Deux pépites françaises sont nées dans le secteur de l’agritech et de l’alimentation alternative à bas d’insectes. Il s’agit de Ynsect et d’Innovafeed, reconnues auprès du grand public grâce à leur intégration dans le classement Next40 de la French Tech. Pour Ynsect, le statut de startup ne rime pas qu’avec hypercroissance. Malgré la rapidité de la société pour s’étendre, elle accuse encore des difficultés pour passer dans le vert. Aujourd’hui, en vue des nouvelles politiques des fonds d’investissement pour injecter du capital, l’agritech veut au plus vite devenir rentable.
Ce sera donc sa dernière étape avant de passer dans une autre catégorie. La fin de la tempête. Mais pour cela, il faut changer de régime. La société qui élève des insectes pour proposer des produits d’alimentation aux animaux comme aux humains va fermer une usine aux Pays-Bas, licencier son personnel (35 employés) et également ouvrir un plan de départ volontaire auprès de ses salariés français pour se décharger de 38 postes. D’un côté ses charges ont augmenté (hausse du prix de l’électricité) et de l’autre Ynsect a besoin de capitaux pour maintenir son niveau d’investissement.
Suivre la cadence
L’investissement est indispensable pour suivre la cadence des besoins en production. Car les clients sont au rendez-vous et le patron de Ynsect, Antoine Hubert parlait de plus d’un milliard d’euros de contrats en négociation dans un article des Echos récemment. Aujourd’hui déjà, il y a pour 180 millions d’euros de contrats pluriannuels et la société doit donc pouvoir maintenir la cadence dans ses usines. Elles se trouvent dans le Jura, dans la Somme, mais aussi dans le Nebraska aux États-Unis grâce au rachat de Jord Producers, un producteur de vers de farine américain.
Ce passage un peu difficile pour la société et son image se doit d’être le dernier. Surtout dans le cadre d’un projet entièrement comptable, pour afficher l’entreprise dans le vert et commencer à vivre de ses propres fonds. Fermer une usine quand il n’est question que de chiffres et non de baisse de la demande n’est jamais facile et pour éviter tout problème, Ynsect a pris la décision de rester très secret.
Une dernière levée de fonds
C’est ainsi que nous apprenons ce lundi que la société a levé 160 millions d’euros en Série D, mais nous ne connaissons pas sa valorisation. Quant au tour de table, la société se limite à dire que de nouveaux investisseurs ont rejoint son capital et que les investisseurs historiques ont accepté de remettre la main à la poche. Par le passé, en octobre 2020, Ynsect arrivait à lever 300 millions d’euros, de l’argent frais qui lui avait permis de poursuivre son déploiement international (notamment via le rachat de Jord Producers dans le Nebraska).
Derrière Ynsect et les startups industrielles, les politiques se montrent de plus en plus présents. Le retournement de situation des startups, qui a fait saigner les valorisations de nombreuses pépites, a rappelé au gouvernement et à tout l’écosystème que la sortie de la crise sanitaire avait rabattu les cartes, déséquilibré l’économie (avec un retour sur des taux d’intérêt plus élevés et la fin de l’argent “gratuit”) et l’importance de posséder une industrie forte.
Le digital est une chose, mais nous devons garder les pieds sur terre et nous rappelait qu’une production locale, décarbonée, innovante et potentiellement exportable à l’international est indispensable pour la France.
Ynsect avait pu rejoindre Emmanuel Macron lors de sa visite d’Etat aux États-Unis en décembre 2022. Cette présence dans la délégation offrait à Ynsect un moyen de rencontrer plus d’acteurs de l’écosystème local où l’entreprise veut s’installer, et s’offrir une image à l’international. Dans le reste de la délégation, on comptait aussi Ledger, nouveau géant dans la production française grâce à ses portefeuilles numériques de stockage de crypto-monnaies, basé à Vierzon.
Lors de ce voyage, il était signalé à l’époque que les startups avaient aussi pu échanger avec des représentants des fonds d’investissement de KKR, Carlyle, Sequoia, BlackRock, Millennium ou encore Coatue.
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