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La réindustrialisation française, une affaire photogénique

De l’objectif à la réalité, une exposition photo à Paris prouve que l’industrie est de retour, prometteuse et indispensable pour l’avenir de la France.

Selon une étude menée par OpinionWay pour Arts & Métiers ParisTech, les lycéens et lycéennes seraient 43 % à envisager travailler dans l’industrie. Un chiffre particulièrement bas s’il est comparé à celui des quatre dernières années, mais qui n’est pas catastrophique non plus. Pour pouvoir espérer l’augmenter, ils sont de nombreux acteurs, entrepreneurs, investisseurs et dans la fonction publique à motiver tout le monde pour se lancer dans un “objectif national”, comme le définissait Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance. L’effort de rejoindre une entreprise qui imagine la production française de demain, de ses secteurs historiques à ses nouvelles technologies de pointe.

Sur les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris, une exposition en place depuis le 18 mars dernier met à l’honneur les startups et entreprises industrielles, membres de la French Fab. C’est le Sénat qui a tenu à mettre en oeuvre l’installation. Bpifrance l’a suivi dans le projet. 42 sites de production ont ouvert leurs portes et dévoilé leurs coulisses au photographe Christophe Lepetit. Plutôt que de longs discours, laisser parler les images et révéler la beauté de la production par la photogénie de ces lieux. Entre leur jeu de lumière et l’esthétisme de leur chaîne de production, le public parisien est invité à découvrir pas moins de 80 clichés… et prendre le message.

Il faut dire que les métiers du digital ont beau être d’une importante colossale en 2023, tout converge aujourd’hui vers un retour sur une production locale et donc un renforcement urgent de l’industrie. Un moyen de redonner une chance à la France à l’international, grâce à ses ingénieurs et ses richesses, mais aussi pour décarboner tout ce que l’on produit, imaginer la consommation de demain, et retrouver une innovation tangible après des années de folie dans le secteur du numérique et les valorisations fragiles des startups de l’ère du Covid.

La France ne veut pas répéter ses erreurs, et poursuit sa quête de faire de chaque région une région fertile à l’industrie. Dans le Nord, l’ancien bassin minier doit devenir la “Vallée de la batterie”. De son côté, la Normandie s’accapare la recherche et la production de l’hydrogène vert. Lyon reste bien positionné dans l’univers pharmaceutique et le secteur des transports est toujours bien représenté sur tout le territoire. Vierzon, dans le département du Cher, est sous le feu des projecteurs grâce à la présence de l’industriel et spécialiste Web3 Ledger, une startup devenue licorne valorisée 1,3 milliard d’euros. Toulouse continue de performer dans l’aérien et le spatial.

“L’industrie est notre histoire. Elle n’est pas morte et ceux qui la portent aujourd’hui dans les territoires sont des guerriers. Ils ont les savoir-faire, l’amour de la machine, la niaque pour conquérir. Leurs usines sont modernes, elles sont belles, comme le montre cette expo !”, commentait Nicolas Dufourcq de Bpifrance le 12 avril sur Twitter, partageant quelques-uns des clichés de la série baptisée La beauté cachée de l’industrie. Pleine de couleurs, de symétries, de textures et de jeu de lumière, celle-ci remplit sa tâche et restera exposée jusqu’au 16 juillet prochain dans le 6e arrondissement parisien.

Leaders de niveau mondial

En parallèle à la mission French Tech lancée en 2013, la banque d’investissement publique Bpifrance a créé en 2017 le label French Fab, pour but de fédérer les acteurs du milieu industriel et continuer l’effort de promotion de ces derniers en France comme à l’international, avec des délégations fréquentes lors d’événements. La French Fab a, en 2023, d’autant plus investi le classement Next40 et French Tech 120, permettant de mettre en avant les pépites aux ambitions internationales les plus fortes. DNA Script, Exotec, Ledger et Ynsect, déjà comptés dans le classement, ont accueilli Flying Whales, Innovafeed et Verkor dans la sélection.

La France se retrouve ainsi avec de nouvelles cartouches pour approfondir sa place dans le milieu de l’alimentation alternative (Ynsect et Innovafeed), le Web3 (Ledger), la robotique et logistique (Exotec), l’impression 3D pour le milieu médical (DNA Script), les ballons dirigeables (Flying Whales) ou encore les batteries pour les voitures électriques (Verkor). La sélection, grandement basée sur des critères controversés pour juger de la réussite d’une startup (levées de fonds, valorisation) ne doit pas cacher la présence également de Loft Orbital dans le spatial et les satellites, ou encore de Carbon dans les panneaux solaires.

Seront-elles toujours là en 2030 ? C’est l’objectif, et l’horizon que se donnent maintenant les acteurs. C’est aussi le nom du plan gouvernemental “France 2030”, qui avec l’aide de Bpifrance et d’autres acteurs a permis de lever et sécuriser 34 milliards d’euros de nouveaux crédits pour aller chercher les nouveaux projets, les accompagnés, et soutenir leur coût d’investissement et leurs infrastructures bien supérieurs à ceux des autres startups. À Paris récemment, Nicolas Dufourcq en faisait un important sujet d’échange en compagnie de Xavier Niel (Iliad), Rodolphe Saadé (CMA-CGM) et Clara Chappaz (La French Tech), lors d’une table ronde à laquelle Presse-citron était présent.

Pourquoi 2030 ? Guillaume Cairou, le président de la CCI Paris Île-de-France, répondait à cette question en décembre 2022 dans les pages de Capital en s’appuyant sur des prévisions de Pôle Emploi : “ce sont [ces startups] qui créeront les métiers de demain, car 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore”.

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