Chaque week-end en Espagne, un phénomène étrange se produit. Des services majeurs, tels que le réseau social X, la plateforme de jeux vidéo Steam, et des centaines d’autres sites Internet de taille plus modeste, mais qui n’en sont pas moins utiles, sont en effet victimes de dysfonctionnements, voire deviennent totalement inaccessibles. La cause de ces problèmes n’est pas à chercher bien loin : le blocage imposé par LaLiga pour se protéger du piratage de ses diffusions par des sites de streaming illégaux et des IPTV.
Cloudfare dans le viseur
En vertu de décisions de justice favorables, les gestionnaires du football espagnol et les diffuseurs ordonnent ainsi chaque semaine le blocage massif d’adresses IP liées à Cloudflare pour limiter la diffusion des matchs par ces moyens détournés. Cette mesure touche involontairement de nombreux sites et plateformes légitimes hébergés par ce fournisseur. De plus en plus d’entreprises et d’utilisateurs protestent, et dénoncent des coupures injustifiées qui portent atteinte à certains droits fondamentaux.
Citée par El Pais, Ofelia Tejerina, avocate et présidente de l’Association des utilisateurs d’Internet, n’y va pas par quatre chemins : « Cela affecte la liberté d’information, la liberté d’expression, la liberté d’entreprise ».
Invité à réagir, le gouvernement ibérique botte pour l’heure en touche. « Nous respectons les décisions de justice », précisent des sources de nos confrères du ministère de la Transformation numérique.
En attendant, certains professionnels commencent clairement à s’agacer de cet état de fait. Marcos Sabarís, créateur de l’application Padelio, décrit ainsi sa situation :
Mon activité est une plateforme d’analyse de padel. Et cela me concerne, car l’Espagne est le pays qui compte le plus de joueurs de padel. Selon l’opérateur, certains bloquent le chargement de mon site web, ce qui donne aux clients potentiels une image peu fiable, tandis que d’autres affichent un avertissement indiquant que le site web auquel ils tentent d’accéder est bloqué par décision de justice. Imaginez l’image que cela laisse à un client potentiel.
LaLiga répond
Face aux critiques, LaLiga reste pour l’heure droite dans ses bottes et répond :
Nous ne pratiquons pas de blocage indiscriminé. Nous examinons l’adresse IP, l’URL et les preuves de contenu illégal, et nous les communiquons. Plusieurs entreprises collaborent avec nous. Cloudflare ne fait rien. C’est une énorme entreprise cotée en bourse. Comment des entreprises plus petites peuvent-elles le faire ? C’est une question de volonté. TikTok et Telegram suppriment du contenu en temps réel, comme presque tous les réseaux. Ce qui ne peut pas se produire, c’est qu’il existe un territoire sans loi où certaines entreprises décident de ne rien faire. Et les pirates le savent. Ils sont leur refuge.
Pour l’heure, la situation reste donc figée, mais le fait de voir toute une partie d’Internet subir des dysfonctionnements majeurs chaque week-end n’est satisfaisant pour personne et les choses pourraient donc rapidement évoluer.
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