c’est de la bande son.
    Lorsque l’on parle de signature sonore (une poignée de secondes) c’est une signature sonore.
    Et quand on parle de tout ça à la fois et de plein d’autre chose c’est du design sonore.

    Je suis sûr que dans cette vidéo Google ait réalisé des brainstorming monstrueux et craqué un budget phénoménal pour trouver La musique qui dit que Google n’est pas un big Brother (ok avec mon vieux mac du 20e siècle je n’entends quasiment pas la musique).

    J’aurais plutôt vu la démarche « Dis donc Michel, t’aurais pas une petite musique libre de droit pour accompagner la vidéo que j’ai fait hier! »

    Bon après, je dis ça…

  3. Un article bien senti et agréable, ma foi : un peu de distance avec son sujet – ainsi qu’avec l’information « qui nous vient d’en haut » – ne fait pas de mal 🙂

    Cependant n’est-il pas risqué de citer et même détourner du Lavilliers quand « Hadopi is in da place » ? Quoique, moins de 4 secondes ça va : vous pouvez circuler…
    Et puis ce n’est pas jaimelesartistes.fr qui nous contredira 😉

    En tous cas, un endroit ou l’on parle de Nanard, Mötörhead Big Brother et où l’on aperçoit même Franck Zappa est un endroit sympathique, definitely.

  4. Le commentaire concernant la musique est également valable pour la voix.

    C’est ce qui caractérise le coté professionnel de cette annonce.

    La voix est rassurante et claire, le message n’est pas brouillé par un voix spéciale qui nous sortirait du contexte.

    Si on décrypte une émission télé on trouvera également que derrière message léger des professionnels orientent l’information.

    Internet décloisonne quand même un peu plus les sources d’information.

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