[interview] Getty Images, iStockphoto, professionnels de la photo, internet et droit d’auteur

J’ai eu la chance de poser quelques questions à Simone Mazer, la vice-présidente de Getty Images France, et de visiter en même temps leurs locaux à Paris. Interview et photos.

A l’occasion d’une opération de communication dont les grands marques ont le secret, j’ai été invité à rencontrer et poser quelques questions à Simone Mazer, la vice-présidente de Getty Images France, et de visiter en même temps leurs locaux à Paris (les photos sont à découvrir en fin d’article).

C’est l’occasion de présenter un peu plus en détails Getty Images avec leurs activités, métiers, sites, mais pas seulement. J’ai notamment appris qu’il s’écoulait près de 90 secondes entre la prise d’une photo des Jeux Olympiques de Londres et sa mise en ligne sur Getty Images (après une victoire ou un résultat par exemple) et qu’environ 40 000 photos par semaine sont ajoutées sur iStockphoto.

Getty Images, iStockphoto et Thinkstock

Cette société internationale n’est pas vraiment connue du grand public mais fait pourtant partie d’une des plus grandes agences photo au monde et possède une géante banque d’images, iStockphoto.

Simone Mazer commence par parler de l’agence photo que « depuis le début jusqu’à aujourd’hui, on ne travaille vraiment qu’avec les agences de publicité, les magazines, les éditeurs, etc donc c’est pour cela en effet que le grand public ne nous connait pas. On commence à nous connaître un petit peu suite à des partenariats que l’on a pu faire, que ce soit à chaque fois qu’il y a les Jeux Olympiques ou des choses comme ça qui sont des sujets très récents pour le grand public donc on finit par nous voir d’une façon ou d’une autre. Mais en effet on n’a jamais travaillé en direct avec le grand public. 

Comme vous l’avez dit, on a du matériel créatif, un peu d’agence photo, on travaille avec des photographes mais aussi avec des contributeurs. On a aussi une autre branche qui s’occupe des actualités avec cet accord qui coure avec l’AFP. On a la partie que l’on fait des photos sur commande, on a des façons de distribution du contenu via les APIs ou d’autres logiciels donc on est vraiment dans cette idée que l’on produit le contenu, on a énormément de contenu, et on le diffuse selon les besoins, les formats, les usages des utilisateurs. »

Elle poursuit en parlant de iStockphoto « qui est récent, qui a commencé dans les années 2000 et qui est vraiment né dans le format digital, déjà dans cette nouvelle époque disons où tout le monde produit ou s’échange des photos. C’est vraiment quelque chose qui né à partir d’une communauté, tout le monde peut en théorie participer avec 3 photos, vidéos ou illustrations qui sont acceptées. Il y a certain tri : la qualité des images, l’autorisation des modèles (on ne travaille qu’avec des sociétés donc on garantit tout ce que l’on vend) : tout ça est vérifié en amont. Ce sont des prix plus bas, les photos se vendent par leur résolution et sont plus variées car il y a des contributeurs partout dans le monde. »

La majorité de la clientèle sur iStockphoto ? « Elle est toujours professionnelle, semi-professionnelle disons, même si chez iStockphoto on est plus dans les graphistes indépendants, les blogueurs, les webdesigners, pas des gens de grosses sociétés. Mais on travaille aussi avec des étudiants, des associations caritatives… il y a plein d’utilisateurs occasionnels aussi. Mais la majorité, ça serait les PME / TPE. »

Elle ajoute sur Getty Images « que l’on continue à travailler avec des photographes professionnels, on a un certain nombre de contributeurs réguliers qui travaillent pour nous. Dans la partie agence de presse, on a des photographes qui sont employés de la maison et vont couvrir des événements. Et après, on a les contributeurs pigistes qui vont contribuer sur une chose ou une autre. Donc, en effet, c’est un contenu plus léché et travaillé, il y a du reportage, du sport parce que iStockphoto est quand même bien plus dans le monde créatif et de l’illustration pendant que Getty Images couvre tout. Et donc Thinkstock, c’est une troisième marque du groupe, pas très connue, mais c’est une forme de distribution par l’abonnement. Parce que chez Getty Images, on achète les photos à l’unité (pour une utilisation précise, on veut faire ceci, on achète telle image). Aujourd’hui, avec l’évolution de la demande, beaucoup de gens nous demandaient la possibilité d’avoir un abonnement, c’est-à-dire payer une fois par mois et utiliser un certain nombre de photos. Donc il y a Thinkstock qui couvre cette partie du marché, il y a une partie des photos iStockphoto et une partie des photos Getty Images mais il n’y a pas tous les contenus. »

Les droits d’auteur

Quand je lui demande la signification de la mention « Crédit photo : Getty Images », qui figure généralement en dessous des photos d’actualités, elle répond que « dès que c’est marqué Getty Images, ça vient de notre collection. Après, normalement un crédit photo, que la presse ne respecte pas vraiment et les agences dans la publicité non plus, il devrait avoir normalement le nom du photographe, le nom de la collection et le nom de l’agence. C’est ce que l’on appelle un crédit photo. Mais en effet, toutes les photos signées Getty Images viennent des fois des photographes employés, des fois des contributeurs mais ce sont des professionnels. »

Elle continue en disant que « tout le monde paye des droits. Notre vie est basée sur le droit d’auteur donc c’est vraiment ce que l’on fait : la gestion du droit d’auteur, que ce soit sur la musique, la vidéo, la photo, à l’abonnement comme à la carte. Au fond, tout ce que l’on fait est basé sur ça et sur l’idée du droit d’auteur : il y a toujours un auteur à la base et il va recevoir une partie. »

Selon elle, iStockphoto est également une bonne solution pour lutter contre le téléchargement illégal d’images : « en effet, c’est encore une évolution du marché parce que, comme on l’a dit, on travaille sur le droit d’auteur en général et on croit que tout travail mérite récompense. Parce que je vois ma fille, j’ai une fille de 15 ans, qui ne pense pas à ces choses-là, va voir quelque chose sur le net, va le prendre, le diffuser elle-même, elle n’a pas cette notion de propriété intellectuelle. Donc je pense que c’est un travail à faire et c’est pour cela que l’on a créé un site, utiliserdesimages.org, c’est comme le droit d’auteur pour les nuls, c’est du basique mais on a énormément de ce type de questions. Donc, justement, des sites comme iStockphoto permettent aux gens d’être en toute légalité parce qu’il y a une couverture juridique, parce qu’il y a une vérification que toutes les photos ont une autorisation du modèle, etc. Bien sûr, ça devrait contribuer à la baisse de l’utilisation illicite. »

Une agence photo de grande envergure

Elle parle des (nombreux) services de cette agence photo internationale : « Pour le côté agence de presse, Getty Images est le partenaire officiel photographique du Comité International Olympique donc ça fait déjà depuis 30 ans que Getty Images couvre tous les Jeux Olympiques, d’été, d’hiver… donc c’est vraiment une relation qui dure depuis longtemps. Getty Images peut avoir accès à des endroits où tous les autres photographes n’ont pas.

Tout ce qui est festival de Cannes, tous les festivals de cinéma, ce sont des rendez-vous réguliers où nous sommes toujours présents. Et ce que l’on fait, et qui malheureusement il y a de moins en moins d’agences qui peuvent se le permettre, c’est les reportages c’est-à-dire des photographes qui vont partir plusieurs semaines ou mois dans un pays ou une région pour vraiment faire tout un reportage sur un sujet en entier. C’est quelque chose qui est cher et, en effet, que la presse fait de moins en moins parce qu’il y a 10 ou 15 ans, la presse prépayait un photographe c’est-à-dire vous allez là-bas, vous faites ça pour moi et après j’achète votre reportage. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de supports qui veulent investir dans ça, ils veulent allez-y investissez et après on verra, tout le monde ne peut pas investir… Donc Getty Images a encore ce côté reportage qui est très important, d’où notre partenariat avec Visa pour l’image, etc.

On a un service de photos sur demande qui travaille avec tout, ça peut être vraiment pour une publicité, ça peut être avec les médias c’est-à-dire un magazine qui voudrait une couverture avec un acteur précis et qui va nous demander à nous de faire la photo spécifiquement pour ce magazine, et après il y a aussi le genre de choses pour le sponsoring c’est-à-dire une société est le sponsor du tour des voiles du monde Coupe America et qui va nous demander d’aller faire des photos du bateau de façon qu’à chaque fois on voit leur logo, etc. Donc en effet on fait de la photo sur commande et l’avantage que l’on a aussi, c’est que comme on est présent dans le monde entier, on a des photographes dans le monde entier, donc on peut travailler avec de la petite société locale comme on peut travailler avec une société qui dit je voudrais que toutes mes filiales soient photographiées. On peut le faire sans les coûts d’envoyer un photographe faire le tour du monde mais en travaillant avec les photographes que nous avons dans chaque endroit. Travailler avec une société comme nous peut permettre de gagner du temps, d’économiser, etc. 

Bon, les Jeux Olympiques, c’est de l’actu, c’est Getty Images mais même moi, j’étais sciée : 90 secondes après que quelque chose s’est passé, une victoire, un résultat, les photos étaient sur notre site. Mais cette année pour les Jeux Olympiques, vraiment, ils ont fait le maximum et je pense que c’est aussi le fait que l’on soit à Londres, que l’on a énormément de personnel à Londres, c’est plus facile de travailler à Londres qu’en Chine pour les derniers jeux. C’est ça que j’ai appris : 90 secondes et les images étaient déjà sur le site, parce qu’il y a le keywording à faire donc l’image est prise, quelqu’un doit mettre les mots clés, parce que si on met les images et que personne ne les trouve sur le site. Cela fait 7 ans que l’on prépare les Jeux Olympiques de Londres, on a commencé au départ en amont parce qu’il y a tout à étudier, les équipes à voir, les lieux à voir, mais ils ne font pas que ça mais la préparation des jeux de Londres a commencé il y a 7 ans. 

Et qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de nouveau ? Par exemple, cette année il y avait la photo en 3D et les images en 360 aussi, où on peut voir la photo dans l’ensemble. Par exemple du stade avec tous les gens qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture ou de clôture, et on peut arriver à zoomer jusqu’au visage d’une personne. L’innovation est vraiment dans l’ADN de notre marque, parce que moi je travaille depuis 20 ans et je peux vous dire que c’est comme ça depuis toujours, on est toujours dans le même métier, on ne change pas, on est dans le contenu mais comment cela évolue. Qu’est-ce que l’on peut faire de nouveau par rapport à ce que l’on faisait, et de comment on prend des images, et comment les contributeurs divers et variés travaillent avec nous, et comment on diffuse ces images. »

 


4 commentaires

  1. Bizarrement moi je connais Getty Images que par sa réputation d’envoyer des lettres recommandés à la moitié des webmasters amateurs du net pour leurs dires qu’ils utilisent une de leur image ou photo de manière frauduleuse et qu’ils réclament donc 2500€ voir +..

    Alors quand elle dit : « Parce que je vois ma fille, j’ai une fille de 15 ans, qui ne pense pas à ces choses-là, va voir quelque chose sur le net, va le prendre, le diffuser elle-même, elle n’a pas cette notion de propriété intellectuelle. Donc je pense que c’est un travail à faire et c’est pour cela que l’on a créé un site, utiliserdesimages.org, c’est comme le droit d’auteur pour les nuls, c’est du basique mais on a énormément de ce type de questions » ben moi ça me fait bien rigolé!

    D’un coté elle pense à sa fille en faisant de la prévention avec un nouveau site qui parle du sujet, mais si sa fille ne tombe pas sur ce site avant de faire une connerie, alors là c’est finie la prévention, c’est direct les avocats avec demande de rançon..

    Au fait je n’invente rien, d’après les nombreux témoignage à ce sujet qu’il y a sur le web je ne pense pas dire faux.. Il me semble même avoir lu ça sur presse-citron?

    Je viens de retrouver : http://www.presse-citron.net/g.....de-dollars

    1er commentaire :

    « Eric le 5 juillet 2012 à 11:22

    Il faut dire qu’ils savent faire tout ce qu’il faut pour protéger leur business en exerçant une chasse impitoyable à tous ceux qui utilisent leurs images sans en payer les droits, et ce dans le monde entier… »

  2. @Alex la chasse est d’autant plus facilité par le moteur de recherche d’image de Google ! Il est très difficile de se protéger du vol d’image pour ne pas dire impossible, l’image souffre d’un mal bien plus grand que l’industrie du cinéma, en effet une image peut se copier sans que celui qui l’affiche ne puisse être informé. Merci les captures d’écran 😉

Commenter